La « vérité » sur l’origine du 8 mars

1 mars 2002

La Journée internationale des femmes sera célébrée dans toutes les régions du Québec et partout à travers le monde. Mais, année après année, de tout bord et de tout côté, la question surgit : « Que commémore-t-on le 8 mars ? Cette journée est donc un moment idéal pour nous replonger dans notre histoire et dans toutes les con­troverses entourant l’histoire des femmes et de cette fameuse Journée internationale des femmes.

Condition féminine Canada (CFC) nous dit que c’est vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle « lors de l’émergence de part et d’autre de l’Amérique du Nord et de l’Europe du mouvement de lutte de femmes pour l’ob­tention de meilleures con­ditions de travail et la recon­naissance de leurs droits fon­damentaux » qu’est née la Journée internationale de la femme selon certaines personnes. Elle serait en lien avec les grèves ouvrières dé­clenchées les 8 mars 1857 et 1908 à New York alors que les travailleuses du textile protestaient contre leurs piè­tres conditions de travail.

Par contre, toujours selon Condition féminine Canada, d’autres avancent que les origines de cette journée remonteraient plutôt à une manifestation en faveur du droit de vote pour les femmes organisée par le Comité na­tional des femmes du Parti socialiste américain. Connue sous le nom de Women’s Day, cette manifestation aurait eu lieu le 28 février 1909 et aurait été célébrée annuellement aux États-Unis jusqu’en 1913.

De la fameuse grève à l’internationalisation

Au Québec, le Conseil du statut de la femme (CSF) va donc dans le même sens que CFC1. Les deux instances nous disent que c’est inspirée du Wornen’s Day américain que la leader socialiste Allemande, Clara Zetkin, aurait présenté une résolution lors de la deuxième Con­férence internationale des femmes socialistes de 1910 à Copenhagen, au Danemark, voulant qu’une Journée inter­nationale de la femme soit désignée afin de reconnaître les luttes menées par les fem­mes partout dans le monde, dont la lutte pour le suffrage universel.

Cette résolution fut acceptée à l’unanimité par plus d’une centaine de déléguées de 17 pays. La première Journée internationale de la femme fut donc célébrée le 19 mars 1911 en Autriche, au Danemark, en Allemagne et en Suisse. Par la suite, d’au­tres régions du monde l’ont célébrée à différentes dates et de façon sporadique.

Pour ce qui est de certaines chercheuses européennes comme Francoise Picq et Liliane Kandel2, outre la fable de l’origine américaine du 8 mars, elles ont fait surgir une autre légende : « la Jour­née internationale des femmes n’a pas été lancée par une décision des Nations unies en 1977 ». En réalité, le 8 mars n’est qu’un figurant au calen­drier officiel de l’ONU et ce n’est pas négligeable. Selon plusieurs historiennes fémi­nistes, dont Micheline Dumont, très bien connue en Estrie et au Québec, toutes ces controverses entourant l’histoire des femmes sont significatives de la difficulté des femmes à faire reconnaître leur histoire, et ce, depuis le début des temps.

Mais que commémore-t-on ?

Au delà de toutes ces con­troverses et des difficultés des femmes à se faire recon­naître, pour nous, le 8 mars est une journée de reconnais­sance et l’occasion de réflé­chir sur l’histoire, de célébrer les progrès et les gains réa­lisés, de mettre en lumière les luttes historiques et politiques les femmes. Il n’est pas question d’oublier les origines féministes du 8 mars afin S’éviter toute récupération commerciale et politique. Il faut aussi se rappeler, pour faire en sorte que les nouvelles générations de femmes et de féministes connaissent leur passé, leurs luttes, et ce, à tra­vers le monde.

 

ConcertAction Femmes Estrie et membre du comité 8 mars

  1. Sauf dans la nomination. Pour le CSF c’est la Journée internationale des femmes de même pour le mouvement des femmes du Québec et CFC utilise la Journée internationale de la femme.
  2. Controverses sur l’histoire des femmes LE MONDE DIPLOMATIQUE 26 – Mars 1999.

 

Un peu d’histoire sur le suffrage féminin

« Aucune imperfection ne place les femmes plus bas que l’homme dans l’échelle intellectuelle et rendrait en elles l’exercice de la franchise élective plus dangereux que d’autres. Les femmes ont droit au privilège de voter. »

Ainsi revendiquent des Pétitionnaires féminines dans un texte déposé le 4 décembre 1828 à la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada. À l’époque, la loi ne précise pas le sexe des « personnes » qui peuvent voter. À la condition de posséder une propriété, les femmes ont donc droit de vote, par défaut ! Sauf que, aux élections de 1827, nombre d’entre elles se sont vu refuser ce droit. D’où l’indignation des Pétitionnaires.

En 1834, l’« anomalie » historique sera partiellement corrigée : les femmes mariées perdront le droit de vote. En 1849, l’exclusion sera totale : désor­mais, aucune femme ne peut se présenter aux urnes. Ce n’est qu’en 1918 au fédéral et en 1940 au provincial que les femmes retrouveront leur droit de vote.

Sources : La Gazette des femmes, mars-avril 2 », vol. 21, no 6

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