La violence intraconjugale, une question de pouvoir !

18 avril 1986

« Parmi les espoirs soulevés au cœur des femmes, il y eut et il y a toujours celui de s’approprier un réel pouvoir sur leur corps, leur sexualité, leurs maternités… leur santé. »1

Si j’ai décidé aujourd’hui de vous parler des femmes violen­tées, ce n’est pas par féminisme; c’est par devoir moral. Je ne prendrais pas plaisir à analyser un tel dossier si je n’avais décou­vert, au cours de mes recherches, qu’il y a là un problème d’enver­gure ignoré.

Avec l’année internationale des handicapés, celle des jeunes, de plus en plus de minorités à pouvoir réduit ont pris la parole. Aurions-nous besoin d’une deuxième année internationale des femmes pour dénoncer la vio­lence intraconjugale ? Je ne crois pas. Il s’agit de prendre un peu plus conscience de ce qui se passe dans notre entourage immédiat pour constater que ce n’est pas un phénomène récent. Des généra­tions de femmes violentées exis­tent et vont continuer à exister si l’on ne se donne pas la peine de lever le voile sur cette injustice totalement sexiste.

Pourquoi la violence ?

Oui, pourquoi ? À l’intérieur du couple, au centre de la vie familiale, on devrait retrouver la sécurité, le confort et l’écoute. Pourtant, c’est là que la violence naît bien souvent et beaucoup de gens l’ignorent. L’éducation sexiste n’est certes pas terminée. Son résultat : la violence intracon­jugale. Elle devient pour l’homme un moyen de garder le contrôle sur la vie familiale. C’est aussi une bonne méthode pour mettre fin à toute opposi­tion.

Oui, mais quelle violence ?

Quand on pense à la violence, on pense à Rocky ou à Indiana Jones… La violence, pour cer­tains, consiste essentiellement en quelques coups de poing. Mais la violence dont je parle est de loin plus subtile. Le premier stade est celui de la violence psychologi­que, qui consiste à dénigrer une personne de sa valeur en tant qu’individu. Au deuxième pa­lier, on trouve la violence verbale qui, par des humiliations, des marques de mépris et des me­naces, torture constamment. Par la suite, on accède à la violence physique sous toutes ses formes, et également à l’agression sexuelle intraconjugale. C’est de cette violence dont je parle et c’est celle-là même que l’on ou­blie de dénoncer bien souvent.

Quelques statistiques…

  • « Plus d’une femme sur cinq re­çue aux urgences hospita­lières est une femme battue;
  • près de 50 % de toutes les femmes soignées pour bles­sures à l’urgence avaient été violentées :
  • en utilisant le protocole habi­tuel de diagnostic, le personnel médical dépiste une femme battue sur vingt-cinq. »2
  • « Aux États-Unis, un Américain sur deux bat sa femme et il y a 25 millions d’Américaines bat­tues qui font l’objet de sévices corporels de la part du mari. »3
  • « D’après une étude des homi­cides au Canada (1961-1974), 60 % des victimes d’homicides de sexe féminin avaient un lien familial en vertu d’une union, alors que chez les victimes de sexe masculin, la proportion tombe à 26,8 %. »4

Comment s’en sortir ?

D’abord il ne faut pas hésiter à demander de l’aide à l’extérieur de son entourage, dans un endroit où des ressources sont disponibles. À Sherbrooke, la maison l’Escale (569-3611) accueille chaque année plusieurs femmes et leurs enfants victimes de vio­lence conjugale.

Plusieurs maisons de ce genre, environ une soixantaine, existent au Québec. On y trouve des inter­venantes qualifiées pour ce genre de cas qui connaissent les res­sources sociales et judiciaires (malheureusement trop peu nom­breuses) à utiliser.

Malheureusement, ici ou ail­leurs, peu de femmes ont recours aux services offerts. On voudrait aider ces femmes isolées mais une seule personne peut vraiment le faire : elles-mêmes. C’est à elles de décider qu’enfin, oui, elles ont droit à leur pouvoir en tant qu’individue et qu’elles vont trouver le moyen de le prendre.

En tant que femmes, nous avons le droit d’être maîtres de notre corps et de notre esprit. Nous n’avons pas à endurer la domination mâle, complexe de notre société : il faut donc trouver en nous, au fond de nos âmes, le goût de prendre ce pouvoir et de l’utiliser à sa juste mesure.

SOURCES :

  1. L’intervention féministe, l’alternative des femmes au sexisme en thérapie, éd. Coop. Albert Saint-Martin, p. 11.
  2. Les femmes violentées : politique d’aide du gouvernement, août 1985.
  3. Segat. J. cité dans « Wife Ballering : A Revies and Preliminary Enquiry into Local Incidence. Needs and Resources. Vancouver. 1976. pp. 41-42.
  4. Statistiques Canada, L’Homicide au Canada. p. 21.

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