3e classement mondial de la liberté de la presse
En octobre 2004, l’organisme international pour la défense de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF), a affiché les résultats de son troisième recensement mondial de la liberté de la presse auprès de 167 nations. En collaboration avec des associations de défense de la liberté d’expression, des journalistes, juristes et militants des droits de la personne, RSF en est arrivé à la conclusion que le Canada a dégringolé de la 10e à la 18e place derrière les pays d’Europe du Nord. Mais il demeure loin devant les régions de l’Asie orientale et du Moyen-Orient. Son voisin, les États-Unis, suit de près au 22e rang.
À quoi correspond cette chute ?
Cette chute s’explique par trois événements majeurs. Premièrement, on se souvient qu’en septembre 2002, les autorités étatsuniennes avaient procédé à l’enlèvement de Maher Arar, un ingénieur canadien prétendument lié au réseau terroriste Al-Quaïda. Par la suite, la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) y allait d’une perquisition au domicile de Mme O’Neil, journaliste au quotidien Ottawa Citizen. Le motif invoqué repose sur le fait que cette dernière aurait produit un article faisant référence à des documents des services de renseignements canadiens acquis de source anonyme et relatant des témoignages de monsieur Arar.
Deuxièmement, le CRTC a refusé à la chaîne italienne RAI Internationale de diffuser au Canada, tout en le permettant à la chaîne arabe Al-Jazira, surnommée « CNN du monde arabe ». Le CRTC a permis aux distributeurs par satellite d’offrir cette chaîne à la condition d’éviter d’éventuels « propos offensants » sur ses ondes. Le CRTC est même allé plus loin en permettant aux distributeurs d’appliquer eux-mêmes la censure quant au contenu de la chaîne. On peut lire dans la décision du CRTC que même si cela brime la liberté d’expression, cela risque également de réduire la diffusion de « propos offensants ». Troisièmement, la menace de fermeture de la station de Québec, CHOI FM, a suscité toute une controverse. On se rappelle les manifestations et les nombreuses activités des « pro-CHOI » qui contestaient la décision du CRTC.
Un droit et non un privilège
La liberté d’expression est un droit et non un privilège et tous les médias ont droit à cette liberté égale et non censurée. Avec les dernières décisions du CRTC et son refus de définir clairement le terme « propos offensants », la dérive de confondre « propagande haineuse » et « opinions politiques divergentes » demeure possible. Si les citoyennes et citoyens évaluent qu’un média va trop loin et que les propos tenus les agressent, ceux-ci ont la possibilité d’exprimer leur mécontentement auprès d’organismes de plaintes tels le CRTC et le Conseil de presse du Québec (CPQ). Malgré cela, le CRÉMI reste inquiet car comment dans l’avenir, ferons-nous la distinction entre un média qui subit la censure de la part d’un organisme de régulation tel le CRTC et celui qui doit s’autocensurer via ses distributeurs ? Le déclin du Canada au niveau de la liberté de la presse vient sonner l’alarme. L’avertissement est lancé. Il faut maintenant agir et laisser les médias faire leur travail.
Source : Communiqué sur le « Troisième classement » RSF



