Le Mali, terre d’accueil

1 janvier 2006
Crédit image : CSI

Pays de l’intérieur africain

Voilà, à peine mon bac terminé que je m’embarque dans une histoire de fou. La mission consiste à vivre cinq mois dans le fin fond du Mali pour user des connaissances que j’ai acquises lors de mes études en sciences de l’environnement et de l’apiculture. Deux grands thèmes ont animé notre séjour à Isabelle, ma fabuleuse compagne de travail, et moi. En premier lieu, sensibiliser les fédérations paysannes à la protection de leur environnement et, en deuxième lieu, développer le commerce équitable du beurre de karité entre le Mali et le Québec afin de procurer aux Maliennes un revenu adéquat.

Travailler avec les différentes fédérations paysannes mises de l’avant par le CSI et son partenaire outre-mer Kilabo fut pour moi un enchantement. Le cadre fédératif permet aux populations locales de participer activement au développement durable de leur région. j’ai ren­contré durant mon séjour une multitude de Maliens qui lut­tent de façon acharnée à l’avan­cement de leur communauté.

Avant mon départ, on m’avait dit que le Mali était un des cinq pays les plus pauvres au monde. Par contre, cette situation éco­nomique ne l’empêche pas de regorger d’une richesse cultu­relle incroyable. Le nombre de sourires que vous rencon­trez dans une simple matinée vous reflète la joie de vivre de ces populations. L’ombre d’un arbre, une théière sur le feu et la compagnie de bons amis suffisent pour obtenir une belle journée.

La commune de Boidié

La commune de Boidié fut notre première destination. À trois heures de routes de Ba­mako, dont un petit bout sur des routes latéritiques, Boidié peut être considérée comme un secteur reculé du Mali. L’is­lam y est très présent. Mon premier contact avec cette re­ligion fut très positif et con­trasta avec la vision sombre que nous en avons en Occident. La communauté se soutient forte­ment et on y est vite apprécié. Malheureusement, la com­mune de Boidié est victime d’une détérioration environ­nementale importante.

La surpopulation fait des ra­vages au Mali comme ailleurs en Afrique. Par exemple, sur une population de 3351 habitants à Boidié, on estime à environ 600 le nombre d’enfants de zéro à cinq ans. Cette situation cause de plus en plus de pression sur les terres. En temps anciens, une famille cultivait sur une terre durant une certaine période et lorsque celle-ci ne produisait plus, on changeait d’endroit pour cultiver sur une nouvelle terre fertile. L’ancienne terre était retournée à la nature et pouvait retrouver sa fertilité initiale pour les générations futures. Par contre, ce système de ro­tation qui avait fait ses preuves n’est plus possible car les terres sont presque toutes déjà uti­lisées. L’environnement présent ne peut Pas supporter une, telle population. Le manque d’es­pace de plus en plus flagrant peut compliquer la cohabitation. Une gestion des naissances est de plus en plus prioritaire et les tabous sur les méthodes de contraception doivent être brisés.

La taille importante du chep­tel de Boidié est aussi un pro­blème majeur. Le bétail diva­gue un peu partout lors de la saison sèche en recherche de la rare nourriture présente, ce qui cause d’importants dégâts à la végétation. […]

Zan Coulibaly et Binco

Notre deuxième destination fut la commune de Zan Coulibaly et celle de Binco. Cette zone est réputée pour l’importance de la coupe de bois y sévissant. Une bonne partie du bois est ensuite transformée en charbon de bois afin d’être exportée vers Bamako, la ca­pitale du Mali. Les plus gran­des déforestations à avoir lieu sur terre ne sont pas liées à l’in­dustrie des pâtes à papier ou au commerce du bois d’œuvre, mais tout simplement au be­soin croissant des populations pour une séance d’énergie de cuisson des aliments. Par conséquent, quelques rares forêts tiennent le coup et il est temps que les solutions soient mises de l’avant, aussi complexes soient-elles.

Le coton : l’or blanc

L’industrie du coton est forte­ment répandue dans cette zone. La culture du coton, qui est le plus important produit d’exportation du Mali, est pour moi une des plus grandes ca­tastrophes économiques et écologiques du pays. Cette culture prend une quantité phénoménale d’intrants (fer­tilisants chimiques, pesticides, herbicides), ce qui cause d’im­portantes détériorations sur l’environnement et endette terriblement les paysans. De plus, par les subventions mas­sives du gouvernement amé­ricain à son industrie coton­nière, le prix mondial du co­ton a chuté mettant dans une faillite certaine les petits pay­sans des pays en voie de déve­loppement. Les Maliens cul­tivent massivement cet or blanc en raison des prix élevés des années passées et de l’incitation de l’État, mais laissent de côté les cultures vivrières. Certains paysans nous disaient qu’ils ne cultivaient que 1/10 des grains nécessaires à leur alimentation et que les 9/10 restants devaient être achetés au marché à l’aide du profit engendré par le coton et la coupe du bois. Pour aug­menter leur désespoir, l’année 2004 a été marquée par une importante sécheresse. Par conséquent, plusieurs champs n’ont même pas pu être récoltés et un manque de grain est à prévoir avant les prochaines récoltes. Les paysans n’auront pas d’autre choix que de couper les quelques forêts existantes afin d’obtenir un revenu nécessaire pour se nourrir. Lors d’une discussion avec l’agent d’eau et forêt de notre zone, celui-ci a avoué être incapable de mettre sous amende une famille cou­pant des espèces protégées afin de se nourrir convenable­ment…

Pour répondre à la grande ques­tion : est-ce que ma présence au Mali a servi à quelque chose ? Le développement in­ternational est un processus lent où l’on doit constamment re­mettre en question nos gestes. Mon séjour, je crois, m’a permis de transmettre de nouvelles connaissances à propos de la transformation du karité et de sensibiliser les populations lo­cales à la protection de leur environnement ainsi qu’à se prendre en main. J’ai grande­ment appris au Mali, autant au point de vue personnel que pro­fessionnel. Cette expérience restera gravée dans mon esprit.

 

Par Robert Prévost • Stagiaire 2004-2005
Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSU)

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