Pays de l’intérieur africain
Voilà, à peine mon bac terminé que je m’embarque dans une histoire de fou. La mission consiste à vivre cinq mois dans le fin fond du Mali pour user des connaissances que j’ai acquises lors de mes études en sciences de l’environnement et de l’apiculture. Deux grands thèmes ont animé notre séjour à Isabelle, ma fabuleuse compagne de travail, et moi. En premier lieu, sensibiliser les fédérations paysannes à la protection de leur environnement et, en deuxième lieu, développer le commerce équitable du beurre de karité entre le Mali et le Québec afin de procurer aux Maliennes un revenu adéquat.
Travailler avec les différentes fédérations paysannes mises de l’avant par le CSI et son partenaire outre-mer Kilabo fut pour moi un enchantement. Le cadre fédératif permet aux populations locales de participer activement au développement durable de leur région. j’ai rencontré durant mon séjour une multitude de Maliens qui luttent de façon acharnée à l’avancement de leur communauté.
Avant mon départ, on m’avait dit que le Mali était un des cinq pays les plus pauvres au monde. Par contre, cette situation économique ne l’empêche pas de regorger d’une richesse culturelle incroyable. Le nombre de sourires que vous rencontrez dans une simple matinée vous reflète la joie de vivre de ces populations. L’ombre d’un arbre, une théière sur le feu et la compagnie de bons amis suffisent pour obtenir une belle journée.
La commune de Boidié
La commune de Boidié fut notre première destination. À trois heures de routes de Bamako, dont un petit bout sur des routes latéritiques, Boidié peut être considérée comme un secteur reculé du Mali. L’islam y est très présent. Mon premier contact avec cette religion fut très positif et contrasta avec la vision sombre que nous en avons en Occident. La communauté se soutient fortement et on y est vite apprécié. Malheureusement, la commune de Boidié est victime d’une détérioration environnementale importante.
La surpopulation fait des ravages au Mali comme ailleurs en Afrique. Par exemple, sur une population de 3351 habitants à Boidié, on estime à environ 600 le nombre d’enfants de zéro à cinq ans. Cette situation cause de plus en plus de pression sur les terres. En temps anciens, une famille cultivait sur une terre durant une certaine période et lorsque celle-ci ne produisait plus, on changeait d’endroit pour cultiver sur une nouvelle terre fertile. L’ancienne terre était retournée à la nature et pouvait retrouver sa fertilité initiale pour les générations futures. Par contre, ce système de rotation qui avait fait ses preuves n’est plus possible car les terres sont presque toutes déjà utilisées. L’environnement présent ne peut Pas supporter une, telle population. Le manque d’espace de plus en plus flagrant peut compliquer la cohabitation. Une gestion des naissances est de plus en plus prioritaire et les tabous sur les méthodes de contraception doivent être brisés.
La taille importante du cheptel de Boidié est aussi un problème majeur. Le bétail divague un peu partout lors de la saison sèche en recherche de la rare nourriture présente, ce qui cause d’importants dégâts à la végétation. […]
Zan Coulibaly et Binco
Notre deuxième destination fut la commune de Zan Coulibaly et celle de Binco. Cette zone est réputée pour l’importance de la coupe de bois y sévissant. Une bonne partie du bois est ensuite transformée en charbon de bois afin d’être exportée vers Bamako, la capitale du Mali. Les plus grandes déforestations à avoir lieu sur terre ne sont pas liées à l’industrie des pâtes à papier ou au commerce du bois d’œuvre, mais tout simplement au besoin croissant des populations pour une séance d’énergie de cuisson des aliments. Par conséquent, quelques rares forêts tiennent le coup et il est temps que les solutions soient mises de l’avant, aussi complexes soient-elles.
Le coton : l’or blanc
L’industrie du coton est fortement répandue dans cette zone. La culture du coton, qui est le plus important produit d’exportation du Mali, est pour moi une des plus grandes catastrophes économiques et écologiques du pays. Cette culture prend une quantité phénoménale d’intrants (fertilisants chimiques, pesticides, herbicides), ce qui cause d’importantes détériorations sur l’environnement et endette terriblement les paysans. De plus, par les subventions massives du gouvernement américain à son industrie cotonnière, le prix mondial du coton a chuté mettant dans une faillite certaine les petits paysans des pays en voie de développement. Les Maliens cultivent massivement cet or blanc en raison des prix élevés des années passées et de l’incitation de l’État, mais laissent de côté les cultures vivrières. Certains paysans nous disaient qu’ils ne cultivaient que 1/10 des grains nécessaires à leur alimentation et que les 9/10 restants devaient être achetés au marché à l’aide du profit engendré par le coton et la coupe du bois. Pour augmenter leur désespoir, l’année 2004 a été marquée par une importante sécheresse. Par conséquent, plusieurs champs n’ont même pas pu être récoltés et un manque de grain est à prévoir avant les prochaines récoltes. Les paysans n’auront pas d’autre choix que de couper les quelques forêts existantes afin d’obtenir un revenu nécessaire pour se nourrir. Lors d’une discussion avec l’agent d’eau et forêt de notre zone, celui-ci a avoué être incapable de mettre sous amende une famille coupant des espèces protégées afin de se nourrir convenablement…
Pour répondre à la grande question : est-ce que ma présence au Mali a servi à quelque chose ? Le développement international est un processus lent où l’on doit constamment remettre en question nos gestes. Mon séjour, je crois, m’a permis de transmettre de nouvelles connaissances à propos de la transformation du karité et de sensibiliser les populations locales à la protection de leur environnement ainsi qu’à se prendre en main. J’ai grandement appris au Mali, autant au point de vue personnel que professionnel. Cette expérience restera gravée dans mon esprit.
Par Robert Prévost • Stagiaire 2004-2005
Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSU)




