Le « marché » de l’éducation publique

1 août 2002

La rentrée au collégial

Depuis le début des années 90, le système d’éducation québécois se voit de plus en plus dirigé par les lois du marché.

L’éducation publique, au Québec comme dans la plu­part des sociétés « néolibé­ralisées », est sérieusement menacée. Cet outil dont s’est doté la société s’effrite à vue d’œil sous les assauts répé­titifs de ceux et celles qui souhaitent voir le marché diriger toutes les sphères de l’activité humaine.

L’éducation en tant que « productrice »

C’est en 1993 que la ministre de l’Éducation de l’époque, Lucienne Robillard, amorce la vague de réformes que connaîtra par la suite le monde de l’éducation. En instaurant l’approche par compétences, le gouverne­ment québécois est venu res­treindre le rôle de l’éducation . En effet, l’atteinte de compé­tences mesurables, quanti­fiables et transférables colle parfaitement avec la formation de travailleuses et travailleurs fabriqués pour l’entreprise privée. Certes, l’acquisition d’un « savoir faire » particulier fait partie du rôle de l’éduca­tion, de même que la forma­tion d’une main-d’œuvre qualifiée. Mais est-ce son seul rôle ? Qui plus est, un système d’éducation public digne de ce nom peut-il éva­cuer de sa mission un savoir fondamental (français, philo­sophie) pourtant nécessaire à l’exercice démocratique ?

Dans la même veine, la déréglementation des Attesta­tions d’Études Collégiales (AEC) (comportant une for­mation technique sans for­mation générale) sous la ministre Marois vient con­firmer cette vision de l’édu­cation. Ainsi, il sera possible pour un étudiant d’obtenir un AÉC sans avoir obtenu une formation générale. Ce geste du gouvernement est, de toute évidence, une tentative de séduction envers l’entre­prise privée pour qu’elle embauche rapidement une main-d’œuvre peu coûteuse et docile.

Les plans du ministère

Au niveau collégial, les règles du jeu fixées par le ministère de l’Éducation ne diffèrent guère de celles imposées aux universités. Les plans de réussite et diplo­mation fixent une série d’ob­jectifs telle que l’imposition d’un taux de diplômé(-e-s). Le gouvernement prévoit des sanctions contre les établis­sements qui n’atteindraient pas leurs objectifs.

Parallèlement à l’instau­ration des plans de réussite, le gouvernement québécois s’est engagé dans une autre voie : l’habilitation des cégeps. Ce processus a pour objectif éventuel de permettre aux établissements collégiaux de décerner eux-mêmes le DEC du ministère de l’Éducation. Les établissements collégiaux du Québec se mettront à entrer en concurrence pour obtenir une performance qui fera rougir le gouvernement et bien sûr, les entreprises. Il est primordial de noter que cette mesure n’est pas accom­pagnée d’un nouvel investis­sement massif. En consé­quence, les établissements (qui jouissent désormais d’une grande autonomie con­cernant l’amélioration de leurs performances) doivent faire appel au financement privé pour boucler leur budget et satisfaire les exigences du gouvernement. Nous ne pou­vons que constater que l’ingérence des intérêts privés dans le système public se voit donc permise, voir même encouragée.

Objectifs économiques

Les mesures qui constituent le plan de l’actuel ministre Simard relèvent directement de considérations économi­ques incompatibles avec la notion même d’éducation publique. Il est primordial que la population étudiante, principale concernée par les politiques gouvernementales, élève la voix et se fasse entendre. Notre système d’éducation public est en phase de devenir à la solde des entreprises privée nous nous devons d’agir, et rapidement.

Source : Ultimatum express : novembre 2001 / comité journal Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ)

 

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