Le mauvais vent qui souffle…

1 juin 2002

Réflexion sur le temps présent

Avez-vous l’impression que le monde bascule ? Sentez-vous le mauvais vent qui souffle ?

Il y a Bush, ce bouffon, qui traite Sharon d’homme de paix alors que presque toute la communauté internatio­nale le considère comme un criminel de guerre sangui­naire; alors que c’est évident et vérifiable qu’il est un cri­minel de guerre sanguinaire. Il y a cet éditorialiste du National Post (je ne me sou­viens plus de son nom) qui écrit que la presse euro­péenne cède à la propagande d’Arafat lorsqu’elle parle d’un « massacre » Jénine (Arafat, c’est bien connu, contrôle les médias depuis son bureau en ruine, entouré de chars israéliens, avec son super cellulaire arabe).

Qui se préoccupe des populations civiles ?

Il y a ces jeunes juifs de Montréal qui occupent paci­fiquement les bureaux d’un député libéral pour protester contre l’occupation et la colonisation israélienne et, Joseph Gabay, président du Congrès juif du Québec, qui nous annonce qu’il s’agit de « mini-terrorisme » (alors là bravo, c’est de toute beau­té, du vrai Ionesco). Il y a Sharon, cette immense vulga­rité, qui refuse toujours la présence d’observateurs in­ternationaux en Palestine et qui fait tout en son pouvoir pour retarder l’enquête inter­nationale à Jénine. Il y a l’ar­mée israélienne qui tire sur des journalistes, qui frappe sauvagement des pacifistes internationaux venus avec des provisions.

Il y a Isabelle Hachey qui est entrée illégalement et courageusement à Jénine pour constater que l’air y était irrespirable tellement ça sent le cadavre (peut-être est-elle payée par Arafat ? Anti­sémite ? Maxi-terroriste ?). Il y a tous ces hommes à cra­vate, l’eau de Cologne plein le col, qui nous racontent sérieusement qu’il est plus moral de tuer cinquante civils quand on a un uniforme d’ar­mée que d’en tuer dix quand on n’a pas les moyens de s’en payer. Il y a l’Occident sur­tout, rempli de lui-même, satisfait et grossier.

Terrorisme, barberie et… colonianisme

Il y a des extrémistes palestiniens qui profitent froi­dement du désespoir de leur peuple pour mener une guerre aveugle et fanatique. Il y a Sharon qui se sert à son tour de ces extrémistes pour justi­fier sa barbarie, la barbarie de l’occupation et l’innomma­ble obscénité de la colonisa­tion. Il y a la droite chrétienne américaine (terme aussi im­probable que droite marxiste) et les « démocrates » qui sou­tiennent que le président Bush a perdu sa « clarté morale » en exigeant le retrait des troupes israéliennes. Clarté morale : voilà une expression qui sent la croix gammée. Des hommes sé­rieux ! Des propos sérieux ! L’humanité n’a pas grandi d’un pouce mon fils. Ça sent les années 30 à pleine gueule ! Il y a, en ce samedi 20 avril, la cerise sur mon sundae. tin éditorial de Mme Lysiane Gagnon qui commence avec une citation de Golda Meir qui laisse entendre que les Palestiniens n’aiment pas leurs enfants comme nous. La preuve : ils les laissent se faire décapiter par l’année israélienne à des fins propa­gandistes ! Plutôt que de crier d’horreur à la vue d’une armée puissante qui tire sur des gamins armés de cailloux, M. Gagnon préfère jeter une partie du blâme sur les parents palestiniens. Voilà qui tient du prodige. Choisir d’écrire cela au bout de trois semaines de massacre en Palestine, cela dépasse l’en­tendement.

Le cadavre sent-il moins mauvais à Jénine qu’à New York ? Je suis de ceux qui croient que l’humanité se vaut à peu près partout sur la terre. Personne n’a ni le monopole de la vertu ni le monopole du vice. Mais il y a parfois et même souvent, des concentrations temporaires de pouvoir et de puissance qui mènent aux abus les plus révoltants. C’est le cas bien sûr des États-Unis et, par extension, d’Israël. Il va de soi que les deux peuples (israélien-palestinien) ont su­bit l’horreur et l’injustice en Terre sainte. Il va tout aussi de soi que la plus grande injustice et de très loin, ce sont les Palestiniens qui la subissent; pas seulement à l’heure des massacres, mais dans leur vie quotidienne et ce, depuis des décennies. Il faut être d’une mauvaise foi éhontée pour ne pas le recon­naître.

La preuve, si les Palesti­niens disposaient d’une ar­mée « légitime » pour résister à l’occupation et à la coloni­sation, beaucoup d’observa­teurs se retrouveraient, du jour au lendemain, complète­ment à court d’arguments. Israël doit reconnaître le peuple palestinien, se retirer des territoires et démanteler ses colonies.

« Le mauvais vent souffle… » La Presse, 9 mai 02, p. A-9.

 

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