Réflexion sur le temps présent
Avez-vous l’impression que le monde bascule ? Sentez-vous le mauvais vent qui souffle ?
Il y a Bush, ce bouffon, qui traite Sharon d’homme de paix alors que presque toute la communauté internationale le considère comme un criminel de guerre sanguinaire; alors que c’est évident et vérifiable qu’il est un criminel de guerre sanguinaire. Il y a cet éditorialiste du National Post (je ne me souviens plus de son nom) qui écrit que la presse européenne cède à la propagande d’Arafat lorsqu’elle parle d’un « massacre » Jénine (Arafat, c’est bien connu, contrôle les médias depuis son bureau en ruine, entouré de chars israéliens, avec son super cellulaire arabe).
Qui se préoccupe des populations civiles ?
Il y a ces jeunes juifs de Montréal qui occupent pacifiquement les bureaux d’un député libéral pour protester contre l’occupation et la colonisation israélienne et, Joseph Gabay, président du Congrès juif du Québec, qui nous annonce qu’il s’agit de « mini-terrorisme » (alors là bravo, c’est de toute beauté, du vrai Ionesco). Il y a Sharon, cette immense vulgarité, qui refuse toujours la présence d’observateurs internationaux en Palestine et qui fait tout en son pouvoir pour retarder l’enquête internationale à Jénine. Il y a l’armée israélienne qui tire sur des journalistes, qui frappe sauvagement des pacifistes internationaux venus avec des provisions.
Il y a Isabelle Hachey qui est entrée illégalement et courageusement à Jénine pour constater que l’air y était irrespirable tellement ça sent le cadavre (peut-être est-elle payée par Arafat ? Antisémite ? Maxi-terroriste ?). Il y a tous ces hommes à cravate, l’eau de Cologne plein le col, qui nous racontent sérieusement qu’il est plus moral de tuer cinquante civils quand on a un uniforme d’armée que d’en tuer dix quand on n’a pas les moyens de s’en payer. Il y a l’Occident surtout, rempli de lui-même, satisfait et grossier.
Terrorisme, barberie et… colonianisme
Il y a des extrémistes palestiniens qui profitent froidement du désespoir de leur peuple pour mener une guerre aveugle et fanatique. Il y a Sharon qui se sert à son tour de ces extrémistes pour justifier sa barbarie, la barbarie de l’occupation et l’innommable obscénité de la colonisation. Il y a la droite chrétienne américaine (terme aussi improbable que droite marxiste) et les « démocrates » qui soutiennent que le président Bush a perdu sa « clarté morale » en exigeant le retrait des troupes israéliennes. Clarté morale : voilà une expression qui sent la croix gammée. Des hommes sérieux ! Des propos sérieux ! L’humanité n’a pas grandi d’un pouce mon fils. Ça sent les années 30 à pleine gueule ! Il y a, en ce samedi 20 avril, la cerise sur mon sundae. tin éditorial de Mme Lysiane Gagnon qui commence avec une citation de Golda Meir qui laisse entendre que les Palestiniens n’aiment pas leurs enfants comme nous. La preuve : ils les laissent se faire décapiter par l’année israélienne à des fins propagandistes ! Plutôt que de crier d’horreur à la vue d’une armée puissante qui tire sur des gamins armés de cailloux, M. Gagnon préfère jeter une partie du blâme sur les parents palestiniens. Voilà qui tient du prodige. Choisir d’écrire cela au bout de trois semaines de massacre en Palestine, cela dépasse l’entendement.
Le cadavre sent-il moins mauvais à Jénine qu’à New York ? Je suis de ceux qui croient que l’humanité se vaut à peu près partout sur la terre. Personne n’a ni le monopole de la vertu ni le monopole du vice. Mais il y a parfois et même souvent, des concentrations temporaires de pouvoir et de puissance qui mènent aux abus les plus révoltants. C’est le cas bien sûr des États-Unis et, par extension, d’Israël. Il va de soi que les deux peuples (israélien-palestinien) ont subit l’horreur et l’injustice en Terre sainte. Il va tout aussi de soi que la plus grande injustice et de très loin, ce sont les Palestiniens qui la subissent; pas seulement à l’heure des massacres, mais dans leur vie quotidienne et ce, depuis des décennies. Il faut être d’une mauvaise foi éhontée pour ne pas le reconnaître.
La preuve, si les Palestiniens disposaient d’une armée « légitime » pour résister à l’occupation et à la colonisation, beaucoup d’observateurs se retrouveraient, du jour au lendemain, complètement à court d’arguments. Israël doit reconnaître le peuple palestinien, se retirer des territoires et démanteler ses colonies.
« Le mauvais vent souffle… » La Presse, 9 mai 02, p. A-9.




