Le monde a faim…

1 décembre 2002

Ici et ailleurs

Ah ! L’éternelle frénésie du Temps des Fêtes ! Les jours courent; le temps file. Mais pour des milliers et des milliers de personnes, décembre apparaît comme le mois le plus long. La faim, et trop souvent le froid, sont les denrées quotidiennes pour les pauvres faisant partie de notre monde. À l’aube de l’an 2003, prenons-en conscience : la pauvreté ne cesse d’augmenter sur la Terre, environ une personne sur deux est considérée comme pauvre ! À une époque où le discours dominant prêche la mondialisation des marchés comme garant de la prospérité pour chaque personne, la persistance, voir l’aggravation de la pauvreté n’en est que plus frappante. Des six milliards d’habitants actuels, de deux à trois milliards viendront s’ajouter d’ici la fin du siècle. Parmi eux, combien échapperont-ils à la pauvreté ? Comment la Terre, fragilisée par les déséquilibres environnementaux, réussira-t-elle à nourrir tous ses enfants ?

Causes et effets de la misère

Lors du passage à l’an 2000, la communauté internationale s’était fixé comme premier objectif dit du Millénaire de réduire de moitié en quinze ans le nombre de personnes vivant en situation d’extrême-pauvreté. Comment expliquer alors qu’en l’espace de deux ans, on s’en éloigne au lieu de s’en approcher ? Les sommets mondiaux tel celui de Johannesburg en Afrique du Sud en septembre dernier sont des lieux de rencontres oit les puissants « décideurs » discutent de la pauvreté. Jugée comme une réalité naturelle, la pauvreté est quantifiée, voire qualifiée. Ses effets directs (détresse, misère, maladie, mort), sèment la honte. On fixe des montants minimums; on avance des chiffres sur le nombre exact de pauvres vivant avec un dollar ou deux par jour. On dit que la faim affecte au-delà de 800 millions de personnes dans le monde, principalement en Afrique. On fait des constats, mais on ne s’attaque pas à la source, car « ce qui caractérise à la racine la pauvreté, c’est le déni de tout ou en partie des droits humains dont elle est à la fois cause et effet. »1 Proclamés par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ces droits civils, politiques, culturels, économiques et sociaux sont inhérents à la personne humaine.

Et au Québec

Le gouvernement du Parti québécois a mis en place une Commission parlementaire concernant le projet de Loi 112 visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Comme d’autres organismes communautaires, dont la TROVEPE (Table Ronde des Organismes Volontaires d’Éducation Populaire de l’Estrie), ENTRÉE LIBRE reconnaît qu’il y a de profondes lacunes dans ce projet, car on ne s’attaque pas véritablement aux causes et on ne prévoit pas « de mesures d’urgence concrètes et significatives » s’inscrivant dans le respect des droits humains. Certaines de ces mesures réclamées par des centaines d’organismes à travers le Québec sont la construction de 8000 logements sociaux par année; le droit à l’obtention des médicaments pour tous et toutes; l’augmentation substantielle du salaire minimum afin de permettre à tous les travailleurs et travailleuses de jouir d’un niveau de vie décent et l’augmentation substantielle immédiate des prestations d’assistance-emploi, sans discrimination envers les personnes.

Nous exprimons le vœu que ce Temps de réjouissances éclairent nos cœurs et nous donnent la force de réclamer haut et fort, toutes et tous ensemble, pour tous ceux et celles qui ont faim à travers le monde, le respect de leur condition humaine.

 

1 SAKÉ, Pierre. « Pauvreté : pour un changement d’approche radical », Le Monde, 19 octobre 2002

 

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