Le Niger coulé par la Banque mondiale

1 janvier 2004

Privatisation de l’eau

Le Niger a craqué face à la Banque mondiale. Avec 73 millions de dollars à prêter en échange de la privatisation de son eau, la pression était tellement forte, que le plus sahélien des pays sahéliens a cédé une de ses ressources naturelles essentielles au secteur privé.

Il est vrai que la gestion de l’eau au Niger par l’État était problé­matique depuis plusieurs an­nées. De fait, le secteur était déficitaire depuis 1977. Mais, cela suffisait-il pour que le Niger plie sous la pression de la Banque mondiale ?

Bien que réaffirmant son opposition à la commercialisa­tion de l’eau, la société civile nigérienne avec à sa tête les or­ganisations syndicales à dû, semble-t-il, reconnaître qu’il fallait faire quelque chose. Ce quelque chose qu’il fallait faire, le gouvernement nigé­rien l’avait déjà cautionné. En effet, en I 996. le Niger sonnait le glas du monopole de l’État en matière, entre autres, de l’eau. L’ordonnance 96-062 du 22 octobre 1996 évoquait la liste d’une trentaine d’entreprises à vendre par l’État. Parmi elles, la Société nationale des Eaux et deux autres majeures dont la Société Nigérienne d’électri­cité et la Société nigérienne des télécommunications.

Le Niger avait-il le choix ?

« Messieurs, Mesdames, chers investisseurs potentiels natio­naux et étrangers, j’ai l’hon­neur de porter à votre connais­sance que le Niger s’est enga­gé dans un programme de pri­vatisation de douze entreprises publiques adopté en octobre 1996. La privatisation est une composante essentielle du Pro­gramme économique et finan­cier conclu avec les institutions de Bretton Woods. » avait annoncé Mme Trapsida Fa­tima, ministre de l’Hydraulique de l’époque.

Le terrain était prêt pour les entreprises privées

En mars 2001, la société fran­çaise Vivendi Water reprend la Société nationale des Eaux. Désormais, la distribution de l’eau potable au Niger est ré­partie comme suit : dans les campagnes, l’ État nigérien en­dosse tous les rôles. Par contre, la distribution de l’eau en milieu urbain et semi-urbain est con­fiée à la Société de Patrimoine des Eaux qui s’occupe des in­frastructures et des investisse­ments lourds. Quant à la So­ciété d’exploitation des Eaux, elle est en charge de la distri­bution et des branchements se­condaires et est contrôlée à 51 % par Vivendi Water, 34 % par des investisseurs privés nigériens, 10 %par les salariés et 5 % par l’État.

Moussa Tchangari. directeur de l’hebdomadaire nigérien d’opposition note qu’après un an seulement de privatisation, le prix du mètre cube d’eau po­table a subi une hausse de 13 % pour les classes moyennes par rapport aux tarifs en vigueur depuis décembre 1999. Cette augmentation du prix de l’eau à bien sûr affecté toutes les cou­ches sociales. Ce qui a amené en avril 2002, les syndicats et les organisations non gouver­nementales à dénoncer cette hausse en organisant de nom­breuses manifestations de rue dans la capitale nigérienne. Les particuliers, les gestionnaires des bornes fontaines publiques, les commerces et les indus­tries n’ont pas été épargnés. Certains particuliers ont vu leur facture multipliée par quatre. Dans ce contexte, il est facile d’asseoir au banc des accusés, la mondialisation des marchés. Dans un pays où seulement 43 %de la population a accès à l’eau, les grandes compagnies transnationales font des profits énormes. Pendant ce temps, les Nigériens réalisent que l’eau est désormais inaccessi­ble pour la majorité de la population.

 

Source : CSI informe, Été 2003, Vol. 7 n » 2

 

 

 

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