Privatisation de l’eau
Le Niger a craqué face à la Banque mondiale. Avec 73 millions de dollars à prêter en échange de la privatisation de son eau, la pression était tellement forte, que le plus sahélien des pays sahéliens a cédé une de ses ressources naturelles essentielles au secteur privé.
Il est vrai que la gestion de l’eau au Niger par l’État était problématique depuis plusieurs années. De fait, le secteur était déficitaire depuis 1977. Mais, cela suffisait-il pour que le Niger plie sous la pression de la Banque mondiale ?
Bien que réaffirmant son opposition à la commercialisation de l’eau, la société civile nigérienne avec à sa tête les organisations syndicales à dû, semble-t-il, reconnaître qu’il fallait faire quelque chose. Ce quelque chose qu’il fallait faire, le gouvernement nigérien l’avait déjà cautionné. En effet, en I 996. le Niger sonnait le glas du monopole de l’État en matière, entre autres, de l’eau. L’ordonnance 96-062 du 22 octobre 1996 évoquait la liste d’une trentaine d’entreprises à vendre par l’État. Parmi elles, la Société nationale des Eaux et deux autres majeures dont la Société Nigérienne d’électricité et la Société nigérienne des télécommunications.
Le Niger avait-il le choix ?
« Messieurs, Mesdames, chers investisseurs potentiels nationaux et étrangers, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le Niger s’est engagé dans un programme de privatisation de douze entreprises publiques adopté en octobre 1996. La privatisation est une composante essentielle du Programme économique et financier conclu avec les institutions de Bretton Woods. » avait annoncé Mme Trapsida Fatima, ministre de l’Hydraulique de l’époque.
Le terrain était prêt pour les entreprises privées
En mars 2001, la société française Vivendi Water reprend la Société nationale des Eaux. Désormais, la distribution de l’eau potable au Niger est répartie comme suit : dans les campagnes, l’ État nigérien endosse tous les rôles. Par contre, la distribution de l’eau en milieu urbain et semi-urbain est confiée à la Société de Patrimoine des Eaux qui s’occupe des infrastructures et des investissements lourds. Quant à la Société d’exploitation des Eaux, elle est en charge de la distribution et des branchements secondaires et est contrôlée à 51 % par Vivendi Water, 34 % par des investisseurs privés nigériens, 10 %par les salariés et 5 % par l’État.
Moussa Tchangari. directeur de l’hebdomadaire nigérien d’opposition note qu’après un an seulement de privatisation, le prix du mètre cube d’eau potable a subi une hausse de 13 % pour les classes moyennes par rapport aux tarifs en vigueur depuis décembre 1999. Cette augmentation du prix de l’eau à bien sûr affecté toutes les couches sociales. Ce qui a amené en avril 2002, les syndicats et les organisations non gouvernementales à dénoncer cette hausse en organisant de nombreuses manifestations de rue dans la capitale nigérienne. Les particuliers, les gestionnaires des bornes fontaines publiques, les commerces et les industries n’ont pas été épargnés. Certains particuliers ont vu leur facture multipliée par quatre. Dans ce contexte, il est facile d’asseoir au banc des accusés, la mondialisation des marchés. Dans un pays où seulement 43 %de la population a accès à l’eau, les grandes compagnies transnationales font des profits énormes. Pendant ce temps, les Nigériens réalisent que l’eau est désormais inaccessible pour la majorité de la population.
Source : CSI informe, Été 2003, Vol. 7 n » 2



