Le Parti démocratique sénégalais au pouvoir

1 décembre 2004

En 2000, après 25 années de combat

L’année 2000, pour le Sénégal, aura été le fruit de longues luttes acharnées pour le pouvoir mais surtout, elle aura été décisive dans le modelage du profil démocratique auquel il aspire.

Le 19 mars 2000, le Parti démocratique sénégalais (PDS) accède au pourvoir après 25 années de combat. Le vent de l’alternance a marqué pour nous, Sénégalais, une rupture, tant au point de vue politique qu’au point de vue chrono logique, dans le déroulement monotone des années, des siècles et des millénaires. Le peuple a véritablement connu un réveil et, l’événement en soi, était salvateur.

La passation du pouvoir entre Abdoulaye Wade et Abdou Diouf, respectivement leaders politiques du PDS et du Parti socialiste (PS), s’est passée dans une atmosphère de sérénité et de paix et surtout, d’acceptation de la volonté du peuple qui voulait le changement. À la chaîne française, le monde s’attendait à voir des images montrant des bureaux de vote saccagés, un couvre-feu déclaré à la dernière minute ou encore, une foule de manifestants mécontents brandissant des armes. Stupéfaction générale !

Il faut noter qu’avec le président sortant et son prédécesseur, Léopold S. Senghor, le Sénégal, pays de la Teranga et de l’arachide, a connu 40 années de socialisme qui se conjuguent avec 40 années de privations et de silence, d’un seul repas par jour au lieu de trois (selon la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme), d’un parti unique au pouvoir et d’immigration de « cerveaux » préférant changer de nationalité. Voilà habituellement ce que laisse un président en quittant le pouvoir !

Multipartisme

L’avènement de l’alternance au pouvoir a ouvert les portes de la scène politique : le multipartisme prend de l’ampleur. Le président Wade a gagné les élections au deuxième tour, grâce à une coalition de 21 partis politiques. Pour la première fois en Afrique, la société civile a été invitée à jouer un rôle de médiateur et de surveillance lors d’élections présidentielles. Les libertés et droits de la Personne ont une alliée sûre : pour une première fois, une femme est nommée au poste de Première Ministre. Après seulement 46 mois au pouvoir, la fièvre de l’alternance a commencé à s’émousser. Voyant que du jour au lendemain, un petit pays sans moyen et sans richesse, est projeté au-devant de la scène politique pour l’exemplarité de son comportement démocratique, Gorgui Wade est atteint de la pire des maladies de « présidencisme », la boulimie du pouvoir. Avec moins de liberté d’expression, des journalistes se font arrêtés ou agressés pour avoir publié un article compromettant pour son Éminence. L’espace politique est devenu une arène où se cognent les joutes verbales de leaders qui dénoncent, accusent et promettent une société bien lointaine. Le gouvernement sénégalais s’endette de plus en plus, et pendant ce temps, les « vautours blanchis », Banque Mondiale et Fonds Monétaire International, rient et se disent, qu’après des siècles d’esclavage et de colonisation, les Africains ont et continueront toujours d’avoir les yeux bandés.

Le peuple frustré et meurtri, se culpabilise et se demande pourquoi (après toutes ces belles promesses : lutte contre la pauvreté, chômage, respect des droits humains) ? Parce que Wade et son gouverne ment ont décidé de changer de cap et de diriger la barque vers un nouvel horizon, le libéralisme, qui n’est rien d’autre que l’exploitation de l’homme par l’homme au règne du capital et au culte du profit. Alors, y a-t-il ou y aura-t-il jamais une place pour un projet de société ?

 

 

 

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