Vous avez dû, comme moi, pendant la campagne électorale de novembre, chercher la promesse, le cadeau qui gagnerait le vote de la majorité des femmes. Ne serait-ce pour nous dire simplement qu’il y aurait augmentation des allocations familiales (encore faillait-il avoir des enfants…). Et bien non, mesdames, nous n’étions pas encore une priorité cette année, peut-être dans 4 ans… mais pas en 1985.
Autant du côté du P.Q. que de celui du Parti libéral, nous avions à faire face à des politiciens, politiciennes qui ne nous projetaient que des images. Pendant cette campagne, plusieurs groupes de femmes de Montréal ont pris l’initiative d’inviter des représentants des deux « grands partis » à exposer leurs positions sur la condition de vie et de travail des femmes. Le résultat s’est avéré assez décevant : conserver les acquis mais rien de plus.
Voilà, le Parti libéral est au pouvoir et qu’en est-il maintenant des acquis des femmes. Un événement important, qui a sûrement marqué la période électorale, a été la fermeture du service d’avortement au C.L.S.C. de Ste-Thérèse. En effet, sur une décision du conseil d’administration du C.L.S.C. en question, il s’en est suivi l’arrêt du service. Menacé-e-s par les Chevaliers de Colomb et PRO-VIE les membres du C.A. ont courbé l’échine et privé ainsi plusieurs femmes d’exercer leur libre choix à leur maternité.
Cet affront au droit à l’avortement a permis de faire des pressions auprès des partis afin qu’ils se prononcent sur la situation. Monsieur Pierre-Marc Johnson, sentant sa défaite, a précisé qu’il appartient aux femmes de décider. Quant au chef du Parti libéral, il a déclaré qu’il ferait en sorte que la loi soit appliquée. Or la loi fédérale stipule que seuls les avortements pratiqués dans les Centres Hospitaliers, sous recommandation d’un comité thérapeutique, sont légaux. Toute autre interruption volontaire de grossesse pratiquée, soit dans un centre de Santé pour femmes, dans un CLSC; est jugée illégale et relève du code criminel. En conséquence, les médecins sont susceptibles d’être poursuivis.
Les femmes seraient-elles incapables de choisir si, oui ou non, elles veulent et peuvent poursuivre leur grossesse ? C’est donc pour cela qu’un comité le fait à leur place… !
Le Parti libéral est loin d’une des plus grandes revendications du mouvement des femmes depuis au moins 15 ans qu’est celle du libre-choix à la maternité et pour un avortement libre et gratuit.
Selon les dires de la ministre déléguée à la condition féminine, l’avortement ne s’est pas révélé une priorité lors de son porte-à-porte. Faut-il croire que c’est un moment privilégié pour soulever de belles questions ? Cet argument exprime un profond désaccord sur la question de l’avortement. Mentionnons aussi la tentative récente de faire payer des frais supplémentaires pour la vasectomie. Ceci constituerait un recul important qui remettrait entre les mains des femmes la responsabilité de la contraception, ou du moins en partie. Pourquoi la vasectomie et non pas la ligature ?
Faut-il attendre quelque chose de différent de la part du Parti libéral, ce parti voué aux Hommes d’Affaires, à l’entreprise privée. À mon avis, quelle que soit la couleur qui nous gouverne, nous dirige, nous devons rester vigilantes sur toutes ces questions. On ne le dira jamais assez : « On n’est .jamais si bien servies que par soi-même. »



