Je suis assise sur cette moto ayant pour direction les différents quartiers de Quillabamba, ville et vallée entourées de montagnes au sud du Pérou. J’accompagne Helmer, un infirmier qui travaille au département des maladies infectieuses de l’hôpital de Quillabamba. Je vais y faire le suivi des personnes qui sont atteintes de tuberculose afin d’évaluer leur état de santé, me renseigner sur le déroulement de leur traitement, voir comment va la famille et évaluer s’il y a des risques que la personne abandonne son traitement.
Les visites à domicile permettent d’évaluer les conditions de vie et d’hygiène de la famille et ainsi de s’assurer que l’entourage du malade n’ait pas la maladie à son tour. Les visites à domicile ne sont pas fréquentes, pénurie d’effectifs oblige. La majorité des suivis des personnes se fait directement à l’hôpital lorsque la personne vient chercher ses médicaments. L’une des principales fonctions des visites à domicile est de s’assurer que les personnes atteintes de la tuberculose continuent jusqu’au bout leur traitement d’antibiotiques. On offre du café et du pain à l’hôpital, surtout pour les moins bien nantis, afin de s’assurer qu’ils viennent chercher leur traitement tous les jours. Ce traitement supervisé restreint beaucoup les activités du malade durant sa convalescence puisqu’il faut que lui, ou un membre de sa famille proche, se présente chaque jour afin de recevoir le traitement. Il arrive, lorsqu’un patient vit loin du centre de santé dans les campagnes, qu’une promotrice de santé vienne tous les jours lui porter ses médicaments.
Depuis plus de trente minutes, Helmer et moi cherchons l’adresse mentionnée afin d’effectuer le suivi à domicile chez une femme atteinte de tuberculose ; pourtant, aucune adresse ne correspond et on doit s’informer au voisinage afin de demander s’il connaît la personne que nous venons voir.
Une maladie honteuse
Sans uniforme et en prenant bien soin de ne pas dire le but de notre visite, de manière à ne pas attirer la curiosité de l’entourage, nous trouvons finalement cette femme que nous sommes venus voir.
Elle dit ne pas avoir écrit la bonne adresse parce qu’elle avait honte et ne voulait pas qu’on l’associe à cette maladie. En plus de la longue durée du traitement (un minimum de six mois), la personne malade doit faire face à tous les préjugés qui sont nombreux au Pérou : « On sait bien, c’est eue maladie de pauvre ! ». Il devient donc très honteux pour la personne d’être étiquetée de cette maladie ; en plus de se cacher, elle peut tarder avant de se faire soigner.
Ce qui m’a le plus touchée durant ce stage, c’est de voir d’abord et avant tout la détresse et la honte des personnes malades d’avoir une maladie infectieuse qui a si mauvaise réputation. La grande crainte qui habite généralement les personnes malades est de se faire rejeter de la société et non tant d’avoir à subir la maladie et le traitement. C’est bouleversant de voir que l’on peut être mis si facilement à l’écart pour quelque chose dont on n’est nullement responsable.
Je me souviendrai toujours du regard de cette femme lorsque je lui ai dit qu’elle n’avait pas à avoir honte, que cette maladie contagieuse se retrouvait dans tous les pays et touchait toutes les classes sociales. Ses yeux brillants, qui ont rejoint les miens le temps d’un instant, sont devenus pour moi synonyme d’espoir et resteront à jamais gravés dans mon cœur. Ce stage m’a tellement appris à différents niveaux. L’acceptation de l’autre tel qu’il est avec ses valeurs, sa propre culture et ses croyances. J’ai été face aux tristes situations des personnes que j’ai visitées, mais pourtant dans chacun de leur regard, j’y ai lu tellement d’espoir. J’ai été réellement touchée durant ces deux mois et demi, et je suis maintenant devenue meilleure.
Source : L’expérience, Stage QSF spécialisé Pérou 2003-2004



