Le pétrole en chute libre: pourquoi ?

18 avril 1986

tiré de l’Autre Actualité
No 12 Printemps 1986

Encore hier à 34 dollars le baril (depuis 1982), il est tombé à 26 $ à la fin de l’automne dernier pour finalement dégringoler en quelques semaines (mi-janvier – mi-février) à 15 $. Que s’est-il passé ? Pourquoi une baisse si vertigineuse après la hausse non moins vertigineuse des années 70 (avant 1973 le baril était à 3 $).

Pourquoi l’O.P.E.P. a-t-elle déclenché la guerre des prix ? Depuis le début des années 80, le pétrole se vend moins et mal. Les pays indus­triels ont, à partir de la mi-70, enclenché une politique d’écono­mie d’énergie en misant davan­tage sur le gaz, le charbon et le nucléaire. Résultat : la part du pé­trole dans la consommation éner­gétique de ces pays est tombée de 50 % en 1979 à 40 % en 1985. Puis, l’apparition de nouveaux producteurs (le Mexique, les États-Unis en Alaska, la Grande-Bretagne) arrache à l’O.P.E.P. une part de son marché : de 50 % du marché mondial qu’elle contrôlait en 1973, elle en détient maintenant moins de 30 %. Ob­jectif : reprendre le terrain perdu. Mieux vaut vendre le pétrole moins cher, beaucoup moins cher même mais en vendre plus. De toute façon, le « profit reste consi­dérable puisque le coût de revient de ce baril n’est que de 2 à 3 dollars » note un journaliste économique du Nouvel Observateur,

Jean Beaumier. Effet de cette dé­valuation dans les pays industriels : en Europe plus particuliè­rement, c’est la chance de la dé­cennie. Quant aux multinatio­nales du pétrole, elles vont s’en tirer confortablement : le litre sera vendu un peu moins cher mais le volume de vente sera plus élevé. Il est à prévoir que les consom­mateurs d’ici n’y gagneront pas beaucoup et que les compagnies, elles, conserveront leur marge de profit.

Et du côté des pays produc­teurs dans le tiers-monde comme le Mexique et le Véné­zuela : la poisse, la malchance, pire, le désastre. lmaginez le Mexique, pays le plus endetté du monde après le Brésil (100 milliards $), victime d’un trem­blement de terre gigantesque l’automne dernier, en train de perdre une bonne part de ses re­venus en devises. À vue de nez, c’est la catastrophe pour ce pays… Et le grand remue-ménage derrière lui : les banquiers de Citybank, de la Chase ou Texas risquent d’en prendre pour leur rhume si ce pays me­nace à nouveau (comme en 82) de déclarer forfait pour cause de faillite.

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