Dans les jours précédents la Rencontre de Miami en novembre dernier, plusieurs personnes ont manifesté contre la création d’une zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). Cet Accord concerne 800 millions d’habitants, de l’Alaska à la Terre de feu. Une membre de l’équipe de rédaction nous a remis ce courriel que sa fille lui avait fait parvenir de Miami.
Mardi, 18 novembre 2003
Miami : bienvenue dans un état policier. Je n’ai jamais vu autant de flics de ma vie. Quand il y a un char de police, il n’y en a pas un, il y en a 28 (littéralement). Ils sont quatre par voiture. Les fourgonnettes suivent. Mais ils sont aussi à pied, à vélo, en tank, et bien sûr en hélicoptère. Ils sont partout : chaque coin de rue, chaque station de monorail (et nous avons appris à nos dépends que les stations entourant la ZLÉA sont fermées), chaque marche et chaque assemblée.
Ce midi, nous étions simplement rassemblés à une table sur la terrasse d’un restaurant et une voiture de flics est restée postée de l’autre côté de la rue pour nous surveiller pendant tout le repas. La serveuse, une locale blanche, nous a raconté que la veille, elle s’était fait suivre en auto par la police, qui lui a demandé de se ranger. Elle s’est fait coller deux contraventions : la première pour ne pas avoir mis son clignotant, alors que comme elle le dit : « Quand la police te colle au cul, tu fais doublement attention à respecter le code de la route ». Mais ça n’a pas suffit : elle lui a aussi tendu une contravention pour ne pas avoir sa ceinture de sécurité bouclée. Éberluée, elle lui demande ce qui la ceint, si ce n’est une ceinture de sécurité. Mais il avait parlé et elle a fondu en larmes et n’a pas voulu bouger de son siège tant qu’un chérif ne soit pas venu vérifier qu’elle avait bien sa ceinture de sécurité, lui expliquant qu’elle n’avait pas bougé, mais il n’y pu rien faire : « Présentez-vous à la Cour et contestez madame ».
Cette histoire m’a fait fondre en larmes parce que le pouvoir absolu me terrifie : ils peuvent faire tout ce qu’ ils veulent parce qu’ils ont le pouvoir de le faire, de t’intimider, de t’humilier, de te boucler et de te tuer.
Sinon, marcher en groupe de plus de six personnes dans la rue est considéré comme une parade, et il faut un permis pour ça ! Ils prennent ce prétexte pour pouvoir embarquer qui ils veulent. Une douzaine de personnes ont déjà été arrêtées pour ce motif. Il y a des rumeurs à l’effet qu’ils auraient commencé quelques arrestations-surprises, enlevant des gens suspects sur la rue, mais c’est le genre de chose difficile à vérifier. Mais le mot d’ordre est clair : arrêtez et nous procéderons ensuite, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de droits qui tiennent. Aujourd’hui culminait la marche de Rootcause, une marche des travailleurs immigrants illégaux. À certains moments, les policiers étaient deux fois plus nombreux que les manifestants. Mais la marche était magnifique : un kilomètre marché pour chacun des États à prendre part aux négociations. Beaucoup de latinos, et bien sûr, des Brésiliens. Une énergie folle à dénoncer l’injustice et l’oppression qui vont de pair avec globalisation.Aussi, une magnifique soirée de documentaires, dont The Revolution will not be televised sur le faux-coup de Chavez au Vénézuéla. À voir absolument !
Je dois quitter, je termine cette lettre ce matin, mercredi. Solidarité et résistance !




