De la maison à la manufacture
Depuis près d’un siècle, il y a beaucoup de changement dans l’organisation du travail. Du travail à domicile (un métier hérité de la famille), on est passé au travail à la manufacture (un emploi dans un travail de production). On a donc quitté la sphère du domestique. Le travail-emploi est devenu la mesure de reconnaissance de la dignité humaine, c’est-à-dire la nécessité de jouer un rôle et d’exercer une responsabilité reconnue.
Dans ce cadre, les luttes syndicales ont cherché à transférer les bénéfices du travail à ceux et celles qui l’exécutaient, en revendiquant des conditions de vie et de travail conformes à leur dignité. Ces luttes furent un moteur de développement : la dignité humaine y était conçue comme un absolu qui amenait à ne plus accepter d’être traité n’importe comment et à vivre dans n’importe quelles conditions. Le rapport de force, lors des négociations, respectait les règles du jeu du monde du travail, c’est-à-dire, la personne humaine reconnue par son travail-emploi, comme un instrument de production.
Économie sociale ou économie de marché
Puis est née la société de consommation, « Boni to buy », (« Né pour consommer »), disait-on, aux États-Unis. Une économie sociale se transforme en économie de marché où même les bras inutiles trouvent leur raison d’être comme consommateurs. C’est la logique du « tout se vend ». (En janvier, les étudiants et les .étudiantes de la polyvalente de Coaticook ont réagi contre cette logique. Ainsi, disaient-ils aux journalistes : « Nous ne sommes pas des manchettes pour faire vendre vos journaux ! »). Le travail-production-de-biens‑de-consommation devient la mesure de reconnaissance de la dignité de la personne humaine.
Prise de conscience
L’exclusion d’un nombre de plus en plus important de personnes du « travail-emploi » nous oblige à faire une prise de conscience. On peut concevoir le travail humain de plusieurs façons : un travail pour créer des objets, des outils, des organisations ou des structures pour construire le monde; un travail qui est la somme de tout ce que l’on fait pour les autres et avec les autres pour construire une société humaine; un travail qui est évalué en raison de son utilité sociale et non seulement de son rapport au monde économique.
Parler de fécondité sociale du travail, c’est faire référence à toutes actions de vie, d’éducation (pas seulement à l’école); c’est agir contre l’isolement, c’est se défendre contre tout ce qui transforme l’humain en instrument, en objet. Il est légitime de demander que ce travail permette de vivre dans la dignité, par le biais du salaire de citoyenneté, de programmes sociaux adéquats, de mesures d’aide aux familles et de revenus de pensions justes. Nous y exerçons notre citoyenneté. Il est légitime de demander la reconnaissance et le respect de ce travail et non seulement du travail de production.
Pensons un moment aux femmes qui « réalisent 60 % des heures de travail, ne gagnent que 10 % du revenu salarial mondial et ne possèdent que 1 % de la richesse mondiale (propriétés, capital, moyens de production). »1 Tout ce travail des femmes leur est volé des calculs de production.
Dieu nous parle à travers les événements…Dieu nous parle à travers l’Histoire du Peuple de Dieu. Et aujourd’hui, dans mon intervention, j’ai fait un choix, un pari :
« Dieu nous parle à travers la problématique de la réorganisation du travail ».
Mouvement des travailleuses et des travailleurs
Chrétiens de Sherbrooke (MTC Sherbrooke)
1. Agenda latino-américain, 1998, p. 56.


