Les boursicoteurs ont fait leur choix : la bourse

31 janvier 1998

La bourse ou la vie ?

Voilà un beau métier : boursicoteur. Peu fatiguant, quoi­que dur pour le foie (trop de hamburgers et de cola diète), le métier de boursicoteur, de spéculateur à la bourse, permet de faire de l’argent sur le dos des autres.

Le matin, le boursicoteur ne se lève pas en se disant : « Aujourd’hui, je vais pro­duire 100 chaises ou 200 pantalons ». Non. Il a les mains propres. Il va plutôt à la banque visiter son cousin banquier, qui lui avance beaucoup d’ argent sur parole, disons 100 000 $, qui lui serviront de mise de fonds pour emprunter 1 000 000 $ chez un autre cousin ban­quier, montant qui lui servira de mise de fonds pour acheter 10 000 000 $ en actions ou en devises étrangères. Non seulement il ne produit aucune richesse, mais il se sert de celle des autres, des épargnants et des producteurs manufacturiers, pour se faire du pognon sans se fatiguer.

Modèle virtuel

Épargner ne paie plus; travailler de moins en moins et produire l’est nettement moins que de boursicoter. Il résulte de cette situation, en partie créée par la lutte à l’inflation et aux bas taux d’intérêt, que le moyen le plus efficace pour faire de l’argent est de boursicoter. L’économie devient donc virtuelle1, sans production réelle de richesse, ce qui la rend très fragile, comme on l’a vu dernièrement en Asie avec la crise boursière. C’est ce que M. Greenspan, directeur de la banque américaine, nomme « l’exu­bérance irrationnelle des marchés ». Par exemple, au cours du mois de novembre dernier, trois des plus grandes institutions finan­cières du Japon, et donc du inonde se sont écroulées.

trop virtuelles qu’elles étaient pour résister à l’attaque de leurs copains boursicoteurs. Cette crise aura eu le mérite de démontrer la fragilité de l’économie virtuelle et de montrer les liens serrés qu’entretiennent l’État, la mafia et les entreprises privées au Japon. S’agit-il d’ une exception ? Rappelons-nous que ce modèle économique est enseigné par le moindre des économistes de nos chères universités. Le chômage est à la baisse, la bourse s’effondre, la pauvreté recule, le peson mexicain diminue. les boursicoteurs jubilent. Bell Canada débauchent 20 000 personnes, c’est l’apothéose et 2 % de plus de profits que le boursicoteur placera dans un paradis fiscal, pour ces vieux jours où son ulcère percera finalement. Et le boursicoteur connaît bien l’arnaque, la virtualité du système, d’où sa grande nervosité et les psychoses dont il souffre. En fait, il vit dans la hantise que la « ballotine » se désouffle.

Pour le boursicoteur et son papa économiste, leur choix est clair : entre la bourse ou la vie, c’est la bourse. Il faut dire que le prix d’un kilo de vie vaut si peu depuis quelque temps…

  1. Virtuelle : possible, probable

 

 

 

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