Les femmes soumises ou comment garder son mari en lui disant toujours oui !

1 mars 2002

L’automne dernier est paru la traduction française du livre de Laura Doyle intitulé Les femmes soumises. La sortie du livre et surtout l’annonce de la formation de cercles de femmes soumises aux État-Unis ainsi que dans l’Ouest canadien ont fait quelque peu parler dans les médias d’information. Ce nouveau mouvement nous parait inquiétant pour la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est pour cette raison que nous abordons ce nouveau phénomène et qu’il est important de dénoncer haut et fort cette nouvelle idéologie. Ceci est particulièrement pertinent à quelques jours de la journée internationale des femmes.

Laura Doyle a décidé d’écrire un livre prônant la soumis­sion de la femme envers son mari afin de lui permettre de sauver ou d’améliorer leur mariage. Selon l’auteure, la femme est la cause ultime des problèmes conjugaux parce qu’elle tente de contrôler son mari, ce qui le dénature et le rend si désagréable. En fait, l’auteure croit qu’en se sou­mettant et en redonnant tout le pouvoir à son mari celui-ci redeviendra l’homme avec lequel elle était jadis tombé amoureuse.

Soumission = paix conjugale !

Selon l’auteure, les compor­tement découlant de la sou­mission dans un couple sont simples. En voici quelques-uns. La femme ne devra plus jamais contredire son mari et devra donc se pratiquer à réciter cette phrase : « D’ac­cord avec toi ! D’accord avec toi ! » Afin que le mari se sente tout puissant et qu’il sente qu’il est vraiment un homme, la femme devra lui céder le contrôle des finances et lui demander une allocation par semaine pour qu’elle puisse se gâter un peu. Elle devra recevoir les cadeaux que lui offre son mari avec grâce et le remercier même si le présent ne lui plaît pas. Elle devra dire adieu au mythe de l’égalité. Elle devra se rendre vulnérable pour que son mari se sente assez fort et puissant pour qu’il puisse la protéger. En plus, la femme soumise devra s’adonner au plaisir sexuel au moins une fois par semaine. Et pour celles ayant eu des expériences néfastes (viol ou abus sexuels) dans le passé et bien, elles devront aller en thérapie au plus vite et régler leurs problèmes par­ce qu’ils nuisent à l’harmonie conjugale !

Prince, voici ta princesse

L’auteure offre une vision très stéréotypée des relations de couples. En fait, l’objectif derrière la soumission est de revenir aux rôles tradition­nels des hommes et des fem­mes. De nombreux exemples apportés dans le livre en sont témoins. Le rôle de la femme est de recevoir gracieuse­ment les cadeaux de son mari comme une princesse et de se faire cajoler et dorloter com­me une poupée. En revanche, la femme se doit d’admirer les belles qualités de son mari comme les gros muscles de ses bras. En ayant une femme soumise, l’homme retrouvera ce qu’il a de meil­leur en lui. En fait, il avait perdu tous ses moyens et il était sans défense face à une femme si contrôlante et si castrante. Comme sa femme lui cède tout le contrôle et tout le pouvoir, sa confiance en lui reviendra magiquement. De toute façon, la femme n’a pas à s’en faire. Elle peut laisser son mari tout contrôler parce que tout ce qu’il désire c’est de rendre son épouse heureuse.

Soumission = retour en arrière…

Tous ces exemples suffisent à comprendre l’impact que ces idées peuvent avoir pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans notre société. Or, dès le début du livre, l’auteure envisage des critiques pouvant lui être adressées et s’en défend aus­sitôt. Elle affirme que ses idées ne prônent pas un retour en arrière et que les principes de la soumission ne sont ni rigides ni dogmati­ques. Elle se dit féministe bien qu’elle défend des idées totalement contradictoires avec celles véhiculées par le féminisme.

Évidemment, cette idée de soumission est sous-jacente à l’idée que la femme est inférieure à l’homme. Ceci est grave parce que cela rend légitime la violence des hom­mes envers les femmes. De­puis près de 25 ans les grou­pes de femmes au Québec tentent de sensibiliser la po­pulation sur le phénomène de la violence conjugale. Des acquis et des gains que le mouvement des femmes a pu faire ces dernières années, il ne faudrait pas que cela s’en­vole avec des idées lancées de façon si naïve. Le modèle de domination patriarcale empêche la femme de devenir l’égale de l’homme et ce n’est surtout pas en se soumettant que les femmes parviendront à leurs fins.

Des rares nuances que l’au­teure apporte, c’est l’idée générale véhiculée qui aura un impact sur la façon de con­cevoir les rapports femmes-hommes. De telles idées voyagent et s’encrent dans la conscience collective. Un pas en arrière risque de s’ac­tiver si l’on ne dénonce pas un tel ouvrage et les principes de soumission enseignés dans les cercles de femmes soumi­ses. De grands pas ont été franchis par des femmes cou­rageuses qui ont su dénoncer les causes de l’oppression des femmes. Nous devons continuer dans ce sens car la lutte n’est pas terminée.

 

 

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