La couture une tare de l’industrie
Au Québec, d’après les données du recensement de 1991, plus de 60 000 femmes travaillent dans l’industrie du vêtement. Elles représentent 80 % de la main d’œuvre dans ce domaine. Leur revenu moyen, et ce, pour un travail à temps plein, était de l’ordre de 13 300 $ en 1990.
L’industrie du vêtement au Québec s’apparente à l’industrie du vêtement en Asie, en Inde, en Amérique du Sud. La production d’un vêtement ici se fait dans des conditions de travail du XIXe siècle les femmes, penchées sur leur machine à coudre, travaillent sans arrêt, puisqu’elles sont payées à la pièce. Elles reçoivent un taux de base pour un certain nombre de pièces cousues, plus une prime, ce qui les encourage à faire un travail plus intensif.
Aucune syndicalisation
Les femmes travaillent dans des usines, où elles ne sont pas syndiquées. El les travaillent aussi dans des ateliers mis sur pied par des sous-contractants, dans des conditions qui rappellent celles retrouvées dans les maquiladoras, douze heures par jour dans des hangars remplis de poussière de tissus, sans ventilation, sans climatisation durant l’été et sans chauffage au cours de l’hiver. Elles travaillent seules à la maison, pour se procurer des revenus de crève-faim, avec des échéanciers serrés et des standards de qualité arbitraires. Les enfants sont mis à contribution pour couper les fils et vérifier les coutures. On leur donne les petits vêtements d’enfants, les petites pièces, pour quatre à six dollars la douzaine. On leur vend une machine à coudre entre 1 000 et 2 000 dollars. La nature même du matériel rend l’automatisation difficile dans l’industrie du vêtement : un tissu mou est dur à manier par des machines. En fait, le montage d’un vêtement représente près de 80 % du temps de production.
La couture n’est pas reconnue dans l ‘industrie parce que cette tâche demande peu de temps d’apprentissage. Les employeurs peuvent, par conséquent, remplacer aisément cette main-d’œuvre féminine.
Tout le système de montage de vêtement est organisé de telle sorte que chaque couturière est spécialisée dans la couture d’un type de pièce. Les femmes font un travail répétitif, intensif, rapide qui demande une dextérité manuelle. Elles répètent le même geste, huit à douze heures par jour, pendant des années. Les tendinites, les bursites et d’autres lésions reliées à leur travail apparaissent alors en grand nombre.
Compétition déguisée
La structure industrielle du secteur de la confection favorise la production de vêtements dans le tiers-monde, où la main-d’œuvre est nombreuse. Cette structure est basée sur un minimum d’investissements : tissu, fil, patrons, machines à coudre, ciseaux et un maximum de travailleuses.
Ces investissements peu élevés rendent l’accès à cette industrie peu coûteuse, d’où l’ouverture constante de petites entreprises partout dans le monde.
Les travailleuses sont exploitées mais elles se taisent : elles ne se syndiquent, brisent leur santé et mettent leur avenir en danger. Elles ont peur de perdre leur emploi.
Lorsque les taux de chômage officiels demeurent autour de 10 % et que les gouvernements néo-libéraux passent le rouleau compresseur dans le filet de sécurité sociale, les employeurs de tous les secteurs ont « beau jeu » : la main-d’œuvre est nombreuse et désespérée. Les employeurs recherchent le profit maximum et non pas la justice sociale.


