LEURS VÉCUS, LEURS ESPOIRS

12 septembre 1998

DE L’EMPLOI, S.V.P.
Qurban Ali Haider (Afghanistan)

J’ai quitté mon pays puis­qu’il est en guerre. Je ne crois pas y retourner un jour, même si la guerre cesse. Avant d’arriver ici, j’ai vécu trois ans au Pakistan. Je n’ai pas aimé ça, car les condi­tions y sont difficiles. Il n’y a pas d’emploi et il fait très chaud, car en Afghanistan la température est semblable à celle du Québec.

Je suis arrivé à Sherbrooke depuis un an et huit mois. Mon fils le plus vieux est ar­rivé il y a huit mois; présen­tement, il suit des cours au COFI et il est resté en Inde du Nord pendant cinq ans.

C’est sûr que les premières semaines furent difficiles, mais j’avais l’habitude de voyager partout en Europe, en Asie… parce que mon métier me le permettait. Je suis ingénieur en aéronauti­que. J’ai eu une reconnais­sance de diplôme parce que j’ai un permis international.

Trouver un emploi : pas évident

Ce que je trouve le plus difficile c’est d’obtenir un emploi. J’ai envoyé mes curriculum vitae (c.v.) par­tout comme chez Bombar­dier, Air Canada… je n’ai reçu aucune nouvelle. Pour l’instant, je vis de l’assis­tance sociale et d’alloca­tions familiales; c’est très difficile, très très difficile.

Pour l’apprentissage de la langue, ça n’a pas été facile, surtout en ce qui concerne la lecture. Maintenant, je me débrouille bien.

Pour l’avenir, eh bien, j’ai l’espoir que ça aille mieux. J’espère surtout me trouver un emploi et le plus rapide­ment possible.

J’AIMERAIS ÊTRE…
Zohra Ahmadi (Afghanistan)

J’ai quitté mon pays il y a trois ans et demi. Ma fa­mille et moi avons fui puis­qu’il y avait la guerre en­gendrée par une lutte de pouvoir entre les gouverne­ments islamiques. Avant d’arriver ici, nous avons vécu au Pakistan. Les condi­tions y étaient meilleures, mais c’était tellement diffé­rent. Dans mon pays, j’étais étudiante, mais au Pakistan je ne suis pas retournée aux études à cause de la langue et que ça coûtait trop cher. En Afghanistan, par contre, l’éducation était gratuite. Tout en étant perturbée par mon départ, j’étais contente de partir de là-bas pour ar­river ici. Par contre, dès fois je m’ennuyais parce que je n’avais pas d’amis. Heureu­sement, nous avons été par­rainés par ma tante.

Découverte de Noël

Quand je suis arrivée ici, en décembre 1994, c’était le temps de Noël. J’avais trou­vé ça très beau. C’était dif­férent parce que Noël n’exis­te pas dans mon pays, puis­que nous avons une culture islamique.

Après les vacances des fê­tes, j’ai commencé dans une classe d’accueil à l’école Le Phare. Après, j’ai continué à l’école Le Ber. J’ai trouvé ça plus difficile de m’adap­ter aux jeunes de l’école Le

Phare qu’avec les jeunes de l’école Le Ber. Je ne sais pas pourquoi. Pour l’apprentis­sage de la langue, les six premiers mois furent dures parce que quand je suis ar­rivée dans la classe d’ac­cueil, c’étaient des élèves qui avaient déjà fait deux ans. Puis moi, je ne savais même pas mon alphabet. Par contre, une chose est vraie : les Québécois sont chaleureux, car je m’en suis fait des connaissances.

Pour l’avenir, eh bien, j’ai­me ça ici, Sherbrooke. Pro­bablement que je vais rester jusqu’à la fin de mes études. Pour ma carrière, j’aimerais être professionnelle dans le domaine de la santé, soit infirmière ou quelque chose comme ça.

SIX JOURS DANS LE DÉSERT
Bikila Amenu Dinegde (Éthiopie)

Je suis arrivé à Sherbrooke il y a sept ans. J’ai quitté mon pays car c’était la guer­re . Je n’aimais pas ça et je ne voulais pas faire le ser­vice militaire qui m’était imposé. Quand je suis parti, le seul moyen que j’ai trou­vé pour fuir mon pays, c’était de traverser le désert pour rejoindre le pays voisin. Après six jours de mar­che dans le désert, je suis arrivé dans le Djibouti. Je ne connaissais personne là-bas, mais j’ai été bien ac­cueilli. J’y suis resté deux ans. Après ce temps, je vou­lais avoir une vie meilleure. J’ai demandé un visa pour l’Italie. Il y avait une place pour accueillir les réfugiés : un organisme qui offrait de la nourriture et un toit pour dormir.

Quand j’étais en Éthiopie, j’étais un séminariste visant à devenir prêtre. J’ai vécu un peu la vie de mission­naire, donc j’avais beau­coup de contact avec le monde religieux. Lors de mon séjour en Italie, une sœur missionnaire qui con­naissait mon histoire, a trouvé un missionnaire Marianhill pour m’accueil­lir au Canada. C’est comme ça que je suis arrivé ici car il a bien voulu me parrainé.

Par la suite, pour trouver un emploi ça a été facile, car je travaillais pour lui comme préposé à l’entretien. Mes premières semaines furent de l’observation. Je regar­dais comment vivaient les gens. J’étais curieux, je vou­lais connaître; mon adapta­tion c’est donc bien faite.

Et la vie continue

Maintenant, je me suis fait beaucoup d’amis et de con­naissances québécoises. Comme je ne parlais pas français, j’ai été au COFI. Les cours étaient bien orga­nisés et structurés . Je suis encore en bon contact avec les gens avec qui j’ai été en classe. C’est pas facile d’ap­prendre le français, alors je me pratiquais beaucoup.

Pendant un an, j’ai suivi un cours de technique d’usina­ge, mais je ne l’ai pas ter­miné à cause des difficultés que j’éprouvais. Pour l’avenir, j’ai l’espoir que ma vie va améliorer. Enfin, j’es­père trouver un emploi ou peut-être poursuivre des études. Je verrai.

 

 

 

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