Immigration
Au sujet de la concentration des immigrant-es daim l’arrondissement Mont-Bellevue, deux intervenants du milieu offrent une vision différente. Pour Pierre Boisvert, président du Comité des relations interculturelles et de la diversité, la situation des personnes immigrantes est plutôt normale et temporaire compte tenu de la précarité dans laquelle elles se retrouvent à leur arrivée. Tandis que pour Boubacar Cissé, président de la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie (FCCE), cette concentration nuit à leur intégration dans la société. Ces deux points de vue se contredisent, tout en étant complémentaires quant à h compréhension de l’exclusion sociale vécue par les immigrant-es et des solutions que peut apporter la Ville.
Pierre Boisvert est un conseiller municipal de l’arrondissement Mont-Bellevue où habite la majorité de la population immigrante (consultez le tableau ci-contre). Il tient à nuancer les chiffres sur papier avec la réalité urbaine de son quartier. Lors d’un porte-à-porte, il a pu voir à quel point la concentration immigrante n’est pas très forte comme on peut le prétendre. « Nommez-moi une rue où l’on remarque visiblement les couleurs d’une culture en particulier ? On est loin des ghettos comme à Montréal ! Certes, il y a la nie Jogues sur laquelle on retrouve trois ou quatre blocs appartements, qui appartiennent à l’Office municipal de l’habitation, où résident beaucoup d’immigrant-es, mais c’est tout ! »
En ce qui concerne les conséquences de cette concentration d’immigrant-es sur cette rue, P Boisvert ajoute : « La plupart des immigrants dans ces blocs sont en période transitoire, ce n’est pas en permanence. C’est sain et nécessaire de se retrouver avec des personnes de ta culture quand tu arrives et que tu es complètement désorienté. De plus, ce ne sont pas des logements insalubres. C’est bien ».
Un outil d’intégration
En contrepartie, B. Cissé perçoit l’urbanisme comme une voie vers la réduction de la « ghettoïsation » des immigrant-es. En faisant d’abord référence à la construction de grands logements proposés par la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, Boubacar Cissé démontre la complexité d’une gestion urbaine qui favorise l’intégration des communautés culturelles.
« C’est bien d’avoir des logements sociaux à pièces multiples pour ces familles avec beaucoup d’enfants, mais ces appartements ne doivent pas être tous dans le même bloc. Sinon, on contribue encore à l’exclusion plutôt que d’encourager la diversité. Les Québécois et les immigrants doivent vivre dans le même endroit pour vivre ensemble. Enfin, qui dit que les familles québécoises ne peuvent pas, elles aussi, bénéficier de tels logements pour fonder une grande famille ? Ça va dans les deux sens ».
B. Cissé ajoute que l’intégration des immigrant-es passe aussi par une démarche d’urbanisation qui vise la proximité des services, une responsabilité qui revient souvent aux arrondissements. « Les immigrant-es sont davantage attirés vers la vie de quartier, car c’est une forme de participation citoyenne qui se rapproche de leur propre expérience dans leur pays d’origine ». Pour illustrer ses propos, le président de la FCCE fait référence à l’arrondissement Jacques-Cartier, où la conseillère municipale, Chantal L’Espérance, a mis sur pied un comité pour encourager les immigrant-es à s’installer dans le Nord plutôt que dans l’Ouest de la ville. Dans cette optique, il est intéressant de noter que cet arrondissement est celui dont le nombre d’immigrant-es est le plus élevé après celui du Mont-Bellevue.
En terminant, B. Cissé affirme que l’aménagement urbain est un outil à la fois pour valoriser la diversité et pour améliorer la qualité de vie de tous. Il encourage ainsi les démarches locales d’intégration des immigrant-es « Si chaque arrondissement collabore avec les communautés culturelles, non seulement l’intégration sera faite d’une façon équilibrée sur le territoire sherbrookois, mais on risque aussi de stimuler la vie de quartier pour tous les citoyens et citoyennes ».




