À mon arrivée au journal Entrée Libre, j’écrivais déjà sur la convergence médiatique. Je dénonçais la mainmise de quelques grands groupes, l’uniformisation des contenus et la perte de diversité dans l’information. Quinze ans plus tard, rien n’a changé. Pire : la situation s’est aggravée. Ce qui apparaissait comme une tendance inquiétante est devenu le fonctionnement normal de nos médias.
La logique est simple : concentration, numérisation, déréglementation. Quelques entreprises contrôlent la production et la diffusion, recyclent leurs contenus partout et orientent la culture selon leurs propres intérêts.
Québecor en est l’exemple typique au Québec. Ses journaux (Journal de Montréal, Journal de Québec), sa chaîne télé TVA, sa plateforme numérique TVA+, ses radios, ses magazines, QUB et même Vidéotron forment une machine intégrée pour valoriser ses produits maison. Une émission comme La Voix n’est plus seulement une émission : c’est un produit total, décliné simultanément à la télé, dans les magazines, sur le web, dans les infolettres et jusqu’aux nouvelles.
À cette domination locale s’est ajoutée une emprise mondiale. Google, Meta et X contrôlent la circulation de l’information en ligne, pendant qu’Apple et Microsoft en détiennent les infrastructures. YouTube et TikTok redéfinissent la façon dont les nouvelles sont consommées, et Netflix s’impose comme modèle global de production et de diffusion. Ces plateformes tentaculaires sont devenues les véritables gardiennes de l’accès à l’information et façonnent désormais nos débats collectifs.
Les conséquences sont claires. La diversité recule : dans plusieurs régions, il ne reste qu’un seul quotidien, parfois maintenu en vie par un fragile modèle d’OBNL. La qualité baisse : des salles de rédaction réduites, des journalistes forcés de produire vite et sur toutes les plateformes, des contenus faits pour plaire aux annonceurs plutôt qu’au public. Et la démocratie s’affaiblit : quand nos nouvelles passent par des algorithmes étrangers et que l’espace public est filtré par quelques cartels médiatiques, notre capacité de débattre ensemble s’effrite.
La Loi C-18 devait rétablir l’équilibre avec les géants du web. En réalité, Meta a simplement retiré les nouvelles de ses plateformes. Résultat : la visibilité des médias s’est effondrée, sans solution durable pour leur financement. Le remède a parfois empiré le mal.
Face à ce paysage, on pourrait céder au cynisme. Pourtant, des alternatives existent. Des médias communautaires, coopératifs et indépendants persistent, souvent à bout de bras : Pivot, Le Mouton Noir, À bâbord !, L’Idiot Utile, Le Devoir, et une myriade de petits journaux locaux. Leur force est de concevoir l’information comme un bien commun, un service essentiel à la vie démocratique, et non comme une marchandise parmi d’autres. Mais leur fragilité demeure criante, et leur visibilité marginale face aux plateformes globales.
Le journal Entrée Libre s’inscrit dans la voie du journalisme citoyen et collectif. Ce modèle ne peut survivre que grâce à l’implication des citoyennes et citoyens. Lire, écrire, distribuer, partager, proposer des articles et s’impliquer : chaque geste compte. Soutenir un média indépendant, c’est protéger notre droit collectif à comprendre, à débattre ensemble et à agir démocratiquement. On a besoin de vous !