L’interculturalisme prend ses racines à Sherbrooke

1 août 2006
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Immigration

Pour faire suite à la Politique d’accueil et d’intégration des immigrant-es, nous nous sommes penchés sur la réalisation des engagements énoncés par la ville de Sherbrooke. Après deux ans de recul, certains résultats ne sont pas aussi spec­taculaires et rapides qu’on l’aurait souhaité à la Ville, mais les progrès s’annoncent durables pour le long terme.

En 2003, un diagnostic de l’intégration des immigrant-es à Sherbrooke a été effectué par la Ville, pour comprendre la réalité des communautés cul­turelles qui composent 3,6 % de la population totale en Estrie. L’état de situation a fait ressortir quelques données marquantes. Alors qu’environ 40 % des immigrant-es ont un diplôme universitaire (com­parativement à 25 % chez les Sherbrookois), le taux de chômage de la population immigrante est plus élevé (11,1 %) que celui de la popu­lation totale (7,2 %). De plus, il a été souligné que les personnes immigrantes « dès leur arrivée, éprouvent de la difficulté à se loger et à se trouver un emploi à leur mesure ; elles sous-utilisent les ressources de la société d’accueil et vivent de l’isolement social » (Politique d’accueil p. 6).

C’est dans cette optique que la création, en 2004, de la Politique d’accueil et d’inté­gration des immigrant-es s’est voulue un premier pas pour répondre aux besoins des nouvelles personnes arrivantes à Sherbrooke. Les engagements officiels de la ville portaient sur l’accès aux services essen­tiels, l’égalité à l’emploi, « l’exercice d’une citoyenneté à part entière » et « la recon­naissance des expériences ». En bref, les solutions théoriques proposées par la Ville mar­quaient un avancement signi­ficatif en matière d’intégration des immigrant-es à Sherbrooke. Par contre, aujourd’hui, ces solutions doivent être évaluées dans le concret, afin de voir à quel point la ville met véritablement « en pratique la valorisation de la diversité ».

Défricher le terrain

Selon la Fédération des com­munautés culturelles de l’Estrie (FCCE) et le Service d’aide aux Néo-Canadiens (SANC), c’est avant tout au sein de l’administration municipale que la Politique d’accueil et d’intégration des immigrant­es a fait effet. Dans un premier temps, ces deux organismes soulignent la création du Comité des relations inter-culturelles et de la diversité. Composé de représentant-es du secteur de la santé, d’Emploi Québec, d’arrondis­sements et de commissions scolaires, ce comité est donc « une source importante de réflexion et un outil central à la ville en matière d’immi­gration ». Boubacar Cissé, président de la FCCE, men­tionne également la création d’un sous-comité qui s’occupe des communications pour valoriser la diversité. « Il s’agit non seulement d’informer les immigrant-es des services offerts par la ville, mais aussi d’informer la population sherbrookoise dé l’apport de la communauté immigrante par le biais de témoignages, publicités, etc. ».

Avec Jacques Proulx de l’Uni­versité de Sherbrooke, la Ville a mis sur pied une formation sur la diversité et l’intégration des immigrant-es, pour l’en­semble de l’administration municipale. Jusqu’à présent, seulement 35 personnes sur 1500 ont été formées, mais Pierre Boisvert assure que « ce n’est que le début ». Entre-
temps, un travail est effectué auprès d’Hydro Sherbrooke, du Service de police et de la Voirie, afin d’augmenter la présence de personnes immigrantes, soit à des postes supérieurs, en tant qu’em­ployées ou clientes.

Enfin, une série d’actions à l’extérieur de l’administration municipale a été entamée pour améliorer l’intégration sociale des immigrant-es. Parmi celles-ci, on compte le « tour de ville » en autobus une fois par mois, géré par le SANG. La prési­dente de l’organisme, Mercedes Orellana, affirme : « Cette activité leur permet de visiter des endroits stratégiques qui sont utiles pour ceux et celles qui commencent à être fonc­tionnels dans la société (CLSC, caisses populaires, Palais de justice, etc.) ». P. Boisvert termine en ajoutant qu’il existe aussi un fonds de 25 000 $ réservé aux initiatives issues de l’immigration. Tout dernièrement, Le Mondial de soccer, organisé par le Regrou­pement interculturel des familles de l’Estrie (RIFE), a été un bel exemple de rappro­chement interculturel à travers le sport.

Semer par l’exemple

Quant au marché de l’emploi, l’intégration des immigrant-es demeure un défi à la fois pour les communautés culturelles et les employeurs. P. Boisvert explique : « Certains entrepre­neurs doivent respecter des normes de compétences lors de l’embauche. Par contre, cela demande une étude approfon­die des papiers que plusieurs réfugié-es ou immigrant-es n’ont pas. D’où vient l’impor­tance de leur accorder des diplômes pour reconnaître leurs compétences ! »

Face à cette impasse, la ville de Sherbrooke se veut un exemple à suivre. « La Ville se sent mal à l’aise de faire la morale aux entrepreneurs si elle ne fait rien pour améliorer la situation dans ses propres instances. Il faut, au contraire, que les entreprises approchent la Ville pour des conseils en matière de diversité », fait valoir P. Boisvert. C’est dans cette optique que le maire Perrault avait promis, lors de la dernière campagne électorale, l’embauche de 120 immigrant-es d’ici quatre ans. Un an plus tard, on en compte quatre qui ont obtenu un emploi permanent, quatorze qui ont décroché un emploi temporaire et neuf personnes étudiantes qui ont été embauchées pour l’été (La Tribune, 28 juin 2006). Certes, « .Ce ne sont pas les gros chiffres que le maire aimerait avoir », mentionne P. Boisvert, « mais on ne peut pas changer l’ensemble de l’appa­reil administratif en deux ans… C’est un travail progressif ».

Au moins, ce travail progressif s’actualise dans le concret remarquent les deux orga­nismes. Pendant six mois, la Ville de Sherbrooke a fait le recensement de tous ses postes pour mieux cibler les compé­tences nécessaires à l’embauche.

De plus, tous les organismes qui interviennent auprès des personnes immigrantes, ont été identifiés afin de leur diffuser les offres d’emploi de la ville. Mercedes Orellana affirme : « Cette procédure ne leur garantit pas l’embauche , mais augmente le nombre de curriculum vitae provenant de la population immigrante. Ça permet à la ville de trouver plus facilement une personne im­migrante qui a les connais­sances requises ».

En espérant que ces démarches s’inscrivent dans un chemine­ment continue d’intégration des communautés culturelles à Sherbrooke, les intervenants auprès des personnes immi­grantes se disent tout de même satisfaits des résultats récoltés après seulement quelques années de travail « terrain ».

 

 

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