Faire le joli cœur avec les médias…
Avez-vous lu le journal La Tribune pendant l’été ? Si c’est le cas, vous vous rappelez sûrement avoir vu de nombreux articles sur le curé Robert Jolicoeur qui officiait à la paroisse St-Charles-Garnier de Sherbrooke… À part, bien sûr, la tempête de juillet, n’avez-vous pas constaté que ce prêtre figurait régulièrement à la une, avec photo en prime ?
Un départ remarqué
Le premier août dernier, après douze ans de services auprès de ses paroissiennes et paroissiens, Robert Jolicoeur cédait la responsabilité de cette paroisse à André Castonguay. Au printemps, Mgr Gaumond, archevêque du diocèse de Sherbrooke, avait décidé que Robert Jolicoeur devait quitter son poste en dépit des protestations de ce dernier, soutenu par plusieurs dizaines de personnes. Il se conformait ainsi à la règle qui exigeait qu’un prêtre ne devait pas outrepasser la durée maximale de douze années successives dans la même paroisse.
Bref, ce départ aurait pu passer inaperçu, si ce n’avait été de La Tribune. Du moment où la nouvelle en question fut officielle, ce quotidien nous en fit part non pas à la troisième ou la quatrième page du cahier A, mais bel et bien à la toute première. D’ailleurs, à la veille de la « date fatidique », La Tribune se chargea de rafraîchir la mémoire de ses lectrices et lecteurs à ce sujet. Dès lors, article sur article et photos émouvantes se succédèrent. Le départ de Robert Jolicoeur était devenu une saga médiatisée… en contradiction avec l’opinion émise dans plusieurs lettres ouvertes et qui portait, en autres, sur son refus d’obéissance à un supérieur.
Un favori à La Tribune ?
Si l’on regarde ces faits d’un œil critique, plusieurs questions se présentent à l’esprit. Premièrement, pourquoi La Tribune a-t-elle accordé tant d’importance à ce départ et non à ceux de l’ensemble des autres prêtres vivant la même situation ? Deuxièmement, pourquoi transformer cela en un feuilleton allant de l’annonce de son départ jusqu’au témoignage de la fidèle religieuse ? Troisièmement, n’y avait-il vraiment aucune nouvelle pouvant présenter également un quelconque intérêt pour la population ?
Il est vrai que durant la saison estivale les informations n’affluent pas autant que dans le reste de l’année mais pourquoi consacrer tant d’espace dans un quotidien régional, à une situation se réduisant au départ d’un curé d’une paroisse, tout charismatique qu’il soit ? Depuis des années, les groupes populaires et communautaires se livrent à des luttes sociales dans le but de soutenir les personnes les plus démunies et n’ont jamais bénéficié de pareille couverture médiatique. Pourquoi ne feraient-ils pas la manchette aussi souvent et de façon aussi intensive ? Un curé y est bien parvenu, lui… en faisant le joli cœur !


