Mémoire, démocratie et société à « Sherbrooke »

30 mars 2026

En cette année électorale québécoise et suite aux élections municipales et fédérales 2025, nous entendrons et lirons les injonctions à l’impératif d’aller voter. D’informer les masses qui ne votent pas faute d’information et de savoir éclairé pour qu’elles participent, qu’elles fassent leur devoir même !

Sans comprendre et encore moins sentir, l’abandon, la méfiance voire la rupture de confiance, la séparation des institutions de la vie des gens des classes populaires. Car peu importe le parti et le gouvernement au fil des ans, les structures inégalitaires de propriété, les pyramides sociales, les besoins ignorés, sont des continuités à des degrés divers, avec des « administrations moins pires » à défaut d’aspirer à se libérer, s’émanciper.

L’auto-organisation est déterminante peu importe si les gens, les communautés votent ou non dans les institutions d’en haut. Peut-être entrevoir à l’horizon, au jour d’après la tempête et la guerre contre la vie et l’humanité dans laquelle on se trouve, des formes d’autogouvernement ou des gouvernements communautaires ? Il y a des géographies où cela existe ou qui s’organise en ce sens. Ce n’est pas  reproduire le modèle de l’État-nation jumelé historiquement au capitalisme patriarcal colonial contemporain ou d’autres variantes autoritaires et bureaucratiques, séparés des bases sociales.

Pour approfondir avec un regard historique d’en bas, anticolonial et qui prend en compte pour qui et par qui ont été faites les institutions sherbrookoises, soit une analyse de classes sociales notamment, la première partie d’une série de chroniques du Collectif d’Histoire, d’Éducation et d’Archivage Populaire (CHEAP) à l’émission d’Alain Roy, « Le logement un droit » les jeudis midi à CFLX, 95,5. Ayant pour titre « Profonde enquête, Histoire populaire de Sherbrooke, épisode 1 »

Mon intervention au conseil municipal mardi 16 décembre 2025 demeurant sans réponse, ni même une non-réponse en date du 15 février :

Bonsoir,

Je veux tout d’abord saluer et reconnaître l’histoire et la mémoire de ce territoire sur lequel le conseil municipal, et plus largement, la ville coloniale de Sherbrooke existe. Kchi Nikitawtegwak en langue abénakise signifie « Grandes fourches » et est située sur le Ndakina, « Notre territoire », le nom du territoire ancestral non-cédé de la nation W8banaki. Honorer ce territoire et la façon de le côtoyer durant des siècles, des millénaires, c’est reconnaître que le colonialisme et l’industrialisation ont débuté sans pollution des eaux, du sol et de l’air. Que les forêts étaient riches en biodiversité végétale et animale.

Car à en croire l’honneur qui est encore fait en cette fin d’année 2025 à Sir John Sherbrooke (portrait bien en vue dans la salle du conseil), général militaire, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse puis gouverneur général de l’Amérique du Nord britannique qui n’a jamais mis les pieds ici, l’on pourrait croire que l’histoire de ce territoire habité, fréquenté par des êtres humains débute au 19e siècle…et que cet Empire britannique a une histoire glorieuse que nous voulons poursuivre.

Nous sommes en héritage de cette histoire, qu’on le reconnaisse, ou non. Le propre processus électoral permettant d’agir en souveraineté politique sur ce territoire au nom de la loi, est un héritage colonial, patriarcal et de classe. Les dernières élections municipales en sont un rappel.

En effet, un article publié par la presse canadienne le 16 octobre dernier nous informait qu’au Québec, on peut voter plus d’une fois au municipal si l’on possède un terrain, un chalet, un immeuble de logements locatifs dans une municipalité autre que celle de son domicile. Au moment de la création du Canada en 1867, le droit de vote pour les trois paliers politiques – fédéral, provincial et municipal – est associé au droit de propriété.

Dans l’article, le professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke Harold Bérubé, nous explique très clairement qu’on est vraiment loin du suffrage universel. La nécessité d’être propriétaire pour avoir le droit de voter va disparaître aux élections fédérales en 1920 et aux élections provinciales en 1936. Cette condition va toutefois rester plus longtemps au niveau municipal.

Pour le professeur Bérubé, il n’y a pas de doute que le fait de pouvoir voter dans plusieurs municipalités lorsqu’on est propriétaire est lié à cet élément historique. Selon le chercheur, la mise en place du régime municipal au milieu du 19e siècle par les autorités coloniales britanniques se fait avec une méfiance importante.

Les autorités sont alors traumatisées par le fait que la révolution aux États-Unis s’est beaucoup préparée dans ce qu’on appelait les ‘’town hall meetings’’, des rencontres au niveau local, notamment à Boston.

Il y a donc dans l’ADN du régime municipal cette idée que c’est une démocratie très limitée. Que c’est un outil de gestion et non pas un espace de délibération.

Et c’est ce qui fait qu’on tolère des choses au municipal qu’on ne tolérerait jamais au provincial ou au fédéral, toujours selon Harold Bérubé.

Ma question s’adresse à l’ensemble des membres du conseil municipal ; est-ce que vous êtes en faveur que les prochaines élections en 2029 ne permettent plus le multivote dans plusieurs municipalités pour les multipropriétaires fonciers et allez-vous réseauter d’autres conseils municipaux afin d’exiger conséquemment la modification à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités ? 

 

 

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