MICHELINE GOULET : NUL N’EST PROPHÈTE DANS SON COIN DE PAYS

15 février 1986

Elle a une voix magnifique, ses textes se raccrochent à son vécu, sa musique a un son très actuel et son cheminement n’a rien de commun avec celui des artistes connus. Entre le piano-voix et le vidéo-clip, elle se di­rige sûrement vers un succès bien mérité.

Un succès bien mérité

S’isolant des autres pour pouvoir écrire, Micheline Gouet commençait déjà à utili­ser la plume comme moyen d’ex­pression vers l’âge de huit ans. C’est vers l’âge de quatorze ans que l’idée de chanter est née clai­rement. C’est alors, qu’elle par­tagea son loisir préféré entre le comité liturgique et son groupe de rockers. Un peu plus tard, avec le groupe Nature, elle entre­prit une aventure qui dura cinq ans. Ceci lui permit de mettre en valeur ses talents d’auteure puis­qu’elle écrit la presque totalité de ses textes.

Ensuite, le groupe se sépare et Micheline s’envole pour l’Eu­rope. En parcourant la Grèce, elle rencontre des musiciens américains qui lui confirment son talent pour la chanson. À son re­tour, elle se met résolument à la tâche. Avec la collaboration de Marco Giannetti pour la musi­que, la première cassette « Soliterre » est enfin produite en dé­cembre ’84 après deux ans de tra­vail ardu.

Marco, à la fois grand ami et précieux collaborateur de la chanteuse, travaille en toute complicité les compositions et les arrangements musicaux.

Prophète

Micheline a vraiment à défaire l’image de la « chanteuse locale ». Elle doit travailler deux fois plus fort que n’importe quelle au­teure-compositeure. Les gens d’ici ont le réflexe de penser « on la connaît, ça peut pas être bon » et collent trop facilement l’éti­quette sur l’artiste. Aux dires de plusieurs proches de la chan­teuse, les Estriens en général ne reconnaissent pas tout de suite le talent des artistes qui les entou­rent.

Enfin, on devrait se rendre compte que c’est ici, à Sher­brooke, qu’il faut la consacrer.

Une année remplie

1985 fut une année de grand cru pour Michelin Goulet. Tout d’abord, la cassette « Soliterre » sortie à la fin de 1984, ensuite le tout premier album « Intense » mis sur le marché en septembre ’85. Suite à la sortie de cet album, on a eu droit à une tournée. Même si 1985 fut passablement « intense », on peut croire que 1986 sera tout aussi fertile.

Les $dollars$

Il existe cependant une condi­tion essentielle à l’aboutissement des efforts que déploient Miche­line et toute son équipe : l’enca­drement financier. Au Québec, dit-elle, on fonctionne à l’envers, on trouve les idées et ensuite l’en­cadrement. La structure est donc déficiente, le secteur privé ne s’implique pas assez, mais les gouvernements devront toujours subventionner la culture. On de­vrait repenser à la formule de pro­duire les artistes de relève en pre­mière partie d’artistes connus. Ceci m’apparaît comme la solu­tion efficace à court terme, dit-elle.

C’est dangereux

Micheline Goulet chante ce qui la touche, ce qui la choque, ce qui la révolte. Elle le fait toujours avec beaucoup de sincérité. Ceci est dangereux puisque certains individus réagissent mal. Se sen­tant concernés, ils refusent le message. Les propos de Miche­line ne sont jamais violents. En l’écoutant attentivement, on le constate facilement. Selon notre auteure, il y a deux façons de composer.

On peut écrire en fonction du marché, ou bien écrire en fonc­tion de soi, de son vécu par rap­port aux êtres qui nous entourent. Micheline dit se situer dans la deuxième catégorie. Son succès dépendra donc, en partie, de la réceptivité du grand public.

Même si la situation n’est pas rose au niveau du disque et du spectacle, Micheline demeure très optimiste quant à l’avenir. Dans ce milieu un peu fou, si on pouvait utiliser des moyens neufs comme ceux qu’elle nous pro­pose, les productions pourraient se multiplier dans le futur.

Vidéo-clip

Pour 1986, Micheline Goulet souhaite ardemment la produc­tion d’un vidéo-clip avec la chan­son « T’arrives après » de son al­bum « Intense ». Il serait entière­ment produit en Estrie. Du côté des subventions du ministère des Affaires culturelles, les Rivard, Lavoie et compagnie, sont bien sûr favorisés à cause de leur grande popularité. Mais il fau­drait quand même s’intéresser à la relève du Québec sinon la créa­tivité musicale et le renouveau en prendront un coup.

C’est une Micheline Goulet accueillante, sensible et très branchée sur tous les aspects du showbusiness, que nous avons rencontrée. De l’écriture aux synthétiseurs, des voix à la prise de son, Micheline et toute son équipe méritent vraiment qu’on prête l’oreille puisqu’ils font l’impossible pour qu’on s’émer­veille.

Micheline Goulet est native de Sherbrooke et elle demeure en Estrie.

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