Abolition des décrets dans l’industrie du vêtement

D’autres conséquences du Rapport Lemaire1 s’abattent sur les travailleuses du Québec. Le 17 septembre dernier, paraissait dans le Journal de Montréal, un article nous informant de la volonté du gouvernement d’abolir les décrets dans l’industrie du vêtement.

En effet, le gouvernement a déposé dernièrement à l’As­semblée nationale le projet de Loi 47. Actuellement, les décrets en vigueur octroient des conditions de travail lé­gèrement au-dessus des nor­mes minimales de travail.

Hausse de productivité
Baisse de salaire

Par exemple, une opératrice de machine à coudre dans le vêtement pour darne qui com­mence à travailler au salaire minimum de 6,90 $ /heure (13 000 $/ année) se voit avec le décret, augmenter de sa­laire pour plafonner après 2 125 heures, à 9,37 $ de l’heure. Ce qui donne un gros total annuel net de 16 150 $. C’est peu mais tout de même une progression salariale que les femmes ne peuvent se per­mettre de perdre.

Si contre toute attente, le projet de Loi 47 est adopté, les travailleuses devront négo­cier avec un patronat qui va exercer des pressions à la baisse sur les salaires et à la hausse sur la productivité. Elles perdront le peu d’aug­mentation et le peu de condi­tions de travail que les dé­crets imposent.

Le Comité femmes du Co­mité des travailleurs et des travailleuses accidenté-e-s de l’Estrie (CTTAE), constitué en majorité de travailleuses et ex-travailleuses de l’indus­trie du vêtement, demande à l’Assemblée nationale de ne pas donner suite à ce projet de loi. Les travailleuses ont peur de se retrouver encore plus pauvres qu’elles ne le sont déjà. Quand on les voit se battre dans le but de ne pas devenir plus pauvres, il y a de quoi se questionner en tant que société.

Des femmes qui travaillent dur

Au nom de la mondialisation du marché, de la compétiti­vité mondiale, de la liberté de marché, de la lutte pour un profit plus grand, est-ce que nous sommes prêts et prêtes à assumer l’appauvrissement de ces travailleuses ? Ce sont des femmes qui travaillent dur et qui ont pour la grande majorité des problèmes de santé dus à leur travail. Selon le Groupe de recherche ac­tion biologie du travail (GRABIT) une opératrice de machine à coudre, dans une journée de travail normal, soulève plus de 400 kg de matériel et exerce une force de plus de 2 850 kilos avec ses bras, ses épaules et ses mains, De plus, elle répète le même mouve­ment plus de 1 500 fois par chiffre de travail. Il n’est pas étonnant que cette dernière qui occupe le douzième rang des emplois occupés par des Québécoises soit associée statistiquement à l’incapacité permanente quand vient l’âge de la retraite. Ici, nous ne parlons que de ces opératri­ces mais tous les corps d’em­ploi à l’intérieur de l’indus­trie du vêtement subissent des conditions de travail sem­blables.

Ces travailleuses méritent-elles de gagner 13 000 $ par année ? L’économie a besoin de ces femmes travailleuses. Doivent-elles pour autant ac­cepter de reculer ?

  1. LEMAIRE, Bernard et autres, Rapport du Groupe conseil sur l’allégement régle­mentaire au premier ministre du Québec, Québec, 29 mai 1998.

 

 

 

 

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