Accord multilatéral sur les investissements
Depuis 1995 se négociait discrètement à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) un accord visant à donner un grand coup pour la « libéralisation des marchés » c’est-à-dire en français, « démolition du social »). C’est l’AMI, ou Accord multilatéral sur les investissements. Ce faux ami serait, selon plusieurs critiques, une véritable charte des droits des entreprises multinationales. En gros, elle donnerait, toujours à ces mêmes entreprises, le droit de se faire rembourser par nos gouvernements ce que leur coûte la protection des droits sociaux et de l’environnement ! Hallucinant, non ?
Or du 25 au 27 mai 1998 se tenait la Conférence de Montréal, un grand congrès du néolibéralisme réunissant à l’Hôtel Sheraton, entre autres, le gouverneur de la Banque du Canada, des hauts placés du Trésor américain et de l’Union européenne ainsi qu’un certain Donald Johnston, secrétaire général de l’OCDE… et, en quelque sorte, père de l’AMI. De là l’Opération SalAMI : dans la lignée du Plan G, c’est le blocage de la conférence par la désobéissance civile non violente, question de lancer un grand cri contre l’AMI, qui perd certainement à être connu !
Opération Sheraton
C’est ainsi que le 25 au matin, plus de cent jeunes déterminés et bien préparés (dont une bonne dizaine de Sherbrooke, essentiellement du Cégep) se sont installés devant tous les accès du Sheraton. On n’entre plus ! Mais le SPCUM (Service de police de la communauté urbaine de Montréal), avec la collaboration de la SQ (Sûreté du Québec), de la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) et autres SCRS (Service canadien de renseignement de sécurité), avait prévu le coup, notre action ayant été annoncée publiquement des mois à l’avance. Trois heures après le début du blocage, les arrestations commençaient… Au total : 99 personnes arrêtées. Et pour contrer notre tactique de refus passif de collaborer à notre arrestation, les policiers de l’escouade anti‑émeute ont utilisé la force… plus que nécessaire : torsion des poignets, application de pression sur les yeux et sous l’oreille, etc. Dans bien des cas, des policiers sadiques en ont ajouté pour le plaisir APRÈS que nous ayons accepté de collaborer (du genre « tu voulais pas m’écouter tantôt ? Tiens, astheure ! »). Émilie Breton, 18 ans, du Cégep de Sherbrooke, a même eu la moitié du visage paralysé pendant quelques jours après s’être fait « serrer les ouïes ».
Poursuites et poursuivre
Mais heureusement, notre message a été entendu : nous avons fait la une des médias du Québec, en plus de trouver écho au Canada anglais. Reste maintenant à nous défendre d’accusations criminelles, telles troubler la paix, attroupement illégal, méfait et résistance à l’arrestation : une occasion de prolonger l’action en faisant un procès politique démontrant que la gravité des répercussions de l’AMI justifiait l’opération. En attendant le résultat du procès, on pourrait poursuivre la noble tradition du Plan G, du commando-bouffe du Reine-Élisabeth et des occupations du Conseil du patronat à. Montréal et de la Chambre de commerce à Sherbrooke… Par une occupation de la Bourse de Montréal, par exemple ? À suivre !
Dimanche, le 29 novembre 1998
JOURNÉE NATIONALE DES
TRAVAILLEUSES DANS LES
MAQUILADORAS



