Opération SalAMI !

12 septembre 1998

Accord multilatéral sur les investissements

Depuis 1995 se négociait discrètement à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) un accord visant à donner un grand coup pour la « libé­ralisation des marchés » c’est-à-dire en français, « démolition du social »). C’est l’AMI, ou Accord multilatéral sur les investissements. Ce faux ami serait, selon plusieurs critiques, une véritable charte des droits des entreprises multinationales. En gros, elle donnerait, toujours à ces mêmes entreprises, le droit de se faire rembourser par nos gouvernements ce que leur coûte la protection des droits sociaux et de l’environ­nement ! Hallucinant, non ?

Or du 25 au 27 mai 1998 se tenait la Conférence de Montréal, un grand congrès du néolibéralisme réunis­sant à l’Hôtel Sheraton, entre autres, le gouverneur de la Banque du Canada, des hauts placés du Trésor américain et de l’Union eu­ropéenne ainsi qu’un cer­tain Donald Johnston, secré­taire général de l’OCDE… et, en quelque sorte, père de l’AMI. De là l’Opération SalAMI : dans la lignée du Plan G, c’est le blocage de la conférence par la déso­béissance civile non vio­lente, question de lancer un grand cri contre l’AMI, qui perd certainement à être connu !

Opération Sheraton

C’est ainsi que le 25 au matin, plus de cent jeunes déterminés et bien préparés (dont une bonne dizaine de Sherbrooke, essentiellement du Cégep) se sont installés devant tous les accès du Sheraton. On n’entre plus ! Mais le SPCUM (Service de police de la communauté urbaine de Montréal), avec la collaboration de la SQ (Sûreté du Québec), de la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) et autres SCRS (Service canadien de rensei­gnement de sécurité), avait prévu le coup, notre action ayant été annoncée publi­quement des mois à l’avan­ce. Trois heures après le début du blocage, les arres­tations commençaient… Au total : 99 personnes arrêtées. Et pour contrer notre tacti­que de refus passif de colla­borer à notre arrestation, les policiers de l’escouade anti‑émeute ont utilisé la force… plus que nécessaire : torsion des poignets, application de pression sur les yeux et sous l’oreille, etc. Dans bien des cas, des policiers sadiques en ont ajouté pour le plaisir APRÈS que nous ayons ac­cepté de collaborer (du gen­re « tu voulais pas m’écouter tantôt ? Tiens, astheure ! »). Émilie Breton, 18 ans, du Cégep de Sherbrooke, a même eu la moitié du visage paralysé pendant quelques jours après s’être fait « ser­rer les ouïes ».

Poursuites et poursuivre

Mais heureusement, notre message a été entendu : nous avons fait la une des médias du Québec, en plus de trouver écho au Canada anglais. Reste maintenant à nous défendre d’accusa­tions criminelles, telles trou­bler la paix, attroupement illégal, méfait et résistance à l’arrestation : une occa­sion de prolonger l’action en faisant un procès politi­que démontrant que la gra­vité des répercussions de l’AMI justifiait l’opération. En attendant le résultat du procès, on pourrait poursui­vre la noble tradition du Plan G, du commando-bouffe du Reine-Élisabeth et des occupations du Con­seil du patronat à. Montréal et de la Chambre de com­merce à Sherbrooke… Par une occupation de la Bourse de Montréal, par exemple ? À suivre !

Dimanche, le 29 novembre 1998

JOURNÉE NATIONALE DES
TRAVAILLEUSES DANS LES
MAQUILADORAS

 

 

 

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