Où en est l’équité chez les jeunes de 15 à 30 ans

1 décembre 2003

Dans les lieux de décision

Les jeunes sont-ils apolitiques, individualistes, désintéressés des choix de leur société ? Vrais mensonges, fausses perceptions, rumeurs, peu importe, puisqu’il est possible d’agir; de faire en sorte que ces jeunes se responsabilisent, s’engagent et s’intéressent au fonctionnement démocratique et représentatif de leur société.

En effet, pour assurer la via­bilité, l’équité et la fonctionna­lité de notre société, il faut for­mer une relève en accordant une attention spécifique aux jeunes femmes. Une relève prête à siéger et à nous repré­senter au sein des instances décisionnelles ou à tout le moins, devenir des citoyens et citoyennes intéressés-es aux questions et aux espaces publi­ques. Pour ceci, il faut con­scientiser les jeunes à l’impor­tance de s’engager dans des lieux de pouvoir pour ainsi avoir l’occasion d’influencer les décisions qui y sont prises.

Place aux jeunes femmes

Pourquoi porter une attention spéciale aux jeunes femmes ? Pour redresser le déficit démo­cratique que représente leur faible présence dans l’enceinte des lieux décisionnels; pour agir concrètement et positive­ment sur les concepts d’égalité et d’équité qui sont des valeurs fondamentales de la société québécoise. Des valeurs qu’ il faut appliquer dans la vie quoti­dienne et dans la vie politique. Pour atteindre ces objectifs, il est essentiel d’agir sur deux fronts : soit le désintéressement des jeunes envers l’engagement actif au sens large et la sous-représentation des femmes dans les instances décision­nelles.

L’idée d’une recherche-action portant sur la participation citoyenne des jeunes de 15 à 30 ans a tout d’abord germée dans l’esprit d’un groupe de femmes, Les PÉPINES (Promotion des Estriennes pour initier une nouvelle équité sociale), dont le moteur de l’engagement est de faire en sorte que plus de fem­mes intègrent les lieux où des décisions se prennent au nom et en faveur de la communauté. Le projet Jeunes citoyennes actives voyait ainsi le jour, coordonné par les PÉPINES et soutenu financièrement par le Fonds jeunesse. Le mandat de ce projet était d’étudier les conditions favorables et les obstacles à la participation citoyenne active chez les jeu­nes femmes versus celles des jeunes hommes.

Principales problématiques

Cette étude a été menée au­près de 340 jeunes de la Ville de Sherbrooke, âgés de 15 à 30 ans, dans le but de cibler les principales problématiques rencontrées parmi ceux-ci. La plus importance est le manque d’informations au sujet des ins­tances décisionnelles. En effet, 80 %des jeunes interrogés ont signifié leur méconnaissance des opportunités d’implication dans ces lieux. Les résultats de l’étude démontrent aussi l’iniquité régnant dans les ins­tances décisionnelles ouvertes aux jeunes, une sous-représen­tation féminine en nombre mais aussi dans la hiérarchie des postes. Dans les faits, la pré­sidence et la vice-présidence étant presque exclusivement occupées par des jeunes hommes.

Dans le même ordre d’ idées, il faut aussi mentionner la dif­ficulté des jeunes femmes de se placer en situation d’élection, phénomène occasionné par une certaine appréhension de la compétition (gagnant / per­dant). En ce qui a trait aux cau­ses responsables de cette sous-représentation féminine, l’étude révèle certains préjugés persis­tants, encore véhiculés au­jourd’hui et qu’ il faudra démolir pour stimuler les jeunes à l’im­plication citoyenne. On peut citer quelques stéréotypes men­tionnés par les jeunes eux-mêmes : l’hypersensibilité des femmes, leur manque de lea­dership ou de fermeté, leur devoir familial plus exigeant et leur manque de compétitivité.

Donc, il est important de démontrer aux jeunes hommes et aux jeunes femmes la per­tinence de l’équité, gage d’une diversification d’ idées représen­tatives des deux genres sexuels. Il faut aussi leur démontrer que l’homme et la femme se com­plètent dans leurs différences.

Finalement, d’autres obsta­cles devront être contrés comme la vision négative des jeunes par rapport au pouvoir qu’ils définissent souvent comme corrompu et lointain. Sans oublier le défaitisme gé­néralisé quant à leurs capa­cités de changer et d’influencer leur société.

Outil d’intervention

Les conclusions de cette étude ont servi de base au PÉPINES pour créer un outil d’intervention ayant comme objectif de promouvoir l’équité de représentation et de former une relève, spécifiquement de jeunes femmes, compétente et sensibilisée aux enjeux de l’é­quité dans les lieux de pouvoir. Cet outil sera bientôt prêt, son lancement officiel se fera vers la mi-janvier.

Toute cette démarche, recherche-action, création de l’outil d’ intervention et diffé­rentes étapes franchies, sont déjà les preuves d’une volonté sociale de changement. Le projet : Jeunes citoyennes actives nous permet donc de franchir un pas de plus vers le jour tant attendu où les hommes et les femmes seront côte à côte, en nombre égal pour par­tager, défendre et prendre des décisions éclairées qui affec­teront leurs concitoyens et concitoyennes. Ce sera une so­ciété où la notion d’équité sera plus androgyne que féminine.

 

 

 

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