Pamphlet : Bas les voiles ! de C. Djavann*

1 février 2004

En septembre dernier, une jeune fille de 16 ans, Irène Waseem, se faisait renvoyer du collège Charlemagne, à Pierrefonds. Son crime ? S’être voilée le visage. Un mois plus tard, en France, un lycée d’Aubervilliers expulsait deux adolescentes pour la même raison. Cette affaire a attisé un débat brûlant : (en France) tandis que se déroulent les audiences de la commission Stasi (qui mène une réflexion sur le principe de la laïcité), les pétitions favorables ou opposées au voile à l’école se multiplient… aussi prestement que des jeunes filles s’en couvrent.

QUE CACHE DONC ce voile que nous ne saurions voir ? Chandortt Djavann, auteure française d’origine iranienne, a son idée personnelle sur le hijab, « prison ambulante, stig­mate, étoile jaune de la condi­tion féminine ». Décoiffant, son pamphlet -dénonce cette « aliénation » avec une colère viscérale.

DJAVANN a 13 ans lorsque l’ayatollah Khomeyni décrète la loi islamique en Iran. « J ‘ai porté 10 ans le voile. C’était ça ou la mort. » Pour elle, le hijab n’est pas un symbole religieux anodin, mais un instrument poli­tique, la marque du harcèle­ment physique et moral que les fondamentalistes exercent sur les femmes. Pourquoi voile-t-on seulement les filles ? Pour leur inculquer leur infériorité, en faire des objets, les mettre « sur le marché du mariage et du sexe ». Le voile, loin de pro­téger la femme, la rend respon­sable du désir des autres : plus elle sera pudique, mieux s’en portera l’honneur de son mari ou de son père. Devant la com­mission Stasi, Djavann en a appelé à une loi interdisant de voiler les mineures, « une mal­traitance, comme l’excision » qui heurte les droits de la personne.

L’AUTEURE N’A pas de mots assez durs pour les Françaises converties, ces « midinettes minaudantes sous leurs voiles tout neufs ». Celles qui reven­diquent ainsi leur identité – elle les appellent des « kapos » – encouragent à ses yeux « la répression des femmes qui, dans les théocraties islamistes, essaient d’échapper à l’em­prise totalitaire du hijab au ris­que de leur vie ». Quant aux intellectuels français, ces « Ponce Pilate de la pensée » qui prônent le respect des dif­férences culturelles et misent sur le pouvoir émancipateur de l’école, elle les accuse d’aban­donner les immigrées à la loi religieuse de leur communauté. Ceux qui adorent le voile n’ont qu’à le porter eux-mêmes, conclut-elle.

SA DIATRIBE assassine ne fait pas dans la nuance. Le voile est parfois un refuge con­tre l’exclusion : en l’enfilant, celles qu’on ignorait trouvent soudain un mari et le « respect ». Djavann pointe néanmoins les vrais problèmes de l’ immigra­tion musulmane en France : inégalités économiques, ghettoïsation, pauvreté de l’éduca­tion. Pour les régler, elle pro­pose de créer des structures d’accueil et de dispenser un enseignement gratuit du fran­çais, de l’histoire et des institu­tions républicaines aux immi­grés adultes afin de promouvoir les valeurs démocratiques et laïques. Et si tout ce bruit autour du voile n’était qu’un leurre pour masquer l’échec de l’intégration à la française ?

*Chandortt Djavann, roman­cière et anthropologue ira­nienne de trente-cinq ans, vit en France depuis 12 ans.

 

DJAVANN, Chahdortt. Bas les voiles ! Gallimard, 2003, 47p.
Source : Geneviève Thibault, La Gazette des femmes, janv.-fév. 2004, Vol . 25, n° 5

N.-B. La loi française sur la laïcité a été adoptée en France le 10 février dernier.

 

 

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