En septembre dernier, une jeune fille de 16 ans, Irène Waseem, se faisait renvoyer du collège Charlemagne, à Pierrefonds. Son crime ? S’être voilée le visage. Un mois plus tard, en France, un lycée d’Aubervilliers expulsait deux adolescentes pour la même raison. Cette affaire a attisé un débat brûlant : (en France) tandis que se déroulent les audiences de la commission Stasi (qui mène une réflexion sur le principe de la laïcité), les pétitions favorables ou opposées au voile à l’école se multiplient… aussi prestement que des jeunes filles s’en couvrent.
QUE CACHE DONC ce voile que nous ne saurions voir ? Chandortt Djavann, auteure française d’origine iranienne, a son idée personnelle sur le hijab, « prison ambulante, stigmate, étoile jaune de la condition féminine ». Décoiffant, son pamphlet -dénonce cette « aliénation » avec une colère viscérale.
DJAVANN a 13 ans lorsque l’ayatollah Khomeyni décrète la loi islamique en Iran. « J ‘ai porté 10 ans le voile. C’était ça ou la mort. » Pour elle, le hijab n’est pas un symbole religieux anodin, mais un instrument politique, la marque du harcèlement physique et moral que les fondamentalistes exercent sur les femmes. Pourquoi voile-t-on seulement les filles ? Pour leur inculquer leur infériorité, en faire des objets, les mettre « sur le marché du mariage et du sexe ». Le voile, loin de protéger la femme, la rend responsable du désir des autres : plus elle sera pudique, mieux s’en portera l’honneur de son mari ou de son père. Devant la commission Stasi, Djavann en a appelé à une loi interdisant de voiler les mineures, « une maltraitance, comme l’excision » qui heurte les droits de la personne.
L’AUTEURE N’A pas de mots assez durs pour les Françaises converties, ces « midinettes minaudantes sous leurs voiles tout neufs ». Celles qui revendiquent ainsi leur identité – elle les appellent des « kapos » – encouragent à ses yeux « la répression des femmes qui, dans les théocraties islamistes, essaient d’échapper à l’emprise totalitaire du hijab au risque de leur vie ». Quant aux intellectuels français, ces « Ponce Pilate de la pensée » qui prônent le respect des différences culturelles et misent sur le pouvoir émancipateur de l’école, elle les accuse d’abandonner les immigrées à la loi religieuse de leur communauté. Ceux qui adorent le voile n’ont qu’à le porter eux-mêmes, conclut-elle.
SA DIATRIBE assassine ne fait pas dans la nuance. Le voile est parfois un refuge contre l’exclusion : en l’enfilant, celles qu’on ignorait trouvent soudain un mari et le « respect ». Djavann pointe néanmoins les vrais problèmes de l’ immigration musulmane en France : inégalités économiques, ghettoïsation, pauvreté de l’éducation. Pour les régler, elle propose de créer des structures d’accueil et de dispenser un enseignement gratuit du français, de l’histoire et des institutions républicaines aux immigrés adultes afin de promouvoir les valeurs démocratiques et laïques. Et si tout ce bruit autour du voile n’était qu’un leurre pour masquer l’échec de l’intégration à la française ?
*Chandortt Djavann, romancière et anthropologue iranienne de trente-cinq ans, vit en France depuis 12 ans.
DJAVANN, Chahdortt. Bas les voiles ! Gallimard, 2003, 47p.
Source : Geneviève Thibault, La Gazette des femmes, janv.-fév. 2004, Vol . 25, n° 5
N.-B. La loi française sur la laïcité a été adoptée en France le 10 février dernier.




