Parler vert…pour parler

1 novembre 2006

Pub d’Hydro-Québec

Hydro-Québec lançait récemment une campagne publicitaire visant à se montrer sous un jour éco­logique responsable : « Notre choix est clair. Notre choix est vert ». L’envergure de cette campagne nous amène à nous questionner sur la somme que notre société d’État a investi dans celle-ci. Combien de milliers de dollars ont été dépensés ? Combien de rivières aurait-on pu protéger et mettre en valeur un tel budget ? On aimerait mieux les voir agir vert plutôt que de parler vert.

Le nom d’Hydro-Québec est déjà sur les affiches culturelles partout au Québec, à Montréal et en régions. Ne pourrait-on pas aussi voir ce nom associé à la protection des rivières ? Ne serait-il pas mieux d’utiliser cet argent pour développer des parcs en régions et investir dans l’efficacité énergétique, afin de protéger les rivières et créer de l’emploi ?

Mélange des genres

Une des publicités parue dans un quotidien nous montre, en arrière-plan, une chute à son état naturel ; à l’avant-plan, un jeune musicien adolescent, guitare en bandoulière et tenant bien haut une fiche pour bran­cher sa guitare ; en bas, coin gauche, se trouve une prise de courant sur un rocher devant la chute. Le pendant télévisé de cette pub nous montre la chute qui s’active dès lors que la gui­tare est branchée.

Hydro-Québec y parlait pour­tant de « développement » hydroélectrique. Où est donc le barrage ? Ce n’est pourtant pas avec une chute qu’on produit de l’électricité, mais bien avec le barrage – un mur de ciment – qui aura été construit à même la chute, en la faisant disparaître. Le jeune adolescent devant cette chute bucolique est-il justement là à attendre patiem­ment qu’on exploite cette ri­vière sauvage ? Est-il trop centré sur son art pour se questionner sur ses choix énergéti­ques ? Il n’est pourtant pas de la génération de Québécois af­fligés du syndrome du castor qui, au son de la rivière, sont pris d’un urgent besoin de faire cou­ler le béton ! Nous sommes plu­tôt portés à croire que ce jeune, s’il représente sa génération, sera de ceux qui vont au front pour changer la vision du dé­veloppement au nom duquel on a déjà trop harnaché de rivières.

Un air qui sonne faux

Nous croyons dans le déve­loppement économique du Québec et nous croyons que le Québec peut s’enrichir en vendant son énergie à fort prix sur les marchés extérieurs. Mais nous ne voulons pas que ce soit en faisant la promotion de pro­jets hydroélectriques dont les impacts sociaux et environne­mentaux sont camouflés.

Il est irresponsable qu’une so­ciété d’État dépense les deniers publics pour une campagne publicitaire « nous sommes beaux — nous sommes gentils » alors que l’heure est à l’examen des im­pacts de nos méthodes de pro­duction d’énergie et de nos habitudes de consommation. Tant qu’une attention parti­culière ne sera pas donnée à l’économie d’énergie en y met­tant des incitatifs financiers réels, la société d’État Hydro­-Québec ne pourra pas vendre à fort prix sur les marchés ex­térieurs les économies d’éner­gie réalisées par les Québécois.

Pour ce qui est de l’éolienne dans la campagne publicitaire, on comprend le besoin d’Hydro et du gouvernement de se re­faire une image, mais ce n’est pas Hydro-Québec qui développe ce créneau, c’est présentement une production privée, déve­loppée à la « va-comme-je-te­-pousse » et qui rapportera d’abord des bénéfices au sec­teur privé. Alors la générosité d’Hydro-Québec d’offrir gra­tuitement de la promotion aux producteurs d’éolienne apparaît déplacée quand on sait tout ce qui pourrait être réalisé pour protéger l’envi­ronnement avec ce budget.

Mensonges ou demi-vérités que ces publicités ? À vous de juger.

Source : Fondation Rivières

 

 

 

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