Pas dans ma cour… mais où, alors ?

20 janvier 2026

À Sherbrooke, comme ailleurs, on entend souvent une version plus ou moins polie du « oui, mais pas ici ». Oui à plus de logements abordables. Oui à des ressources pour l’itinérance. Oui à une ville inclusive. Mais dès qu’un projet se matérialise — une nouvelle offre de logement social, un lieu d’hébergement ou avec des services de réduction des méfaits — l’acceptabilité sociale ne se fait plus aussi bonne voisine. L’itinérance n’est pas seulement un enjeu de dignité humaine ou de sécurité : c’est aussi un enjeu d’aménagement du territoire et de cohabitation.

Le réflexe NIMBY (« pas dans ma cours », de l’anglais « not in my backyard ») est bien documenté : une proportion importante de citoyens appuie l’idée de logements sociaux et abordables, en principe, mais s’y oppose quand le projet s’installe dans leur voisinage.

Bien sûr, cette résistance n’est pas toujours illégitime. Tout citoyen a le droit de se soucier de son milieu de vie : la circulation, le bruit, le sentiment de sécurité… Là où ça accroche, c’est lorsque l’inquiétude, souvent mal informée, se transforme en véto social systématiquement appliqué à tout projet qui accueille les plus vulnérables. Ces pressions publiques, inévitablement, retardent des projets, renchérissent leurs couts, découragent des promoteurs communautaires et finissent par déplacer le problème à même l’espace public.

Au Réseau Solidarité Itinérance du Québec, on rappelle depuis longtemps ce que tout le monde observe maintenant : la crise de l’itinérance et la crise du logement sont intimement liées. Des pertes de logement, des évictions, des loyers inabordables et l’insalubrité poussent tous les jours des personnes et des familles à la précarité jusque dans une trajectoire qui mène à la rue. En fin de compte, refuser des projets « dans sa cour », c’est proposer que la conséquence se vive « ailleurs », sous forme de campements, de suroccupation, de retours en hébergement d’urgence, ou de ruptures de suivi.

Alors, comment éviter de potentiels débats stériles aux conséquences évidentes ? Commençons par traiter l’acceptabilité sociale comme une composante d’urbanisme, pas comme une bataille de relations publiques. Architecture sans frontières Québec, par exemple, documente des pratiques d’aménagement qui visent à prévenir le « pas dans ma cour », à faciliter la cohabitation et à éviter que le design des projets serve à invisibiliser les personnes en situation d’itinérance. Quelques-unes de ces bonnes pratiques :

  • transparence dans les communications,
  • conception de qualité et intégration à l’aménagement urbain,
  • prévision de la gestion des impacts réels et concrets (bruit, propreté, circulation),
  • implication de soutien communautaire et de partenariats de proximité,
  • visée de bénéfices partagés — un projet qui améliore aussi le quartier par les services qui y existeront et les espaces qui y seront aménagés.

Au fond, l’acceptabilité sociale ne se décrète pas : elle se finance. Sans investissements publics à la hauteur pour l’accompagnement, l’entretien et la médiation, les meilleurs projets s’essoufflent, les tensions montent, et le problème se déplace plutôt qu’il se résout.

 

 

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