Pauvreté et élections 2026 : ce que disent les chiffres

24 septembre 2026

À l’approche des élections générales du 5 octobre, le Collectif pour un Québec sans pauvreté invite la population à interpeler les candidat·es de leur circonscription sur la pauvreté. Un questionnaire de 12 questions, basé sur le Manifeste pour un Québec sans pauvreté lancé en septembre 2025 et déjà signé par plus de 1 400 organisations, a été envoyé à tous les partis inscrits auprès du directeur général des élections. Voici quelques chiffres qui donnent la mesure du problème.)

Un revenu qui ne suffit pas

En 2024, 7 % de la population québécoise n’avait pas un revenu suffisant pour couvrir ses besoins de base, selon la mesure du panier de consommation (MPC), le seuil utilisé pour évaluer ce qu’il faut pour se loger, se nourrir, se vêtir et se déplacer.. Les personnes vivant seules (19 %) et les familles monoparentales (14 %) sont particulièrement touchées. Pour une personne seule, ce seuil s’élève à 25 100 $ par année; pour un ménage de quatre personnes, à 50 300 $.

À l’aide sociale, le revenu disponible annuel n’atteint que 11 800 $, soit 47 % de la MPC. Le programme de Revenu de base, plus avantageux, offre 22 100 $, mais seulement 29 % des adultes à l’assistance sociale y ont accès.

Travailler ne suffit pas toujours non plus. Le salaire minimum est actuellement de 16,60 $ l’heure. Une personne qui y travaille 35 heures par semaine dispose d’un revenu annuel de 27 600 $, à peine plus que le seuil de la MPC. Selon le revenu viable calculé par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), il faudrait plutôt gagner 30 $ l’heure pour sortir réellement de la pauvreté.

Se loger, se nourrir : des besoins difficiles à combler

Le loyer moyen est passé de 840 $ à 1 120 $ par mois entre 2020 et 2024, une hausse de 33 %. En 2021, plus de 315 000 ménages locataires consacraient déjà plus de 30 % de leur revenu au logement, dont 40 % plus de la moitié.

Le constat est similaire côté alimentation : 18 % de la population, soit environ 1,6 million de personnes, a vécu un épisode d’insécurité alimentaire en 2024. En 2025, 600 000 personnes ont eu recours à une banque alimentaire, dont 20 % occupaient pourtant un emploi. Le Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ) plaide pour une loi-cadre garantissant le droit à une alimentation adéquate, plutôt que de miser sur les banques alimentaires comme réponse durable.

Des services publics sous pression

Le Québec compte, et de loin, le plus grand nombre de médecins pratiquant au privé au pays : 98 % des médecins exerçant au privé au Canada le font ici. Cet exode vers le privé contribue à la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau public et allonge les délais d’attente, créant une médecine à deux vitesses selon les moyens de chacun.

En éducation, les inégalités se manifestent tôt : selon une étude de 2018, seulement 37 % des élèves du secteur public régulier accèdent aux études supérieures, contre environ 77 % dans les programmes particuliers et les écoles privées. Le transport collectif, lui, demeure largement financé par les municipalités plutôt que par Québec, ce qui se traduit par une offre inégale d’un territoire à l’autre, un frein de plus pour se déplacer vers le travail ou les services.

Des solutions chiffrées

La Coalition Main rouge propose six mesures fiscales qui génèreraient plus de 20 milliards $ de revenus additionnels pour l’État : nouvel impôt sur le patrimoine du 1 % le plus fortuné, abolition de l’inclusion partielle du gain en capital, lutte contre les paradis fiscaux, entre autres. De quoi financer, par exemple, la gratuité scolaire à l’université (1,2 milliard $) ou un régime d’assurance médicaments public et universel (5 milliards $).

L’écart entre riches et pauvres reste, en tout cas, bien réel : en 2024, les 10 % les plus pauvres disposaient d’un revenu équivalant à 64 % du panier de consommation, tandis que les 10 % les plus riches pouvaient s’en payer quatre fois et demie la valeur.

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté publiera l’ensemble des réponses des partis politiques sur son site web et ses réseaux sociaux.