Le droit à une vie saine
La Oroya, une ville enclavée dans les Andes péruviennes à 3 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, se trouve à être le cœur même des activités minières de cette région du Pérou. Dans les trois usines de la ville, on exploite cuivre, zinc et plomb, tandis que dans les mines avoisinantes, on exploite or et argent.
La majorité des 60 000 habitants concernés sont économiquement dépendants de l’activité minière et coexistent dans un environnement sévèrement contaminé par la production minière. En effet, les émanations émises par les usines s’ajoutent aux déchets toxiques déversés dans le fleuve Mantaro et dans ses affluents, détériorant les quelques rares terres encore cultivables de la région.
Au début du siècle, La Oroya subsistait grâce à ses pâturages et à sa production agricole. Depuis, elle a dû se réorganiser pour satisfaire aux besoins de l’exploitation minière. Bien que l’environnement y ait subi de très graves détériorations, peu de moyens ont été déployés pour mettre en place des mesures incitatives correctionnelles pouvant améliorer les techniques d’exploitation.
Privatisation
La privatisation de toutes les entreprises minières de La Oroya s’est effectuée entre 1992 et 1997. La fonderie de La Oroya a été acquise par le groupe Doe Run (dont le siège social se trouve au Missouri) et les entreprises MahrTunel, San Cristobal et Andaychagua par la compagnie péruvienne Minera Volcan SA. Le processus de privatisation a commencé par la cie Centromin Peru, provoquant que 9 000 des 17 000 travailleurs de la ville devenaient alors des contractuels et perdaient ainsi leur sécurité d’emploi.
Cette opération signifiait aussi pour les travailleurs la perte de leur sécurité sociale et, des services dont la population dans son ensemble bénéficiait jusqu’alors, y compris ceux de la santé. « Les lois actuelles qui protègent les droits des travailleurs comme celles qui concernent la santé, sont trop souvent lettre morte. Bien que les réglementations officielles exigent que les mineurs soient régulièrement soumis à des examens médicaux, les résultats sont gardés secrets dans les hôpitaux. Ketty Antocona, médecin attachée à la clinique de Filomena, soutient que la grande majorité des habitants de La Oroya ont des niveaux inacceptables de plomb dans le sang. Même si les problèmes de contamination apparaissent surtout chez les personnes vivant près des raffineries, le simple fait de laver le linge dans la rivière expose la population aux émanations toxiques. » (Noticias Aliadas, vol. 35, no 3, 29 janvier 1998).
Par ailleurs, le programme de stérilisation volontaire qui a été implanté partout au Pérou est constamment dénoncé par les groupes féministes, l’Église et les groupes de défense des droits humains. Malgré cela, le programme est appliqué, souvent dans des conditions d’hygiène inadéquates, sans informations pertinentes, et avec un chantage inadmissible (en échange de leur stérilisation, les femmes se font proposer des aliments pour leur famille). À La Oroya, les femmes minières de Filomena sont impliquées dans l’assainissement de l’environnement, et l’aménagement d’espaces de travail propres et sains. Elles le font tant pour leurs familles que pour les producteurs; tant pour de meilleures conditions de travail et pour la dignité.



