Pérou : cité minière de La Oroya

1 mai 1999

Le droit à une vie saine

La Oroya, une ville enclavée dans les Andes péruviennes à 3 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, se trouve à être le cœur même des activités miniè­res de cette région du Pérou. Dans les trois usines de la ville, on exploite cuivre, zinc et plomb, tandis que dans les mines avoisinantes, on exploite or et argent.

La majorité des 60 000 ha­bitants concernés sont éco­nomiquement dépendants de l’activité minière et coexis­tent dans un environnement sévèrement contaminé par la production minière. En effet, les émanations émises par les usines s’ajoutent aux déchets toxiques déversés dans le fleuve Mantaro et dans ses affluents, détério­rant les quelques rares terres encore cultivables de la ré­gion.

Au début du siècle, La Oroya subsistait grâce à ses pâturages et à sa production agricole. Depuis, elle a dû se réorganiser pour satis­faire aux besoins de l’ex­ploitation minière. Bien que l’environnement y ait subi de très graves détériora­tions, peu de moyens ont été déployés pour mettre en pla­ce des mesures incitatives correctionnelles pouvant améliorer les techniques d’exploitation.

Privatisation

La privatisation de toutes les entreprises minières de La Oroya s’est effectuée en­tre 1992 et 1997. La fon­derie de La Oroya a été acquise par le groupe Doe Run (dont le siège social se trouve au Missouri) et les entreprises MahrTunel, San Cristobal et Andaychagua par la compagnie péru­vienne Minera Volcan SA. Le processus de privatisa­tion a commencé par la cie Centromin Peru, provo­quant que 9 000 des 17 000 travailleurs de la ville deve­naient alors des contractuels et perdaient ainsi leur sécurité d’emploi.

Cette opération signifiait aussi pour les travailleurs la perte de leur sécurité so­ciale et, des services dont la population dans son ensem­ble bénéficiait jusqu’alors, y compris ceux de la santé. « Les lois actuelles qui pro­tègent les droits des travail­leurs comme celles qui con­cernent la santé, sont trop souvent lettre morte. Bien que les réglementations offi­cielles exigent que les mi­neurs soient régulièrement soumis à des examens mé­dicaux, les résultats sont gardés secrets dans les hôpi­taux. Ketty Antocona, mé­decin attachée à la clinique de Filomena, soutient que la grande majorité des habi­tants de La Oroya ont des niveaux inaccepta­bles de plomb dans le sang. Même si les problèmes de contamination ap­paraissent surtout chez les personnes vivant près des raf­fineries, le simple fait de laver le linge dans la rivière ex­pose la population aux émanations toxiques. » (Noticias Aliadas, vol. 35, no 3, 29 janvier 1998).

Par ailleurs, le programme de stérilisation volontaire qui a été implanté partout au Pérou est constamment dé­noncé par les groupes fémi­nistes, l’Église et les grou­pes de défense des droits humains. Malgré cela, le programme est appliqué, souvent dans des conditions d’hygiène inadéquates, sans informations pertinentes, et avec un chantage inadmissi­ble (en échange de leur sté­rilisation, les femmes se font proposer des aliments pour leur famille). À La Oroya, les femmes mi­nières de Filomena sont im­pliquées dans l’assainisse­ment de l’environnement, et l’aménagement d’espaces de travail propres et sains. Elles le font tant pour leurs familles que pour les pro­ducteurs; tant pour de meil­leures conditions de travail et pour la dignité.

 

 

 

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