Politique des petits pas…

30 janvier 1999

Contre les discriminations faites aux femmes au Mali

Contrairement à ses voisins le Togo et la Côte d’Ivoire, ce pays d’Afrique de l’Ouest a refusé de légiférer au sujet de la pratique des mutilations génitales. Au moment de son passage au Québec, Diarrah Hafsatou Thierro, ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, a expliqué que, de toute façon, aucune Malienne ne courrait le risque d’invoquer une loi qui pourrait faire condamner… sa propre belle-mère. Parce que ce sont majoritairement les femmes qui excisent les fillettes, une pratique qui touche près de 90 % de la population féminine de cette région du monde !

Après plusieurs échecs, les associations qui combattent cette atroce coutume ont compris que des arguments sur la discrimination ou la perte de plaisir sexuel des femmes ne convainquaient personne. Pour donner du poids à ses campagnes de sensibilisation, le Ministère insiste donc dans son messa­ge sur les effets néfastes de l’excision sur la santé des femmes. Réunis au sein d’un comité qui regroupe aussi des griots, des journalistes et des féministes, des gynécologues témoignent de cas de femmes devenues incontinentes à la suite d’une excision et que tous rejettent à cause de leur odeur des multiples accou­chements difficiles […] et les multiples infections que su­bissent les femmes excisées.

Action et formation

Ce comité doit déposer un plan d’action au conseil des ministres en vue d’éradiquer l’excision à partir de 2007. D’ici là, il est prévu de sensi­biliser la population de cha­que village, de chaque quar­tier aux méfaits de cette tra­dition. Un programme de formation est également mis en œuvre pour que les exci­seuses se reconvertissent dans d’autres activités profes­sionnelles comme la fabrica­tion du savon. Les membres du comité tentent de lutter contre d’autres formes de discriminations telles que le gavage des fillettes de certai­nes régions pour les pousser à des mariages précoces. Cette pratique, qui a pour but de faire passer des préadolescentes pour des adultes prê­tes à marier, provoque par­fois de graves problèmes au cours d’une grossesse.

Petits pas par petits pas

Au dire de Diarrah Hafsatou Thierro, le gouvernement malien s’applique à adopter une politique des petits pas pour amener la population à évoluer sans la heurter de front. Difficile en effet de provoquer un débat public sur la polygamie quand il s’agit de la réalité d’environ 90 % des ménages maliens, y compris de quelques minis­tres ! Pourtant, les mariages à trois, à quatre ou même à cinq partenaires posent de sérieux problèmes de santé publique. Les maladies transmises sexu­ellement ravagent certains ménages, d’autant plus que l’épouse infectée n’ose pas l’avouer par crainte de se re­trouver à l’écart. Les concu­bines subissent également le vagabondage sexuel de leur mari et courent ainsi le risque de contracter non seulement une MTS, mais aussi le sida, encore peu répandu au Mali, selon elle. Le gouvernement, appuyé par les organisations non gouvernementales, tient des réunions dans les écoles, les lieux de rencontre et les dispensaires pour informer les Maliens et Maliennes sur ces questions. Des associa­tions distribuent des con­doms gratuitement.

La tâche du jeune ministère de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, créé il y a un an sous la pres­sion d’associations féminis­tes maliennes, semble énorme dans ce pays pauvre où les femmes représentent le grou­pe le moins nanti de tops. Malgré tout, Diarrah Hafsatou Thierro ne se laisse pas dé­courager par l’ampleur du travail à accomplir. Plutôt, elle mentionne avec fierté le nombre record d’élues qui si­ègent depuis peu au Parle­ment malien. Le parti majo­ritaire, auquel elle appartient, a en effet imposé un quota de 30 % de candidates, et 18 femmes sont maintenant dé­putées. Mais la ministre […] craint que ses collègues mas­culins ne les excluent des dis­cussions. « […] Les femmes ont peu l’occasion de s’initier au fonctionnement de l’État, puisqu’on les considère com­me des personnes aux mœurs légères si elles discutent avec les hommes. »

Source : Pascale Guéricolas, La Gazette des femmes. Janvier-février 99 Vol 20, n° 5