À l’occasion du 1er mai 2006, Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, les membres du Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec désirent partager avec toute la population leurs préoccupations concernant notre avenir commun. Sous le titre Le bien commun : vivre et agir ensemble, ils réfléchissent sur ce que devient le bien commun dans un monde de plus en plus dominé par le marché, alors qu’il constitue, avec la dignité de la personne humaine, le pilier central de notre vie collective.

Le bien commun le plus précieux, c’est d’abord le vivre ensemble étendu à tout le genre humain. C’est aussi la volonté et l’agir commun de toutes les personnes responsa­bles de promouvoir ce vivre ensemble ; un NOUS qui veille à la cohérence de pra­tiques sociales d’avenir. En constante évolution et appelant des transformations sociales, le bien commun est sans cesse à redéfinir par l’ensemble de la population et non par une minorité dominante.

Brutalité économique

Depuis les années 1980, nous sommes entrés dans un monde de libre marché qui inverse ou annule les avantages potentiels des échanges marchands, lais­sant libre cours à la seule bru­talité économique et financière des plus forts et faisant plier dans le même sens l’action des gouvernements. Sous la pres­sion des actionnaires et de leurs capitaux, l’exigence de rende­ments toujours plus compéti­tifs entraîne, structurellement, une spirale descendante des conditions de travail et de vie. Selon Statistique Canada, 145 000 emplois ont été perdus en 2005 dans le secteur ma­nufacturier, dont 33 300 au Québec1. Les programmes sociaux suivent aussi cette pente en raison de l’allégement des charges fiscales revendiqué par les entreprises.

Le monde paraît avoir cessé d’être commun. Surgit main­tenant une soif de change­ment et de participation aux décisions engageant l’avenir. Des réactions inattendues ral­lument ainsi l’espérance et l’imagination pour d’autres manières de former la société. Le mouvement communau­taire autonome du Québec, aiguillonné par la solidarité reformulée avec les victimes du néolibéralisme, compte plus de 9 000 organismes et réseaux dans tous les secteurs et cons­titue une densité inégalée en Occident du Nord. On se rappellera l’exemplaire mou­vement populaire pour une loi visant l’élimination de la pauvreté, la mobilisation « Échec à la guerre » etc.

NOUS social et politique

En tant qu’humains, les citoyens et les citoyennes sont reconnus libres et égaux en droit et, en cela, héritiers d’une communauté politique. Ils sont autorisés à participer à la définition continue du vivre ensemble et de ses lois comme référence commune. Ils s’en­gagent au respect du contrat social convenu et à la solidarité. Un NOUS social et politique inclusif rend alors possible une entente sur le bien commun.

Du point de vue du témoi­gnage de la tradition chrétienne et du nouveau regard sur le vivre ensemble qu’elle a sus­cité, le projet de société pro­posé par le néolibéralisme ne tient pas la route. Car le « dieu Marché » ne donne jamais, il exige sans fin, et jusqu’à la vie des plus vulnérables.

L’autre n’est plus qu’une res­source à abandonner sur le bord du chemin une fois devenue inutile. Toute mesure ou limite posée à sa puissance d’appro­priation privée, pour per­mettre un accès universel au bien commun, lui demeure étrangère.

Nous sommes donc tous con­voqués à sortir de chez nous et à nous joindre à d’autres pour redonner l’espérance d’une société plus juste. Aucun dé­bat, aucune initiative, ne sera trop modeste pour cette quête d’un monde plus hospitalier. Ce qui est proposé ici, ce n’est rien de moins qu’un retour à l’accès universel au bien com­mun pour chaque membre de l’humanité.

Source : Rolande Parrot
Responsable des communications,

  1. « Emploi : Saignée dans le secteur manufacturier », Le Devoir, 11 et 12 février 2006, p. Cl.

 

 

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