[Lettre ouverte]
Alors que la Ville de Sherbrooke décide du sort des aménagements au centre-ville pour l’été et au vu des récentes préoccupations sur l’avenir de celui-ci, nous souhaitons mettre de l’avant trois éléments que nous jugeons essentiels pour que la mobilité durable soit intégrée à sa juste valeur dans les décisions à venir. Nous y incluons l’ensemble des alternatives à l’auto-solo, comme les déplacements à pied, en vélo et en transport en commun.
1. Nous voulons d’abord souligner que la vitalité du centre-ville ne se mesure pas qu’en dollars. Le centre-ville se distingue des centres commerciaux par ses lieux de culture et d’histoire, par son animation et ses événements publics. C’est un lieu d’habitation, de rencontres et de services de proximité. On ne peut le réduire qu’à une fraction de son intérêt, ses activités commerçantes.
Pourtant, il faut reconnaître que les aménagements piétons et cyclables au centre-ville ont aussi des retombées économiques positives. Les événements estivaux organisés sur la partie piétonne de la rue Wellington Nord attirent des foules et, avec elles, des opportunités économiques pour les commerces, restaurants et bars à proximité. Notons, par exemple, le succès du Sherblues et de Bouffe ton Centro, dont les aménagements ont été particulièrement appréciés autant par les personnes se déplaçant à pied que par les commerces.
Plusieurs commerçants interrogés, comme Gabriel Noël, du Kaapeh, soulignent le bel impact sur l’achalandage de leurs commerces de ces grands événements et souhaiteraient en voir surgir davantage, et ce, à l’année. Des festivités l’hiver ou des marchés de nuit apporteraient davantage de clients pendant les périodes plus calmes.
2. Les difficultés économiques vécues par plusieurs commerces centraux, qui sont bien réelles, s’expliquent par plusieurs raisons. À l’image d’autres villes au Québec, le centre-ville de Sherbrooke se transforme sous l’évolution des modes de consommation, incluant l’essor des ventes en ligne, et subit les contrecoups des difficultés économiques vécues par l’ensemble de la population.
Un article abordant l’état des rues commerciales québécoises constate de nombreuses fermetures de commerces à Sherbrooke et ailleurs au Québec. Parmi les explications données, les problématiques liées aux ressources humaines et à la gestion financière sont soulevées. Un autre article souligne la croissance des coûts d’exploitation et de location de locaux, ainsi que le taux de locaux vacants depuis des années. Selon Pierre Lanthier, DG de la Société de développement commercial du Faubourg Saint-Jean, les taxes commerciales expliquent une partie du problème alors que les revenus municipaux en dépendent. Des solutions à ce problème ont été envisagées par des villes comme Montréal et Québec, où la hausse des taxes commerciales a été réduite pour aider les commerçantes et commerçants.
3. Nous tenons enfin à rappeler que les personnes se déplaçant à pied, en vélo et en transport en commun fréquentent et profitent du centre-ville au même titre que les automobilistes. En l’absence d’étude de fréquentation du centre-ville par moyen de transport, il est tentant d’assimiler l’espace dédié à chacun sur la chaussée à son importance pour la vitalité du centre-ville.
L’automobile occupe la plus grande part de la chaussée et façonne le paysage urbain, des boulevards et autoroutes aux rues résidentielles et stationnement sur rue. Elle domine la rue par sa taille et sa vitesse et on en observe les traces physiques en particulier en cette période de dégel printanier. Au contraire, l’espace réduit occupé par les piétons, piétonnes et cyclistes ainsi que par les personnes se déplaçant en transport en commun nous fait rapidement sous-estimer leur présence et importance.
Notons d’ailleurs que, par l’importante part du centre-ville dédiée au stationnement et à la circulation automobile, nous sacrifions du même coup la sécurité et la tranquillité des autres usagères et usagers de la route, lesquel·les se trouvent moins susceptibles de fréquenter le centre-ville. Comme l’écrit Olivier Ducharme dans son livre « Ville contre automobiles », nous sommes tous et toutes tenus de « s’accommoder de l’odeur, du bruit et de la dangerosité [des voitures] ».
En somme, nous tenons avant tout à souligner la diversité des activités et des personnes qui se déplacent et contribuent au dynamisme du centre-ville. L’espace dédié aux différents moyens de transport durable est important pour le centre-ville.
Ailleurs au Québec, les modes de transport durables sont soulignés comme la force des centres urbains. Nous souhaitons que ce soit le cas et voir perdurer des solutions innovantes et inclusives quant à la mobilité durable pour Sherbrooke et son centre-ville.



