Depuis 10 ans maintenant, le groupe Promotion des Estriennes pour initier une nouvelle équité sociale (PEPINES) s’est donné pour mission de favoriser et de promouvoir la participation des femmes dans les lieux où les décisions se prennent. Les femmes d’ici nous le confirment constamment, elles sont très conscientes qu’il est important d’être là où les décisions se prennent.
Elles sont concernées par le devenir de leur région, ont des choses à dire, une vision à partager et des compétences à mettre au profit de leur communauté. Pourtant, les femmes ne constituent en moyenne que 25 % des décideurs en région, alors qu’elles représentent plus de 51 % de la population. On est en droit de se demander pourquoi le déséquilibre de représentation des femmes dans les lieux décisionnels perdure et comment faire pour faire bouger les choses. À qui en revient la responsabilité ?
Les instances décisionnelles – particulièrement au plan du développement régional – se sont multipliées au cours des vingt dernières années et les paliers gouvernementaux, reconnaissant l’expertise des communautés et leur capacité d’agir, leur accordent de nouvelles responsabilités. Ceci constitue indéniablement un élargissement de la base démocratique favorisant une participation accrue de la société civile.
Cette multiplication et, plus précisément, la proximité des lieux de concertation et de prise de décision sont des éléments qui favorisent la participation des femmes. D’ailleurs, on l’observe, les femmes s’y intéressent de plus en plus et plusieurs diront qu’elles sont effectivement très présentes et dans tous les milieux. Effectivement, elles sont de plus en plus scolarisées (si on compare il y a 30 ans), ont intégré à peu près tous les champs d’activité professionnelle, y ont développé des compétences et, conséquemment, elles sont plus visibles sur la place publique.
Ne pas s’illusionner
Il faut par ailleurs prendre garde de se laisser prendre par une certaine illusion. Le marché du travail est un de ces exemples d’illusion. Bien que les femmes soient présentes dans toutes les disciplines universitaires par exemple, elles sont encore concentrées massivement dans quelques secteurs d’emploi, elles occupent souvent les emplois les moins bien rémunérés, en moyenne 65 % du revenu des hommes, et même lorsqu’elles sont dans des secteurs traditionnellement masculin (science, nouvelles technologies, etc), on observe là aussi des écarts de revenu (de 75 % à 85 % du revenu des hommes).
L’illusion se transpose aussi sur le plan des fonctions de pouvoir. L’exemple le plus probant est qu’on en est encore à signaler LA première femme juge en chef, LA première présidente ou directrice générale dans certains organismes ou grandes entreprises, ou encore LA première titulaire d’une fonction politique. Paradoxalement, il arrive que cette marginalisation accorde plus de visibilité, ce qui donne l’impression que les femmes sont partout, qu’elles ont les même possibilités que les hommes, que tout est acquis quoi ! Voilà l’illusion.
Le chemin accompli
Dire cela n’est pas nier le chemin accompli. Mais la lente progression des femmes dans les paliers décisionnels démontre que subsistent encore des obstacles à l’intégration et à une représentation équitable des femmes.
Ces obstacles sont d’ordres culturel, historique, socio-économique et certainement d’ordre structurel. On peut toujours prétendre que les femmes sont leur propre entrave la plupart du temps, qu’elles ne veulent pas assumer le pouvoir, en jouer les règles du jeu. Il est vrai qu’elles entretiennent encore un rapport ambigu avec le pouvoir. En même temps qu’elles reconnaissent que les femmes doivent être partie prenante aux décisions, individuellement certaines ne souhaitent pas être identifiées au pouvoir.
Impact de l’éducation
On peut certainement y voir là l’impact qu’a l’éducation, les rôles qu’on leur a octroyés – ou non – dans la société et qui ont façonné les attitudes et continuent de conditionner les comportements. Passer de la sphère privée où elles étaient reines à la sphère publique qui possède ses codes, ses réseaux et ses normes établies par les hommes puisqu’ils en étaient les rois, devient parfois une course à obstacles ou un champ de batailles qui peut rebuter.
Combler un déficit démocratique
Plus que cela, il faut bien admettre que les portes ne s’ouvrent pas si facilement pour les femmes. Bien qu’on reconnaisse généralement comme légitime une plus grande présence des femmes; il n’y a pas beaucoup de moyens mis en place pour changer réellement la situation. Pourtant, comment peut-on parler de démocratie si on ne veille pas à faciliter la participation de la moitié de la population ? Cette responsabilité ne peut incomber qu’aux femmes, il faut que tous les acteurs sociaux se sentent concernés et reconnaissent qu’exiger de la place pour les femmes n’est pas demander une faveur, quoi qu’on puisse en penser en certains lieux.
Faire face lucidement à la situation de déficit démocratique nous engage déjà dans un processus de déconstruction des habitudes et d’invention de nouvelles avenues de collaboration et de partage du pouvoir. Car c’est de cela dont il s’agit, un pouvoir partagé qui s’enrichira de la complémentarité des points de vue des hommes et des femmes.
Colette Bernier
Pour les PÉPINES



