Profits records des grandes pétrolières
Encore une fois, nous avons eu droit au dévoilement des marges de profits records des grandes pétrolières, réalisées au terme du dernier exercice financier trimestriel À titre d’exemple, l’entreprise étatsunienne Exxon Mobil a déclaré des bénéfices de plus de dix milliards de dollars en l’espace de trois mois. Lorsque l’on considère que l’écart grandissant entre les riches et les pauvres à l’échelle mondiale constitue l’un des principaux fléaux de l’humanité, la fierté de ces « réussites financières » prend une toute autre couleur. Au surplus, on peut y déceler une note de provocation…
En fait, il n’y a pas qu’Exxon Mobil qui a su tirer profit des dernières années pour faire grimper ses bénéfices. Les Canadiens peuvent aussi « vanter » la réussite de leurs trois principales pétrolières canadiennes, Impériale-Esso, Shell Canada et Pétro-Canada, qui jouissent d’une hausse de profits combinés avoisinant les 585 % depuis 15 ans.
D’un point de vue purement économique, il s’agit là de réussites nationales incontestables. Mais justement, la réalité ne s’arrête pas à la frontière économique. Pendant que les géants pétroliers font exploser leurs marges de profits, nous, les consommateurs, payons la note à la pompe à essence, sans broncher.
Réussites financières…
Les deux dernières années ont été marquantes en ce qui a trait à l’augmentation du prix de l’essence. À ce titre, le prix à la pompe a bondi d’une moyenne de 0,85 $/litre en janvier 2005, vers une moyenne oscillant autour de 1,10 Mitre en juin 2006. Avec des hausses aussi vertigineuses, force est d’admettre qu’une telle situation avantage grandement les sociétés pétrolières.
Cependant, celles-ci ne perçoivent pas la situation sous les mêmes lunettes. S’appuyant sur l’augmentation record de la valeur du pétrole brut ces dernières années, elles affirment que leurs prix doivent être ajustés en conséquence, pour suivre « naturellement » l’évolution du marché. Sachant qu’environ 48 % du prix de l’essence à la pompe est lié au prix du pétrole brut, et que les différentes taxes gouvernementales en composent environ 30 à 35 %, logiquement, on pourrait en conclure que la part qui revient aux pétrolières soient plutôt mince. Or, les raffineries s’attribuent en moyenne 12 % de marge sur le prix à la pompe -le pourcentage restant se partageant entre les détaillants et les distributeurs. Ce qui constitue une marge de profits non négligeable, surtout devant l’énorme demande des consommateurs. En fait, la demande dépassant maintenant de loin l’offre de pétrole au plan mondial, on comprend d’autant plus le contrôle que les géants de ce domaine peuvent exercer sur les prix.
Autre fait intéressant, le cours international du baril de pétrole brut (prix de référence) est principalement coté aux bourses de New York et de Londres. On parle ici d’une multitude de facteurs influençant l’évolution de ce cours, à la hausse ou à la baisse chaque jour : entre autres, les variations de l’offre et de la demande, la spéculation des acheteurs – qui est en diapason avec toute instabilité touchant les régions à fort potentiel pétrolifère -, les quotas de production établis par l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), etc.
On perçoit donc que le prix du brut est fondamentalement très volatil et extrêmement fragile à toute instabilité ou désastres environnementaux sous-jacents aux régions productrices. Les consommateurs se retrouvent dépendants de la négociation internationale concernant le baril de pétrole brut. Mais pis encore, nos pétrolières s’appuient sur ce cours de référence pour ajuster leurs prix en conséquence. Elles s’assurent ainsi une marge de profits moyennement stable. Qui plus est, ces entreprises sont souvent intégrées — c’est-à-dire, qu’elles assurent le raffinage, la distribution et la vente aux détaillants -, ce qui leur permet d’engranger encore plus de bénéfices.
Profits immoraux
Pour ces motifs, il nous semble plus que nécessaire de remettre en question la logique proposée dans les grands médias en ce qui concerne la flambée des prix de l’essence. De plus, il est nécessaire de dénoncer l’inaction des gouvernements face à cette crise du pétrole en devenir, ainsi que leur servilité envers les grandes entreprises. Des alternatives seraient possibles dont une taxe supplémentaire pourrait être appliquée envers leurs marges de profits, permettant ainsi une baisse des taxes à la pompe. Dans un monde où un pourcentage de plus en plus minime de gens se partagent la majorité de la richesse, il apparaît immoral de nous présenter les profits gigantesques reliés au domaine pétrolier sous le vocable de « réussites financières ». Surtout lorsque l’on sait que plus de 80 % de ces profits sont redirigés en dividendes auprès des actionnaires, dont une bonne partie se trouve à l’étranger, entre autres, dans des paradis fiscaux… Drôle de fierté !
Gel des tarifs :
Lors du dernier conseil d’administration de la STS le 13 septembre, un gel des tarifs a été demandé par Action Plus de Sherbrooke, le RUTASM et la Table d’action contre l’appauvrissement de l’Estrie (TACAE).




