Renforcement du Conseil du statut de la femme !

1 février 2004

Lettre à la ministre Michelle Courchesne

Madame la Ministre,

Nous tenons à exprimer notre désaccord avec vos propos qui ont été rapportés dans La Presse et qui expriment votre intention de revoir la mission du Conseil du statut de la femme pour en faire une sorte d’a­gence pour l’égalité homme-femme. Alors que la tâche est énorme. votre « réingénérie » des sexes dit vouloir« moder­niser » le discours concernant la promotion de l’égalité des femmes. Pour ce faire, il sem­ble que votre intention serait de sabrer dans le maintien et le développement des connais­sances et des compétences pointues que détient le person­nel du Conseil du statut de la femme (CSF) tant à Québec que dans les régions, et ce, sans qu’aucune consultation n’ait eu lieu – comme vous le reprochiez haut et fort aux péquistes sur la question des fusions municipales.

Vous vous informez…

En ce moment, nous savons que vous êtes à vous informer sur « des expériences étrangè­res, en France, en Suède, en Suisse et dans d’autres pays ». Or,nous craignons qu’ il s’agisse là d’une justification pour rétrécir comme peau de chagrin, encore une fois, la portée du CSF. Ce dernier est devenu un « organisme d’études et de concertation » et il ne doit pas être avalé par une agence pour l’égalité. Nous ne voyons pas non plus d’un bon œil que vous vous inspiriez aussi des autres provinces canadiennes qui coupent tout ce qui concerne le statut des femmes. Pour nous, rétrécissement rime avec ralen­tissement des progrès des fem­mes vers l’égalité et nous pen­sons que le Québec peut faire autrement et mieux !

Le lobby masculiniste

Est-ce pour répondre au lobby masculiniste que vous envisa­gez l’idée d’une agence de l’é­galité femme-homme ? Est-ce pour faire le relais de leur dis­cours qui prétend que l’égalité entre les femmes et les hom­mes est chose faite et que maintenant ce sont les hommes qui sont du côté des victimes ? Or, nous reprenons les paroles de monsieur Yannick Demers (membre du collectif Hommes contre le patriarcat), « la misère au masculin (est) la pointe visible de l’iceberg d’un phénomène toujours majori­tairement féminin… ». L’éga­lité entre les femmes et les hommes n’est pas atteinte – loin de là. À preuve, les avis ré­gionaux très documentés pro­duits récemment par le CSF sur la situation des femmes dans chacune des régions du Qué­bec. Ceux-ci démontrent, chif­fres à l’appui et selon plusieurs indicateurs, que bien du chemin reste encore, collectivement à parcourir. Hélas, le portrait en Estrie dégageait que sur plu­sieurs aspects, les Estriennes tiraient de l’arrière par rapport à la moyenne québécoise.

Nous voulons vous réitérer notre appui au CSF, qui depuis sa création est absolument essentiel pour faire de réelles avancées au Québec en matière de condition de vie des femmes et inspirer des recher­ches et des analyses, préconi­sant de nouvel les idées. Des idées qui vont continuer de permettre à l’ensemble de la population québécoise de faire des choix, de vrais choix pour une société juste, équitable et égalitaire, une société qui ne prône pas les compressions, mais bien l’amélioration des ressources en place pour les hommes et les femmes.

Soyez assurée que les groupes de femmes vont con­tinuer à exiger du gouverne­ment de nouvelles politiques, programmes et institutions né­cessaires au maintien des avancées en matière d’égalité voire même le renforcement du CSF, qui demeure vital, dans un contexte d’offensive marquée contre le concept même d’éga­lité entre les hommes et les femmes.

Comme bien d’autres, nous sommes d’avis que vous devez, Madame la Ministre, consulter réellement les personnes et or­ganismes concernés et mettre en place les conditions d’un réel débat. Ce sera l’occasion qui s’offre à vous d’être à l’écoute des femmes – qui sa­vent être « modernes » et d’être concordante à l’engage­ment que vous avez pris lors du colloque du trentième anniver­saire du CSF. Nous vous demandons donc de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour maintenir cette institution d’ État afin de favoriser, sur tous les échelons, l’égalité au bénéfice de l’ensemble de la société.

Isabelle Guérard
Présidente de ConcertAction
Femmes Estrie

 

 

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