Roman : Le Paradis un peu plus loin

1 janvier 2004

De l’auteur péruvien, Mario Vargas Llosa

À leur manière, les deux protagonistes du dernier récit de Mario Vargas Llosa sont marginaux, profon­dément insoumis, libertaires et revendicateurs.

L’HISTOIRE débute avec le parcours de Flora Tristan, née en France en I803 sous le rè­gne de Louis-Philippe, qui nous fait pénétrer dans les méandres de la révolution industrielle. Les origines péruviennes de son père serviront d’assises à sa prise de conscience des in­justices dont sont imprégnés les rapports humains. Elle retour­nera en France après un court séjour au Pérou avec le dessin d’organiser les ouvriers. Elle rêve de la création d’une union ouvrière, fonde les aspirations d’une révolution féministe et pacifique.

DE SON CÔTÉ, Paul Gauguin, petit-fils de Flora, quitte le monde des affaires, abandonne sa femme et ses cinq enfants, se fait impressionniste et trou­ve refuge en Polynésie. Koké, son surnom choisi par ses amis maoris, trouve enfin chez eux l’expression la plus sincère des êtres humains, ceux dont la ci­vilisation n’a pas encore souillé la pureté. Il y définit, à sa façon, les contours d’une résistance coloniale en prenant le parti des populations locales tout en pei­gnant ses œuvres d’art. Sa « maladie imprononçable » a raison de lui et il meurt seul en 1903, pauvre et mésestimé.

DANS UNE FRANCE du XIXe siècle empreinte des idéaux so­cialistes, dominée par les hom­mes, ce roman a le mérite de donner ses lettres de noblesse à la première femme qui aura eu le courage de s’y affirmer. Cette œuvre de Mario Vargas Llosa nous livre un combat qui est toujours d’actualité et rap­pelle que l’engagement n’est jamais vain lorsqu’il s’agit de trouver son paradis.

LLOSA, Mario Vargas. Le Paradis – un peu plus loin, traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan, Gallimard, Paris, 2003, 534 pages.

Source : Jacques Létourneau et Tanis Vachon, Alternatives, vol. 10. n° 2 / octobre 2003

 

 

 

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon

Autres articles de :