Au début des années soixante, la moyenne d’internement d’une personne atteinte de maladie mentale allait de sept à huit années en institution (« asile »). Aujourd’hui, grâce en bonne partie au développement de la pharmacologie ! et de l’émergence des psychotropes, cette moyenne a chuté à huit semaines seulement ! Merveilleux direz-vous ? Malheureusement, dans les faits, la situation est moins brillante: plus de la moitié de ces gens retournaient au moins une fois, en psychiatrie. Certains pouvaient même y retourner une dizaine de fois. On appelait cela le « syndrome de la porte tournante ».
Il devenait donc urgent d’instaurer des mécanismes de maintien dans la communauté. D’où l’émergence des ressources alternatives en santé mentale, issues d’un besoin formulé par le milieu de vie naturelle de ces gens souffrant de troubles mentaux. C’est ainsi qu’à Sherbrooke, notamment, se développa des organismes, communautaires pour répondre à ce besoin : la Cordée Transit de Jour inc., l’Association des parents et amis(es) des malades’ mentaux (A.P.A.M.M.), Carre-. four interventions suicides (C.I.S.), entre autres. Ces organismes proposent aux gens en difficultés psychosociales ou psychiatriques, un support particulier pour acquérir et maîtriser les moyens requis pour répondre à ses besoins. C’est par l’entraide, le support mutuel et l’accompagnement que le milieu communautaire en santé communautaire mentale tente de rejoindre la personne dans son milieu de vie et de lui rendre accessible, là, le support requis.
Les ressources alternatives occupent ainsi une place importante dans le réseau actuel de santé mentale. Toutefois, elles présentent certaines faiblesses, et particulièrement, leur niveau de fragilité relié à l’incertitude et à l’insuffisance des ressources dont elles disposent. C’est pour tenter de répondre à cette lacune qu’a eu lieu, le 26 septembre dernier à Sherbrooke, un Forum sur les priorités régionales du Conseil régional de la santé et des services sociaux de l’Estrie (C.R.S.S.S.E.). Il a été entendu qu’il fallait élaborer une nouvelle répartition à moyen terme des budgets entre les organismes publics et ceux du milieu.
De plus, les interventions du C.R.S.S.S.E., pour favoriser une approche plus globale et préventive en santé mentale, devraient se traduire par : « mieux supporter les groupes communautaires, favoriser le développement de ressources non institutionnelles », instaurer la concertation et la complémentarité entre institutions et organismes du milieu; explorer de nouvelles avenues en santé mentale ».1
Maintenant, est-ce que la bonne volonté du C.R.S.S.S.E. va se traduire par un financement plus adéquat aux ressources alternatives en santé mentale ? Il semble bien que cette fois-ci, on soit prêt à bouger. Mais de quelle façon cette nouvelle répartition va-t-elle s’entreprendre ? Quoi qu’il en soit, cette reconnaissance du secteur public envers le milieu communautaire prouve hors de tout doute le sérieux du travail de ces derniers.
Source
- Journal La Tribune, « Approche préventive et globale favorisée par les intervenants », 27 septembre 1956, page 3.



