Secteurs publiques et communautaires en santé mentale

1 Décembre 1986

Au début des années soixante, la moyenne d’internement d’une personne atteinte de maladie mentale allait de sept à huit années en institu­tion (« asile »). Aujourd’hui, grâce en bonne partie au déve­loppement de la pharmacologie ! et de l’émergence des psycho­tropes, cette moyenne a chuté à huit semaines seulement ! Mer­veilleux direz-vous ? Malheu­reusement, dans les faits, la si­tuation est moins brillante: plus de la moitié de ces gens retournaient au moins une fois, en psychiatrie. Certains pou­vaient même y retourner une dizaine de fois. On appelait cela le « syndrome de la porte tour­nante ».

Il devenait donc urgent d’instaurer des mécanismes de maintien dans la communauté. D’où l’émergence des res­sources alternatives en santé mentale, issues d’un besoin formulé par le milieu de vie natu­relle de ces gens souffrant de troubles mentaux. C’est ainsi qu’à Sherbrooke, notamment, se développa des organismes, communautaires pour répondre à ce besoin : la Cordée Transit de Jour inc., l’Association des pa­rents et amis(es) des malades’ mentaux (A.P.A.M.M.), Carre-. four interventions suicides (C.I.S.), entre autres. Ces orga­nismes proposent aux gens en difficultés psychosociales ou psychiatriques, un support parti­culier pour acquérir et maîtriser les moyens requis pour répondre à ses besoins. C’est par l’en­traide, le support mutuel et l’ac­compagnement que le milieu communautaire en santé commu­nautaire mentale tente de re­joindre la personne dans son milieu de vie et de lui rendre acces­sible, là, le support requis.

Les ressources alternatives oc­cupent ainsi une place importante dans le réseau actuel de santé mentale. Toutefois, elles présen­tent certaines faiblesses, et parti­culièrement, leur niveau de fragi­lité relié à l’incertitude et à l’in­suffisance des ressources dont elles disposent. C’est pour tenter de répondre à cette lacune qu’a eu lieu, le 26 septembre dernier à Sherbrooke, un Forum sur les priorités régionales du Conseil régional de la santé et des ser­vices sociaux de l’Estrie (C.R.S.S.S.E.). Il a été entendu qu’il fallait élaborer une nouvelle répartition à moyen terme des budgets entre les organismes pu­blics et ceux du milieu.

De plus, les interventions du C.R.S.S.S.E., pour favoriser une approche plus globale et pré­ventive en santé mentale, de­vraient se traduire par : « mieux supporter les groupes commu­nautaires, favoriser le développe­ment de ressources non institu­tionnelles », instaurer la concertation et la complémentarité entre institutions et organismes du mi­lieu; explorer de nouvelles ave­nues en santé mentale ».1

Maintenant, est-ce que la bonne volonté du C.R.S.S.S.E. va se traduire par un financement plus adéquat aux ressources alter­natives en santé mentale ? Il semble bien que cette fois-ci, on soit prêt à bouger. Mais de quelle façon cette nouvelle répartition va-t-elle s’entreprendre ? Quoi qu’il en soit, cette reconnais­sance du secteur public envers le milieu communautaire prouve hors de tout doute le sérieux du travail de ces derniers.

Source

  1. Journal La Tribune, « Approche préventive et globale favorisée par les intervenants », 27 septembre 1956, page 3.

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