Rapport sur l’allégement réglementaire

Lors du sommet socio-économique tenu en octobre 1996, le premier ministre Lucien Bouchard s’était engagé à mettre sur pied un groupe de travail chargé de conseiller le gouvernement en matière d’allégement réglementaire. Le 10 septembre 1997, le Con­seil des ministres décidait de la mise sur pied de ce comité qui était principalement formé de gens d’affaires. Le rapport du groupe-conseil sur l’allégement réglemen­taire a été remis au premier ministre le 29 mai 1998 par le président de ce groupe, monsieur Bernard Lemaire. Il a été accueilli positivement par le premier ministre : « Le gouvernement du Québec souscrit dans une très bonne mesure aux problématiques et aux orientations proposées dans le rapport du groupe-conseil pour alléger le cadre réglementaire québécois. »

La logique sur laquelle se fonde la réflexion du groupe-conseil se résume à ceci : une réglementation allégée diminue les coûts des entre­prises, favorise la compéti­tivité des entreprises et par là même, leur développe­ment. Le groupe-conseil trompe délibérément la po­pulation quand il affirme que cette compétitivité et ce développement des entrepri­ses sont garants de la re­lance de l’emploi et, donc, devrait nous sortir de la cri­se de l’emploi que le Qué­bec connaît depuis plusieurs années. On peut se deman­der en quoi la reprise qu’ont connue les entreprises ré­cemment et l’augmentation importante de leurs profits ont changé significative­ment la réalité des travail­leurs et travailleuses.

Patronat à plaindre ? ? ?

Les gens d’affaires ne ces­sent de se plaindre de la ré­glementation québécoise re­lative au monde du travail qui est, semble-t-il, un irri­tant majeur pour les entrepri­ses. Ceux-ci estiment abu­sif que le Québec ait adopté et maintenu des législations qui accordent des droits aux travailleurs et aux travail­leuses, ces droits étant con­sidérés comme autant d’en­traves à leur liberté. Ils en ont donc contre plusieurs dispositions de la Loi sur les accidents et les maladies professionnelles, de la Loi sur la santé et sécurité du travail, de la Loi sur les nor­mes du travail, du Code du travail, de la Loi sur l’équité salariale et contre plusieurs autres champs de réglemen­tation : réglementation envi­ronnementale, l’application des règles fiscales, le démar­rage d’entreprises, les per­mis, les licences et autori­sations, le système profes­sionnel québécois, la protec­tion des consommateurs et consommatrices et certai­nes réglementations sectori­elles relatives aux industries minière, forestière, agro-alimentaire et touristique.

Le Québec peut être une so­ciété distincte mais pas lors­qu’il est question d’écono­mie : il doit se soumettre aux impératifs du marché. Les Bernard Lemaire et autres dignes représentants du mi­lieu des affaires ne sont manifestement pas très oc­cupés par les impacts so­ciaux de leurs revendica­tions. Ils sont plutôt préoc­cupés par l’atteinte de leurs objectifs économiques.

Ne soyons dupes

Il nous faut dès maintenant démontrer au gouverne­ment du Québec que nous ne sommes pas dupes, que nous avons pleinement cons­cience que ce rapport ne vise qu’à laisser toute la place aux gens d’affaires. Nous devons démontrer au gouvernement que nous n’a­vons nulle intention de sacrifier nos droits pour une hypothétique relance de l’emploi, mais une relance assurée des profits de Bernard Lemaire et de ses amis.

Source : Assemblée de travailleurs et travailleuses accidenté-e-s du Québec

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