Les partis fédéraux en élection

L’ART DE NOUS FAIRE OUBLIER POUR…

Depuis le déclenchement des élections fédérales, un des sujets abordés par l’ensemble des partis est l’utilisation des énormes surplus budgétaires du gouvernement en place. Pour Solidarité Populaire Estrie (SPE), cette question demeure importante car elle est le miroir du type de société nous étant proposé par les partis politiques traditionnels en élection. Or, pour SPE, la question de l’utilisation des surplus budgétaires doit être située dans un contexte plus large.

Je me souviens… de ne pas oublier…

Premièrement, tout en recon­naissant que l’amélioration de la situation économique favorise la bonification des budgets gouvernementaux, SPE rappelle que l’atteinte du déficit zéro (et maintenant des surplus budgétaires) a été rendue possible principale­ment par les coupures drasti­ques dans les programmes sociaux (santé, éducation, etc.) et les services publics, la mainmise éhontée (pour ne pas dire carrément du VOL) sur les surplus à l’assurance-chômage (faussement appelé « assurance-emploi »), évalués à plus de 30 milliards, et par le transfert de certaines res­ponsabilités vers d’autres pa­liers gouvernementaux.

Deuxièmement, il nous semble tout à fait « odieux et cynique » de promettre des baisses d’impôts, particulière­ment « rentables » pour les plus riches, alors que les plus pauvres ne touchent presque rien de ces faramineux surplus budgétaires et que les pro­grammes sociaux ont des be­soins plus que criants. On n’a qu’à penser à la santé et aux services sociaux pour s’en convaincre… Et comme les plus pauvres ont, propor­tionnellement, contribué davantage à l’atteinte du déficit zéro que les plus ri­ches, ne serait-il pas logique et sensé qu’ils profitent da­vantage de la présente si­tuation ? Entendons-nous bien, SPE n’est pas contre toute baisse d’impôts dans la mesure où des efforts impor­tants et adéquats auront été faits pour les plus pauvres, où les services sociaux et les services publics en général ne seront plus en crise et où les baisses d’impôts seront diri­gées vers les contribuables à bas et moyens revenus.

Concrètement, à divers ni­veaux, les partis politiques laissent entendre que la bais­se des impôts devrait être au centre de l’utilisation des sur­plus budgétaires. SPE attire cependant l’attention des lecteurs et lectrices sur le fait qu’aucun parti ne semble pré­voir une augmentation des sommes dévolues aux person­nes assistées sociales dans le cadre du Transfert canadien pour la santé et les program­mes sociaux (TCSPS).

D’un parti à l’autre : musique différente – même chanson

Ne pouvant faire ici le tour des différents programmes des partis politiques, SPE tient à souligner seulement quelques éléments présents dans ces derniers. Pour le parti Libéral, le mini-budget nous indique clairement ses orientations : les plus riches bénéficieront de l’abolition de la surtaxe de 5 %, les con­tribuables gagnant entre 60 000 $ et 100 000 $ verront leur taux d’imposition dimi­nuer de 3 %, la classe moyen­ne de 2 % et les moins fortu­nés auront « la chance de pro­fiter » d’une faramineuse bais­se de 1 %. Le ministre Martin aurait très bien pu inverser cet ordre, mais… Et ce n’est pas fini. Paul Martin prévoit abaisser de 66 % à 50 % les « gains en capitaux » (en clair, les profits sur des placements) qui seront imposés. Bref, les plus riches auront davantage d’argent disponible (prove­nant de la baisse des impôts) pour investir dans différents capitaux et faire des profits; dont 50 % ne seront pas im­posés ! Et que dire de la baisse des impôts sur le profit des compagnies qui passent de 28 % à 21 % ? Martin a pensé d’abord et avant tout à ses a­mis les riches et non aux plus démuni-e-s de la société !!!

Pour l’Alliance canadienne, son intention d’établir un seul taux d’imposition à 17 % re­lève d’une vision qui bafoue carrément la justice fiscale. Pour SPE, l’imposition d’un taux unique est de nature ré­gressive et non de nature pro­gressive. En clair, le fait d’avoir plusieurs taux et d’imposer davantage les mieux nantis relève d’un principe élémentaire d’é­quité visant une répartition plus équitable de la richesse collective.

Quant au Bloc Québécois, il nous semble suivre la ten­dance actuelle quand il sug­gère que 49 % des surplus soient affectés à la réduction d’impôts et seulement 7 % à la santé et l’éducation. Et même si ce parti suggère une hausse appréciable des som­mes dévolues au TCSPS, il n’y a rien de clairement identifié concernant l’aide sociale, (incluse dans le TCSPS). De plus, élément peu connu du public, le Bloc suggère « d’établir un con­sensus pour que le gouver­nement du Québec conserve les recettes de la TPS et re­nonce au TCSPS » !!! (Voir à cet effet le document Regard sur la pauvreté – p.17 produit par le Bloc Québécois en novembre 1999.) SPE de­meure sceptique devant une telle proposition puisqu’elle semble surgir de nulle part et qu’aucun débat important sur les impacts réels et possibles d’un tel « troc » n’a eu lieu au sein de la société québécoise.

Pour les autres « grands » partis, nous y reviendrons à une autre occasion.

Miroir, miroir…

Pour nous, il est de plus en plus clair que la fiscalité est le miroir de la société. En con­séquence, l’existence d’une justice fiscale ne peut exister que dans une société baignée de justice sociale. En ce sens, SPE appelle l’ensemble de la population à se mobiliser non seulement en période électo­rale mais à longueur d’année pour en arriver à une société basée sur la justice sociale.

Comité fiscalité de SPE