Stage ou discrimination ? Quand le genre pèse sur le salaire

26 février 2026

Les stages au Québec sont une étape incontournable pour acquérir de l’expérience et se préparer à entrer sur le marché du travail pour plusieurs formations. Mais ces dernières cachent une réalité moins amusante  : la rémunération est encore, de nos jours, inéquitable et semble liée au genre.

En effet, 84 % des stages au collégial ne sont pas rémunérés au Québec, sachant que 74 % des stagiaires sont des femmes (La Presse, 2024). Les stages dans des domaines traditionnellement masculins, comme le génie civil, sont majoritairement rémunérés, en moyenne à 23,86 $/h (Gouvernement du Québec, 2026). Cependant, aucune donnée officielle n’a été trouvée pour les stages plus féminins, car ils ne sont généralement pas rémunérés. À la lumière de ces informations, les stagiaires en Techniques de travail social au Cégep de Sherbrooke, présenteront leurs expériences vécues  :

Je fais mon stage final en techniques de travail social au Cégep de Sherbrooke. On fait du 35 heures par semaine, on n’est pas payées, et c’est souvent difficile de joindre les deux bouts. On peut parfois être utilisées comme main-d’œuvre dans nos milieux de stage pour répondre aux besoins du milieu. Si tu es chanceux, ils vont te donner des tâches pour que tu puisses apprendre, et si tu ne l’es pas, ils te donnent des choses qui n’ont pas rapport avec ton stage. La seule chose que l’on reçoit, c’est la bourse de persévérance offerte par le gouvernement du Québec. Or, le programme de techniques de travail social reçoit la plus petite bourse des formations techniques au collégial, soit 2 200 $. De plus, la bourse est contraignante, car on ne peut empocher aucun argent provenant de notre milieu de stage sans risquer de se faire couper notre bourse.

— Éa Toupin (il/lui)

Je trouve injuste que certains stagiaires soient rémunérés et que d’autres ne le soient pas, alors que nous investissons le même temps et la même énergie. Je fais 35 h par semaine de stage et je dois travailler 20 h supplémentaires afin de pouvoir subvenir à mes besoins ainsi que payer mon logement. Si un stage mérite d’être payé, alors tout le monde devrait l’être, sans distinction de genre ou de formation. Il ne s’agit pas seulement d’argent, mais aussi de reconnaissance car, notre travail a de la valeur et cette valeur doit être reconnue de manière équitable. Voir que certains touchent un salaire alors que d’autres n’en reçoivent pas me crée un sentiment d’injustice et de frustration. Nous méritons tous la même considération, et il est temps que les stages appliquent des règles justes et équitables.

— Laurence Chaunt

Je finis bientôt ma technique au Cégep de Sherbrooke. Pourtant, je vais sortir avec très peu d’argent dans mes poches, comparativement à certains étudiants. En mai, j’aurai accumulé 840 h de stage en techniques de travail social au cours de mes trois années d’études. Je n’ai jamais été rémunérée. Mes amis en techniques de l’informatique ont eu accès à la bourse Perspective auparavant, en plus d’avoir leurs deux stages payés à plus de 22,00 $ de l’heure. Un de mes meilleurs amis s’est fait payer 29,00 $ de l’heure pour son stage final alors qu’une technicienne en travail social sort des études avec un salaire d’environ 28,40 $ en milieu public (CSQ, 2026). Je trouve cela complètement injuste. Je pense à mes collègues dans des stages à Urgence Détresse, où la charge mentale est immense, où elles font des heures de soir et où toutes les interventions ont un impact important sur la vie de quelqu’un. Tout cela est non rémunéré, comme si notre travail acharné ne valait pas un centime.

J’ai aussi travaillé avec ma mère en garderie pendant l’été. En parlant avec mes collègues, qui étaient toutes des femmes et qui ont fait leurs études en techniques à la petite enfance, certaines me disaient qu’elles ont commencé à 20,00 $ de l’heure, bien qu’elles aient fait trois ans d’études collégiales. Avec une simple recherche sur Internet, j’ai trouvé qu’un frigoriste, un milieu à majorité masculine, gagne en moyenne 33,40 $ de l’heure avec seulement 18 mois de formation (InforouteFPT, 2026). La différence de salaire est énorme. On pense que le Québec n’a pas d’amélioration à faire en matière d’équité, mais quand on compare les salaires des métiers majoritairement masculins avec ceux des métiers majoritairement féminins, sans oublier les stages non rémunérés dans le domaine social, j’ai mal au cœur.

— Juliette Arel

Bref, de nombreux milieux de stage œuvrent dans des domaines essentiels, mais offrent pourtant des stages non rémunérés. On parle ici de l’éducation, des services de santé et des services sociaux, qui constituent des piliers importants de notre société moderne. Il est temps que le gouvernement reconnaisse l’importance de ces métiers s’il souhaite atteindre l’équité salariale. 

 

 

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