Tortures, invasions et autres désagréments

1 septembre 2007

Cela fait maintenant six ans que se sont produits les événements du 11 septembre 2001. Pour certains, ces deux tours jumelles qui se sont effondrées peuvent sembler lointaines, mais elles pèsent toujours lourdement sur la politique nationale et internationale canadienne.

Bien que la participation cana­dienne à l’occupation de l’Afghanistan en est la consé­quence la plus évidente, la tor­ture de Maher Arar, le Parte­nariat pour la Sécurité et la Prospérité (PSP) de même que les certificats de sécurité en sont également des effets directs.

La torture se fait ailleurs…

Depuis ce 11 septembre, se­lon Amnistie Internationale et Human Rights Watch, les autorités américaines ne res­pectent plus la convention des Nations unies contre la torture et les prisons de Guantanamo (Cuba), Abu Graib (Irak), Bagram (Afghanistan) en sont la preuve. Dans cette dernière, les suspects y sont « enchaî­nés dans leurs cellules et bat­tus fréquemment, jetés con­tre des murs ou des tables », reçoivent « des coups de pied à l’aine et dans les jambes », et on leur déverse « de l’eau dans la bouche jusqu’à ce qu’ils étouffent ». Plusieurs en sont morts.1

Les tortures ne sont pas seule­ment des bavures de simples soldats. Une note de l’ancien chef du Département de la Jus­tice des États-Unis, Alberto Gonzalès, a servi de base légale aux tortures en autorisant de « causer des dommages psy­chologiques de longue durée (…) allant jusqu’à des mois ou même des années » et de la douleur physique qui doit être moindre que celle ressentie lors de « perte d’un organe » ou « la mort ».2

C’est le type de tortures qu’a connues Maher Arar, alors que le Service Canadien de Rensei­gnement de Sécurité (SCRS) l’a livré aux Américains sans raisons valables et en pleine con­naissance qu’il serait par la suite déporté puis torturé en Syrie.3 Le Canada livre donc ses pro­pres citoyens à la torture ! Cette façon de faire n’est pas nouvelle aux E.-U. où elle est enseignée officiellement depuis longtemps à l’École des Amériques (Georgie, E.-U.), à des milliers de militaires latino-américains. Ces derniers ont été responsables d’un autre 11 septembre plus tra­gique encore.’ ( voir encadré)

La sécurité avant le commerce

Quelques mois avant le 11 septembre 2001 (en avril), le Québec avait connu certaines des plus grandes manifestations de son histoire contre le Sommet des Amériques et la ZLÉA (Zone de libre-échange des Amériques). La donne allait changer après les attentats alors que l’ambassadeur des E.0 déclarait que maintenant « la sécurité primera sur le com­merce ». Les marchandises ne continueraient à circuler que si les gouvernements accueillaient les nouvelles mesures sécuritaires américaines.

La déclaration finale du Som­met de Montebello qui s’est tenu en août dernier, dit que le Partenariat pour la Sécurité et la Prospérité (PSP) est un projet « ambitieux » pour « garder les frontières fermées au terrorisme et ouvertes au commerce ». En bref, nous dit Naomie Klein qui compare le PSP à « l’ALÉNA avec des avions—. espions », « le PSP remplacera les frontières hermétiques par un filet invisible de surveil­lance continentale ».5 Parmi ces mesures pour sécuriser le continent, on retrouve peut-être la fameuse carte d’iden­tité biométrique que le gou­vernement canadien rêve de nous imposer depuis des années.

Finalement, n’oublions pas que cinq hommes au Canada sont toujours sous des certificats de sécurité et donc aux prises avec des procès kafkaïens où ils ne peuvent ni voir ni les accusa­tions ni les preuves contre eux.

Guerre, occupation, sécurité orwelienne et rétablissement de la torture : le 11 septembre 2001 a maintenant six ans, ses conséquences sont désastreuses et se font de plus en plus dure­ment sentir. Peut-être ne fait-il que terminer la maternelle… Commentaires, louanges et insultes : Philippe Viens par courriel.

  1. RAMONET Ignacio. Tortures. Le Monde diplomatique, décembre 2005, citant Le Monde, I 6 mars 2005.
  2. GOODMAN, Amy. Abu Ghraib : One of A/’s Claims to rame, TruthDig, 30 août 2007.
  3. Pour le témoignage complet de Maher Arar : http ://www.maherarar.ca/
  4. Pour une liste de militaires chiliens formés à la SOA : http ://www.derechos.org/soa/chile-not.html
  5. KLEIN, Noamie. Big Brother Nation, The Nation, 29 août 2007.

 

Le 11 septembre 1973, le géné­ral chilien Augusto Pinochet, appuyé par les É.-U., bombar­dait le siège gouvernemental du Chili et assassinait son président démocratiquement élu Salvador Allende. Son crime avait été d’avoir voulu nationaliser les mines de cuivre afin d’utiliser les profits pour moderniser le pays. Le poète et prix Nobel, Pablo Neruda, écrivit à ce moment-là que ces réformes avaient en­ragé les ennemis de notre libé­ration ». Le général Augusto Pinochet imposa ensuite une dictature brutale au pays jus­qu’en 1990, assassinant et fai­sant disparaître des milliers d’op­posants politiques. Alors qu’au Chili, les Américains justifiaient leur intervention au nom de. la lutte contre le communisme, aujourd’hui, le nouvel épouvan­tail est le terrorisme, mais celui des autres, bien sûr !

 

 

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