Après une longue réflexion sur la jeunesse dynamique et volontaire, nous avions besoin de vacances. Il y avait jus­tement, à Ottawa, un vieux séna­teur obstiné qui méritait notre at­tention. Il faisait la grève de la faim pour dénoncer la situation des jeunes. Curieux, n’est-ce pas ?

Issus des bas-fonds du petit Sherbrooke, nous voilà donc dans les hauts-lieux du pouvoir : la colline parlementaire. Dépay­sement total. On a visité le parle­ment comme s’il s’agissait d’un musée. Planchers de marbre, rampes en « brans », hauts pla­fonds sculptés et quelques détails inachevés; comme au temps des rois. Aussi, c’était mieux chauffé que chez nous et on pouvait même y jeûner, à condition d’être sénateur, bien sûr.

Et M. Hébert était là, nerveux et tremblant, le ventre vide de­puis une semaine déjà (nous étions le 11 mars). Entouré de journalistes et de curieux, il répé­tait à tout vent qu’il fallait faire quelque chose pour les jeunes; leur donner des bons pro­grammes… Belle contradiction, un vieil homme émotif parmi les velours rouges et les boiseries du sénat, parle d’action. Nous, nous sommes jeunes, nous aussi nous avons faim mais nous n’avons pas le temps de grever et de perdre nos forces.

La Chambre des communes

Encore un peu impressionnés par la splendeur des lieux, nous marchons maintenant vers la Chambre des communes. Gardes de sécurité, rayons X, fouille de sac à main… Nous pouvons maintenant assister au combat des chefs. Grande déception. Nous nous attendions à voir nos élu-e-s en action mais il n’y a que des chaises vides. Moins de vingt député-e-s étaient présent-e-s, li­sant leur journal et se lançant des insultes. Un monsieur du NPD déclara qu’en 1982, une caissière de la Banque Nationale du Cana­da payait plus d’impôt à elle seule que la banque elle-même, cela n’a pas ému personne. Notre député, M. Charest, était président d’assemblée; il rigolait avec des copains entre deux rappels à l’ordre. Un qui prenait ça au sé­rieux, par contre, c’était le garde de sécurité qui nous dit d’enlever nos pieds de sur les bancs d’en avant.

Nous sommes sortis alarmés, pensant que c’est dans ce musée-forteresse que se prenaient les grandes décisions. Dehors, il y avait un drôle de bonhomme avec un manteau et un parapluie cou­verts de slogans contre les pluies acides. Il faisait sa grève dehors et personne ne venait jamais lui parler. Lui non plus ne savait plus comment agir, comment s’y prendre pour faire avancer les choses.

Avant de quitter Ottawa, nous sommes allés voir les grands di­nosaures au Musée de l’Homme. Là encore nous avons vu des car­casses, des structures sans chair, sans vie qui les anime.

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