Septembre 2002
Septembre 2001. Des avions détournées par des terroristes explosent. Le cœur de l’Amérique est touché : New York amputé de ses tours où plusieurs milliers de personnes sont mortes; le Pentagone, quartier général des forces armées, frappé de plein fouet; en Pennsylvanie, écrasement d’un avion civil. Les cibles ont atteint ses symboles financier et militaire. D’un côté, blessé et humilié, on crie vengeance; de l’autre, on constate encore l’étendue de l’impérialisme américain dans le monde et la haine qu’il engendre.
Des réactions en cascades
Le président Bush promet justice et vengeance. Une Coalition internationale, chapeautée par les États-Unis, s’organise pour lutter contre le terrorisme mondial passant outre l’Organisation des Nations Unies (ONU). On dépoussière le vieux discours de l’opposition du Bien contre le Mal. À nouveau, on parle de guerres de religion. L’Amérique découvre le Moyen-Orient, pauvre, oublié, où les dirigeants arabes monnayent le pétrole avec les dirigeants occidentaux et leur sécurité avec la CIA. L’Afghanistan sera bombardé. N’a-t-il pas abrité le réseau terroriste d’al-Qaïda et son chef, ben Laden, responsable, selon elle, des attentats suicides ?
Recrudescence de la répression
L’Amérique a tremblé, mais c’est tout l’Occident qui a eu peur. Les arrestations à caractère politique sont dissimulées derrière les « jeunes marginaux ». Au Canada, avec l’adoption de la loi C-36, les dirigeants politiques et les forces de l’ordre s’acharnent contre les gens associés à l’extrême-gauche et au mouvement d’opposition à la mondialisation du libéralisme économique. À leurs yeux, ne sont-ils pas des terroristes en puissance que l’on doit arrêter à titre préventif avant qu’ils ne commettent des actes répréhensibles ? Nous avons de craindre que le droit de manifester est menacé et que la présomption d’innocence demeure fragile ?
L’extrême-droite se pointe à nouveau le bout du nez. En France, le Front national de Jean-Marie Le Pen, orateur sexiste et raciste, s’est classé bon deuxième derrière le président sortant Jacques Chirac au premier tour de scrutin et en Autriche, un leader d’Extrême-Orient assassiné, a eu droit à des funérailles nationales.
Un an à peine
Un an à peine et le silence plane sur Guantanamo. Les prisonniers Afghans transférés sur la base militaire américaine de Cuba ont été qualifiés de « combattants illégaux » afin de les soustraire aux conventions internationales. Qui se préoccupe de leur sort aujourd’hui ? Le 11 septembre 2001 a pu avoir une influence sur le laissez-aller du conflit israëlo-palestinien. Est-ce que le discours dominant anti-terroriste ne prépare-t-il pas le terrain à une intervention américaine en Irak ?
Un an déjà et nous constatons que pour beaucoup de peuples, la situation, malheureusement, n’a guère changé. L’aide internationale et la défense de droits des prisonniers et des réfugiés à travers le monde demeurent insuffisantes. Pendant ce temps, le Sénat américain a voté une enveloppe budgétaire de 335 milliards de dollars pour la Défense. En Amérique, on ne lésine pas sur la sécurité intérieure et la lutte au terrorisme. Mais ailleurs, quel prix vaut une vie humaine ? Ne serait-il pas plus rentable d’investir dans une lutte mondiale à la pauvreté qui est le ferment du terrorisme ?



