Un cul-de-sac qui coûte cher

1 août 2006
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Concurrence mondiale dans le secteur manufacturier

Il est grand temps d’être honnête sur la détérioration du secteur manufacturier à Sherbrooke qui est « plus que jamais » appauvri par la montée de la concurrence chinoise. C’est l’avis de Pierre Bélanger, vice-président des ressources humaines de l’entreprise Produits American Biltrite liée. Celui-ci affirme que la ville doit arrêter de négliger le secteur industriel qui se situe désormais dans l’ombre de « l’économie du savoir ». C’est le même cri d’alarme à la Société de développement économique de Sherbrooke (SDES) où Pierre Dagenais affirme que les élu-es doivent « mettre leurs culottes » pour contrer la chute capitale des emplois manufacturiers.

Alors que Produits American Biltrite ltée est une des dix principales entreprises manu­facturières à Sherbrooke, aujourd’hui, elle se retrouve dans une impasse comme la plupart des entreprises du secteur industriel québécois. Comme ces entreprises sont sévèrement touchées par la concurrence chinoise et la baisse du dollar américain, leurs dirigeants sont découragés de voir arriver au Québec des produits de caoutchouc, dont le prix est même inférieur au coût de la matière brute en région. « Lorsqu’on a des sala­riés à 20 $ de l’heure, en plus des bénéfices sociaux, c’est carrément impossible d’y arriver, il n’y a aucune marge de main-d’œuvre ! », affirme P. Bélanger.

Considérant que la fabrication de produits de caoutchouc et de plastique crée le plus d’em­plois dans le secteur industriel sherbrookois (14 %), ce cul-de-sac est inquiétant pour l’avenir des gens qui travaillent dans ce domaine. Pour Produits American Biltrite ltée, il s’agit concrètement d’une réduction de 25 % du personnel, soit 86 salariés comparativement à 110 salariés auparavant.

C’est la même tendance pour l’ensemble du secteur dans la ville. P. Dagenais de la SDES explique « Malgré une hausse continue des emplois manu­facturiers à Sherbrooke depuis 1992, l’année 2005 marque une baisse importante de 3,8 % des 15 700 emplois du secteur industriel ». Sur le plan économique estrien, on compte environ 10 200 emplois manufacturiers perdus depuis un peu plus de deux ans (La Tribune, 24 mars 2006)1.

Création d’emplois, à quel prix ?

En réponse à cette crise, le maire Perrault avait annoncé, lors des dernières élections municipales, le maintien des emplois industriels ainsi que la création de 1000 nouveaux emplois dans les secteurs de la recherche, des services et des télécommunications. Jusqu’à présent, les résultats sont plutôt négatifs. .À la perte d’environ 1 700 emplois à temps plein, s’ajoute une hausse importante des emplois à temps partiel et à statut précaire. En bref, il s’agit du remplacement des emplois manufacturiers à 20 $ de l’heure par des emplois de services, dont le coût de la main-d’œuvre est moins élevé.

Selon Pierre Bélanger, cette survalorisation du secteur des services agit au détriment du secteur industriel à la ville de Sherbrooke. Il dénonce : « À l’heure actuelle, les élu-es ne favorisent pas suffisamment le secteur manufacturier. Ce que l’on encourage, ce sont les services et les institutions. Certes, on aménage le parc industriel et on offre des tarifs réduits pour les entreprises, mais il y a encore beaucoup d’efforts à faire. Prenons l’exemple de la Conférence régionale des élu-es (CRE), où l’on ne retrouve aucun représentant industriel. Pourtant, depuis 25 ans, il existe la Maison régionale de l’industrie en Estrie, qui regroupe près de 50 % du secteur. Pourquoi ses représentants ne sont-ils pas invités à la table pour discuter d’un développement écono­mique durable ? »

  1. La baisse des emplois manu­facturiers à Sherbrooke de 2003-2005 est 22 % (La Tribune, 7 août 2006).

 

 

 

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