Guerre et aide au développement

 

Depuis déjà quelques temps, le gouvernement conservateur tente, par le biais d’une campagne de communication fort bien orchestrée, de faire croire aux Canadiens et aux Canadiennes que la guerre dans laquelle est engagée le Canada en République islamique d’Afghanistan a d’abord et avant tout des objectifs liés au développement des populations.

Au cours des derniers jours, le gouvernement conservateur a multiplié les annonces d’in­vestissement en aide publique pour l’Afghanistan (20 mil­lions au cours des dernières semaines). A lire l’entrevue de la ministre Verner (La Tribune, 12 janvier 2006), nous aurions cru entendre la responsable d’une ONG parler de program­mes de développement qui se dérouleraient dans un pays somme toute assez stable. Ce que madame Verner a omis de mentionner dans son entrevue, est le fait que l’aide qu’apporte le Canada à l’Afghanistan (1 milliard de dollars sur 10 ans) est accordée majoritairement via les militaires canadiens. Comme le mentionne madame Véronique de Geoffroy, spé­cialiste française des interven­tions d’urgence humanitaire « Nous assistons actuellement à l’intégration de l’assistance humanitaire au dispositif réel­lement militaire en tant que fonction naturelle des armées, et partie constituante de leur stratégie. Le volet humanitaire est utilisé pour obtenir le soutien des opinions publiques et légitimer ainsi la décision d’in­tervention. » En clair, cela si­gnifie que les militaires utili­sent l’arme de l’aide humani­taire afin d’obtenir des rensei­gnements stratégiques.

Confusion des rôles

La confusion des rôles entre l’humanitaire et le militaire a des implications sérieuses. Elle per­met l’instrumentalisation de l’aide humanitaire au service d’intérêts politiques et partisans, ce qui est dangereux et inac­ceptable. Cette approche cana­dienne en Afghanistan semble confirmer les appréhensions contenues dans le « Bilan de l’Aide 2006 » où on y indique que le Canada est partie pre­nante des pays membres de l’oc DE qui veulent élargir la dé­finition de l’aide internationale afin d’y inclure les aspects militaires et de sécurité. Cela signifierait que les dépenses militaires pourraient doréna­vant être comptabilisées au cha­pitre de l’aide publique au dé­veloppement, alors que déjà la disproportion entre les dépen­ses militaires et les program­mes de coopération internatio­nale demeurent un scandale criant. Peut-être est-ce là le moyen qu’a trouvé le gouver­nement conservateur pour at­teindre le 0,7 % du PNB con­sacré à l’aide internationale !

Politique discutable

La politique canadienne en République islamique d’Af­ghanistan est assez claire. Sur le site du gouvernement du Canada, il est clairement iden­tifié que Le Canada maintient sa présence en Afghanistan pour défendre ses intérêts natio­naux (lesquels ?) ; s’assurer de jouer un rôle de leadership dans les dos­siers mondiaux ; aider l’Afgha­nistan à se reconstruire..

Essayez, à votre tour, de trouver des explications claires, précises et cohérentes sur les deux pre­miers points. Quant au troisième, il s’agit d’une série de projets mis en œuvre notamment par les équipes provinciales de recons­truction qui sont le bras huma­nitaire de l’armée canadienne.

Soyons clairs, les organisations de la société civile qui deman­dent le retrait des troupes cana­diennes en Afghanistan ne veulent pas laisser tomber le peuple afghan. Seulement, nous pensons qu’il est utopique de croire que .l’armée cana­dienne, qui a actuellement un rôle offensif, peut jouer égale­ment un rôle « humanitaire » constructif. Par ailleurs, redé­finir le mandat actuel de l’armée canadienne nous semble une tâche difficile. Il s’avérerait assez peu crédible que du jour au lendemain, une armée ayant un rôle offensif, troque ses casques militaires de camouflage pour des casques bleus ! Nous pensons donc que l’année cana­dienne doit se retirer progres­sivement d’Afghanistan pour faire place à une force de paix multinationale composée de pays n’ayant pas participé à l’actuelle invasion.

Un débat nécessaire

En fait, au-delà de la guerre menée par le Canada dans la République islamique d’Af­ghanistan, la politique étran­gère canadienne a connu au cours des dernières années un véritable virage. Le Canada, qui auparavant était reconnu pour être un acteur important dans les missions de paix à l’étranger, a totalement réorienté sa poli­tique étrangère. La ministre Verner nous annonce des inves­tissements de 100 millions de dollars par année dans des pro­grammes de développement en Afghanistan en oubliant de mentionner les dépenses mili­taires y étant rattachées.

Dans un éditorial de Gilles Toupin (La Presse, 18 nov. 2006) ce dernier évaluait les coûts de la présence militaire canadienne en Afghanistan à près de 10 milliards de 2001 à 2009, soit plus de 1,25 milliard par année ! Cela, sans tenir compte des investissements militaires déjà annoncés de 17 milliards de dollars, au cours des prochaines années. Enfin, nous croyons qu’au-delà de la présence canadienne en Afghanistan, un véritable débat doit s’engager par rapport au rôle du Canada dans le monde. Débat auquel les citoyens canadiens de tous horizons doivent pouvoir participer.

 

 

 

 

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