Il y a un éléphant dans la pièce. Un problème qui dérange. On connaît son existence, mais les instances qui nous gouvernent ne le mentionnent plus qu’à demi-voix, en vitesse, comme pour l’expédier, le tasser, l’oublier.
La Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) de l’Université de Sherbrooke, elle, n’a pas peur de le nommer : il s’agit des crises environnementales. En 2019, consternés par l’inaction politique face à ces crises, les personnes étudiantes du soi-disant Québec se sont mobilisé.e.s massivement pour faire entendre leur mécontentement ; sept ans plus tard, force est de constater que la situation ne s’est guère améliorée. Au contraire, l’environnement semble de plus en plus relégué à un enjeu d’arrière-plan, indigne de l’attention soutenue de nos politiciennes et politiciens. Nous arrivons en période d’élections ; combien, parmi notre classe politique, osent encore aborder de front cette question, osent encore mettre de l’avant des programmes environnementaux solides et ambitieux, plus que jamais nécessaires ? Pourtant, comme l’indiquent depuis des années les rapports scientifiques, les crises, elles, continuent de s’aggraver : effondrement de la biodiversité, catastrophes naturelles, canicules et autres, avec ce que cela entraîne de bouleversements sociaux, économiques, médicaux ; bref, de troubles pour la vie humaine. Nous voilà confrontés à des enjeux existentiels.
Les jeunes et les étudiant.e.s se retrouvent aujourd’hui confronté.e.s à une multitude d’autres crises : inflation, logement, etc. Contrairement à ce que certains pessimistes veulent faire croire, nous n’en avons pas perdu notre conscience écologiste pour autant ; nous comprenons que les enjeux environnementaux et sociaux s’articulent autour d’un même axe. En cette période d’élections, nous ne voulons pas d’un simple retour au statu quo, ni de boucs émissaires, de distractions futiles n’ayant rien à voir avec nos problèmes ; nous voulons des projets de société rassembleurs et audacieux, des perspectives nouvelles capables de surmonter les temps difficiles qui s’annoncent, porteuses de la possibilité d’un monde plus juste, plus égalitaire, plus harmonieux.
L’enjeu de l’identité nationale, un classique de la politique québécoise, s’avérera certainement central lors de la prochaine campagne. Les discours nationalistes, autonomistes, fédéralistes se bornent toutefois à un cadre extrêmement restreint et superficiel, celui de la gouvernance des territoires, sans jamais remettre en question notre relation aux territoires eux-mêmes. Car ceux-ci ne sont pas qu’une simple ressource destinée à la croissance économique ou au nation-building de l’État, mais des lieux de vie, avec leur biodiversité, leur signification naturelle et culturelle pour les êtres qui l’habitent. La CEVES revendique : renouons avec les territoires qui nous entourent ; tissons une relation d’interdépendance avec ceux-ci, protégeons-les afin qu’ils demeurent porteurs de vie. Ce faisant, démantelons les structures coloniales qui soutiennent l’extractivisme : la libération des territoires doit nécessairement être celle des onze Premières Nations du soi-disant Québec, qui, depuis des millénaires, entretiennent une connexion sociale et spirituelle profonde avec eux ; qu’elles y exercent leur souveraineté ancestrale, selon des principes démocratiquement établis par celles-ci, nous amenant donc à établir des formes de société nouvelles qui ne seront plus basées ni sur la domination des humains, ni sur celle de la nature.
Un autre monde est possible. Un monde où nous faisons le choix collectif de réduire réellement nos émissions de GES, d’arrêter l’exploitation des hydrocarbures, de couper le financement à l’industrie de l’armement. Un monde où les populations, intégrées à leurs biorégions selon une organisation économique circulaire et communautaire, cessent de prôner la croissance illimitée. Organisons-nous selon ce modèle, en unités territoriales non pas définies par des frontières politiques, mais par l’harmonie d’un tout social et écologique interrelié. La perspective biorégionale favorise les liens de solidarité, et donc le partage des richesses et la prise en compte des besoins de tous, que ce soit au niveau du logement, du transport en commun, etc. ; en prônant l’autosuffisance, elle encourage le développement d’énergies renouvelables low-tech. La CEVES exige au prochain gouvernement de garder ces possibilités en tête, s’il désire s’attaquer véritablement aux maux qui affligent notre société. Nous invitons également les citoyen.ne.s à se rappeler que ce monde peut exister. Mobilisons-nous pour le faire parvenir. Si les politiciens ne peuvent nous l’offrir, offrons-le-nous nous-mêmes.

