Un premier baiser

1 juin 2007

French Kiss de Chantal Hébert

Chantal Hébert est sans doute l’une des meilleures analystes politiques au Canada mais, à la lecture de French Kirs, son premier livre, on réalise qu’elle n’a pas la plus belle plume au pays. Cela est par ailleurs aussi étonnant que malheureux, d’autant plus que les faiblesses de style sont probablement le résultat d’une traduction maladroite.

Cependant, cela n’enlève rien à la justesse des observations de la chroniqueuse du Toronto Star : En fait, l’originalité des argu­ments d’Hébert n’est ombragée que par la banalité de son sujet qui n’est, par ailleurs, pas facile­ment identifiable. Le rendez-vous de Stephen Harper avec le Québec (traduction de The Blind Date with Québec) ne discute du cas Harper que très rarement. Ce­pendant, Hébert parle souvent du cas du Québec. On réalise vite que le Québec occupe une place prépondérante dans la Confé­dération (comme berceau de premiers ministres et comme un écosystème – pour emprunter le terme à l’auteure – politique très fragile).

Ces dernières années, le Qué­bec s’est voué aux seins libéral, conservateur et bloquiste. Il n’a jamais voulu des néo­démocrates et ceux-ci n’ont ja­mais été élus ; il n’aurait jamais élu l’Alliance ou le Reform Party de Preston Manning mais, maintenant que la droite s’est unie et que les Québécois sont prêts à donner leur voix en ma­jorité à des partis provinciaux de même allégeance, le Blind date qu’Hébert envisage pour­rait bien se poursuivre au-delà du premier baiser.

Perte de la question nationale

Le Bloc québécois, croit-elle, perd son attrait au moment où les enjeux qui importent le plus aux Québécois sont davantage liés à l’environnement qu’à la question nationale. Elle remar­que qu’en 2006, « la publicité du parti ressemblait à s’y méprendre à celle d’un vendeur d’assurances habitation, du type qui vante la tranquillité d’esprit qui vient avec l’achat d’une police contre le vol et les incendies ».

La question nationale n’est pas étrangère non plus à la place de choix qu’occupe le Québec dans le débat politique canadien. Or, Hébert croit (ou prédit) que l’en­jeu de la souveraineté perdra de son attrait : « Les grands débats nationaux du XXIe siècle porte­ront sur les relations du Canada avec le reste du monde plutôt que sur les arrangements internes de la Confédération. Aussi Hébert s’étonne-t-elle de l’incapacité du NPD de Jack Layton à ef­fectuer une percée dans un Québec naturellement social-démocrate ? « Le NPD en est venu à valider sa vertu dans la défaite ou la victoire morale », observe-t-elle.

Le cœur ou la raison…

Même si la tentative d’Hébert d’analyser les mouvements tec­toniques de la politique cana­dienne ne sont pas tout à fait vains, elle nous oblige tout de même à conclure qu’un recueil de chroniques l’aurait mieux servi qu’un ouvrage parfois répétitif, sans grand fil conducteur. French Kiss demeure un livre, disons, conjoncturel où on analyse adroi­tement le passé sans pour autant nous convaincre de l’inévitabilité des développements futurs. Comme le titre nous l’annonce, la politique, au Québec, est sou­vent plus une affaire de passion et le cœur a ses raisons que même Hébert ne peut saisir.

HÉBERT, Chantal. French Kiss, éd. de l’Homme, 2007

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