French Kiss de Chantal Hébert
Chantal Hébert est sans doute l’une des meilleures analystes politiques au Canada mais, à la lecture de French Kirs, son premier livre, on réalise qu’elle n’a pas la plus belle plume au pays. Cela est par ailleurs aussi étonnant que malheureux, d’autant plus que les faiblesses de style sont probablement le résultat d’une traduction maladroite.
Cependant, cela n’enlève rien à la justesse des observations de la chroniqueuse du Toronto Star : En fait, l’originalité des arguments d’Hébert n’est ombragée que par la banalité de son sujet qui n’est, par ailleurs, pas facilement identifiable. Le rendez-vous de Stephen Harper avec le Québec (traduction de The Blind Date with Québec) ne discute du cas Harper que très rarement. Cependant, Hébert parle souvent du cas du Québec. On réalise vite que le Québec occupe une place prépondérante dans la Confédération (comme berceau de premiers ministres et comme un écosystème – pour emprunter le terme à l’auteure – politique très fragile).
Ces dernières années, le Québec s’est voué aux seins libéral, conservateur et bloquiste. Il n’a jamais voulu des néodémocrates et ceux-ci n’ont jamais été élus ; il n’aurait jamais élu l’Alliance ou le Reform Party de Preston Manning mais, maintenant que la droite s’est unie et que les Québécois sont prêts à donner leur voix en majorité à des partis provinciaux de même allégeance, le Blind date qu’Hébert envisage pourrait bien se poursuivre au-delà du premier baiser.
Perte de la question nationale
Le Bloc québécois, croit-elle, perd son attrait au moment où les enjeux qui importent le plus aux Québécois sont davantage liés à l’environnement qu’à la question nationale. Elle remarque qu’en 2006, « la publicité du parti ressemblait à s’y méprendre à celle d’un vendeur d’assurances habitation, du type qui vante la tranquillité d’esprit qui vient avec l’achat d’une police contre le vol et les incendies ».
La question nationale n’est pas étrangère non plus à la place de choix qu’occupe le Québec dans le débat politique canadien. Or, Hébert croit (ou prédit) que l’enjeu de la souveraineté perdra de son attrait : « Les grands débats nationaux du XXIe siècle porteront sur les relations du Canada avec le reste du monde plutôt que sur les arrangements internes de la Confédération. Aussi Hébert s’étonne-t-elle de l’incapacité du NPD de Jack Layton à effectuer une percée dans un Québec naturellement social-démocrate ? « Le NPD en est venu à valider sa vertu dans la défaite ou la victoire morale », observe-t-elle.
Le cœur ou la raison…
Même si la tentative d’Hébert d’analyser les mouvements tectoniques de la politique canadienne ne sont pas tout à fait vains, elle nous oblige tout de même à conclure qu’un recueil de chroniques l’aurait mieux servi qu’un ouvrage parfois répétitif, sans grand fil conducteur. French Kiss demeure un livre, disons, conjoncturel où on analyse adroitement le passé sans pour autant nous convaincre de l’inévitabilité des développements futurs. Comme le titre nous l’annonce, la politique, au Québec, est souvent plus une affaire de passion et le cœur a ses raisons que même Hébert ne peut saisir.
HÉBERT, Chantal. French Kiss, éd. de l’Homme, 2007



